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Languedoc

Le négoce demande des vins de cépages résistants Bouquet

Mardi 22 juin 2021 par Michèle Trévoux

Les metteurs en marché sont venus nombreux déguster les cépages résistants à l’Inra de Pech Rouge.
Les metteurs en marché sont venus nombreux déguster les cépages résistants à l’Inra de Pech Rouge. - crédit photo : DR
Les metteurs en marché languedociens, séduits par la qualité des variétés obtenues par Alain Bouquet, résistantes au mildiou et à l'oïdium, se joignent à la production pour réclamer leur classement définitif.

L’invitation a eu du succès. Une vingtaine de metteurs en marché, représentants l’ensemble du négoce régional (Castel, Grands Chais, Advini, Badet Clément, Gérard Bertrand...), ont participé ce 10 juin à une dégustation de cépages résistants organisée à Pech Rouge par l’Institut National de la Recherche pour l'Agriculture et l'Environnement (Inrae) et le Comité Interprofessionnel du Vin de Languedoc (CIVL). L’initiative en revient à Richard Planas, le directeur des domaines de Gérard Bertrand et membre de la commission technique du CIVL. « J’ai récemment pris conscience qu’il y a à l’Inra, grâce aux travail d’Alain Bouquet, un réservoir de variétés résistantes qui sont très qualitatives, alors qu’on voit proliférer dans le vignoble d’autres cépages résistants moins intéressants d’un point de vue organoleptique. J’ai voulu faire partager cette donnée à toute la famille du négoce pour que toute la filière soit unie pour défendre ce dossier » explique-t-il. L’objectif a visiblement été atteint.

Une vingtaine de variétés ont été dégustées, majoritairement celles développées par le défunt Alain Bouquet, mais également les Resdur 2 de l’Inrae de Colmar. Parmi les variétés Bouquet, certaines ont unanimement retenu l’adhésion des metteurs en marché. « Les vins que nous avons dégustés sont d’un très bon niveau qualitatif. Quatre d’entre eux ont recueilli tous les suffrages : des croisements à partir de marselan, cabernet sauvignon, grenache et fer-servadou. Ces variétés cochent toutes les cases : elles sont résistantes aux maladies, d’un très bon niveau qualitatif et qui plus est productives. C’est LA solution pour accroître les revenus des producteurs et améliorer l’impact environnemental de la culture de la vigne. Nous ne comprenons pas pourquoi il est si laborieux d’obtenir le classement définitif de ces variétés » s’étonne Gilles Gally, président de l’UEVM, syndicat régional des metteurs en marché.

"Un renfort"

Une prise de position qui réjouit Jean-Benoît Cavalier, président de la commission technique du CIVL. « Jusqu’ici le négoce était plutôt absent des sujets techniques. Cette réunion démontre qu’il est désormais prêt à s’impliquer. C’est un renfort dont nous nous félicitons. Une filière unie aura plus de poids pour défendre le classement définitif de ces variétés ».

Actuellement, sept variétés Bouquet sont classées temporairement, ce qui autorise à les planter à titre expérimental. Une procédure VATE (Valeur Agronomique, Technologique et Environnementale) est engagée, ce qui pourrait permettre leur classement définitif à l’horizon 2024. Le CIVL a demandé le classement temporaire de deux autres variétés qui s’avèrent particulièrement intéressantes qualitativement.

 

Champion du glutathion

Les chercheurs de l’Inrae de Pech Rouge viennent de mettre à jour un autre atout de ces variétés Bouquet. Le G9, cépage blanc à petit degré, affiche des teneurs record en glutathion. « Nous avons découvert par hasard en réalisant nos analyses, que cette variété produisait naturellement des quantités élevées de glutathion : 45 mg/l contre 18 mg/l pour l’ugni blanc. Le ratio glutathion/ acide caftarique (acide phénol responsable du brunissement des moûts) est encore plus favorable  avec 0,4 pour le G9 contre 0, 06 pour l’ugni-blanc » confie Hernan Ojeda, chercheur à l’Inra de Pech-Rouge.

Anti-oxydant naturel, le glutathion est un précieux allié notamment pour la vinification des vins blancs. Il bloque l’oxydation des polyphénols, responsables du brunissement et préserve le potentiel aromatique des vins thiolés en protégeant les précurseurs d’arômes de l’oxydation à laquelle ils sont très sensibles. Il est un atout pour l’élaboration des vins sans soufre.

