LE FIL

Changements climatiques et systémiques

Vendredi 25 juin 2021 par Alexandre Abellan

Après un printemps gélif, voici un début d’été torrentiel. Accompagnée de grêlons et même de tornades, la météo de la semaine écoulée illustre l’exposition du vignoble au dérèglement climatique. Alors que résonnent de nouvelles alarmes provenant du Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC), le débat sur les leviers d’atténuation de ces changements s’invite, parfois brusquement et maladroitement, dans le vignoble. Exemple le 15 juin dernier, lors de l’étude par le Sénat des amendements soutenus par la filière vitivinicole pour ne pas imposer de consigne dans le projet de loi pour lutter contre le dérèglement climatique.

« Si l'on ne stabilise pas le climat, c'est toute la filière viticole qui disparaîtra. Je m'étonne que le monde viticole, qui a suscité ces amendements identiques, ne se mobilise pas davantage pour une loi Climat crédible, susceptible de créer une dynamique mondiale » critique vertement le sénateur nantais Ronan Dantec (Europe Écologie Les Verts), pour qui « le secteur viticole pourrait être la vitrine de la lutte contre le changement climatique avec des bouteilles un peu plus normées - quitte à faire une exception pour le champagne » (le réemploi des bouteilles posant un problème de sécurité du consommateur pour les vins effervescents).

Virulente, cette mise en cause sénatoriale répond aux inquiétudes d’une partie du vignoble, inquiète pour son avenir (et prônant des actions fortes et rapides), mais en agace une autre (soulignant que 90 % des bouteilles en verre sont recyclées et que des réductions de poids se généralisent grâce aux verriers). Se sentant ciblée par des mesures environnementales jugées punitives (des restrictions sur le glyphosate à la mise en place de Zones de Non-Traitement), cette frange du vignoble ne demande pas le statu quo, mais des actions progressives et concertées, sans impact contre-productif sur sa compétitivité.

Habituée du débat parlementaire, la sénatrice bordelaise Nathalie Delattre (Les Républicains) rétorque ainsi en séance que « les conséquences du réchauffement climatique, les viticulteurs sont les premiers à les subir. Même le bio est en bouteille de verre ! Évitons les clichés. Votons cet amendement, pour rassurer les viticulteurs et accompagner la filière dans son combat. Dans la lutte contre le réchauffement climatique, il y a plus urgent que le verre. »

Adopté par la filière (AOP, IGP et conseil vin de FranceAgriMer), le plan de filière bâtissant la politique climatique du vignoble propose 40 priorités pour mettre en place des actions d’adaptation et de mitigation (irrigation raisonnée, captation du carbone, outils de résilience...). De quoi ne plus être victime mais acteur face au changement climatique. Prochainement présentée au ministre de l’Agriculture, cette stratégie arrive au moment idéal, alors que le Varenne agricole de l’eau et du changement climatique permet d’imaginer de nouveaux leviers pour transformer des réflexions actuellement inévitables en ambitions d’avenir.

 

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