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Caillet Marie-Madeleine Le 24 juin 2021 à 17:32:53
Ah le cépage résistant G9 que je voudrais bien expérimenter depuis que je connais sa richesse en glutathion et il y a de cela au moins 4 ans ! je demande depuis 3 ans quelques pieds sans résultats et je viens de faire une demande il y a 1 mois à l'INRAE pour 600 pieds dans le cadre du réseau OSCAR. Il s'agit de vérifier la résistance du moût et du vin à l'oxydation par rapport à la réduction des doses de SO2. Oenologue et vigneronne en Picardie
Breton Loic Le 23 juin 2021 à 11:21:04
Nous avons micro vinifié le Grenache Bouquet 3176 issu d'une vigne de 3 ans plantée dans la région de Ledignan. La typicité Grenache est bien ressorti. L'INRA et IFV n'ont pas voulu les inscrire au catalogue français et classement sous prétexte qu'elles étaient monogéniques. Cette notion de polygénique et mono génique a été mis en question par de nombreux chercheurs et généticiens. A ce jour on s' aperçoit qu'un cépage résistant s' il veut trouver une place dans notre encépagement national ou international doit avoir des qualités organoleptiques incontestables. En créant la série des Resdur notre recherche nationale a donné comme priorité la résistance aux 2 maladies Mildiou et Oidium. Les Resdur ont été crées avec des Bouquet et un autre hybride dont le Regent pour les rouges. La conséquence est une augmentation de la résistance mildiou ,mais en dégustation un gout prononcé d' hybride. Ceci a été constaté lors des nombreuses dégustations dans différentes régions. Les metteurs en marché sensibles à la création des variétés résistantes demandent que les vins obtenus soient le plus proche des variétés emblématiques. Bien entendu ils ont validé les variétés Bouquet et ne sont pas intéressés par les Resdur. Les variétés issues de l' université d' Udine en Italie a choisi la même philosophie que celle de Bouquet : variété résistante similaire à une variété emblématique. En dégustation les metteurs en marché retrouvent la typicité des cépages parents. La problématique est le classement de ces variétés résistantes dans le catalogue Français. Classement temporaire qui ne permet uniquement à un viticulteur de planter un hectare . Comment le viticulteur ou la cave coopérative peut-elle évaluer un cépage sur un hectare ? Il faudrait donner la possibilité au viticulteur de pouvoir en planter au moins 5 hectares. En plus le viticulteur ne reçoit aucune aide quand il fait l' effort de l'expérimenter à grande échelle. Notre société demande moins d' utilisation de produits phytosanitaires, mais notre administration bloque toute expérimentation à grande échelle. Quelles sont les personnes qui bloquent et dans quel but ? Une chose est sure notre viticulture va prendre encore 10 ans de retard dans cette logique. Il faut lever les verrous pour donner la possibilité aux viticulteurs de planter les variétés inscrites au catalogue européen c'est à dire toutes celles inscrites dans un catalogue d'un pays membre. Il faut supprimer cette notion de classement qui avait pour but d'empêcher les viticulteurs de planter des variétés autres. Les vins issus de ces variétés peuvent revendiquer la dénomination Vins de France. Si on ne prend pas de décision rapide, le consommateur Français pourra acheter des vins issus de variétés résistantes Européennes ayant un cout de production inférieur et ayant la dénomination composée du cépage emblématique.
Carbonneau Alain Le 23 juin 2021 à 09:57:24
Je renouvelle mon soutien à ces génotypes résistants issus du travail de notre regretté collègue Alain Bouquet. Ils sont typiques et qualitatifs, adaptés à nos conditions de terroir et durablement résistants. Je souligne une fois de plus l'erreur de nombreux généticiens de l'INRAE qui ne jugent la durabilité des résistances qu'au travers du polygénisme en bloquant les génotypes monogéniques. En effet, les gènes de résistance à l'oïdium et au mildiou apportés par Muscadinia rotundifolia sont efficaces depuis des millénaires, même le seul locus (et non gène) Run1 contre l'oïdium. Ce qui est le plus important pour éviter le risque de contournement n'est pas de cumuler les gènes dont on n'a d'ailleurs jamais démontré la complémentarité voire la synergie réelles, mais de sélectionner le gène ou le locus efficace. Que l'INRAE arrête de freiner les génotypes 'rotundifolia x Vinifera' qui ont fait leurs preuves depuis plus de 12 ans à l'INRAE Pech Rouge, aux prétextes erronés de principe de précaution et de soutien à l'antenne de Colmar/IFV!
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