LE FIL

Dessin sans dessein

Thierry Desseauve relaxé pour la publication de la caricature sexiste d’En Magnum

Mardi 08 juin 2021 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 09/06/2021 15:39:01

L’action intentée par Fleur Godart est jugée irrecevable par les magistrats, pour qui son identification n’est pas caractérisée, ce qui conduit à la relaxe de Thierry Desseauve.
L’action intentée par Fleur Godart est jugée irrecevable par les magistrats, pour qui son identification n’est pas caractérisée, ce qui conduit à la relaxe de Thierry Desseauve. - crédit photo : DR
Le tribunal judiciaire de Paris juge que le dessin publié dans le trimestriel ne permet pas d’identifier l’agente en vin Fleur Godart, qui se réserve la possibilité de faire appel.

Relaxe ce 6 juin pour Thierry Desseauve, le directeur de la publication de la revue En Magnum, poursuivi « pour injure publique commise envers une personne à raison de son sexe » par l’agente en vins Fleur Godart, qui se reconnaissait dans la caricature dessinée par Régis Franc dans le numéro 21 du trimestriel (représentant une commerciale laissant imaginer des contreparties charnelles aux achats d’un caviste). « Cette identification correspond davantage à une identification en tant que femme exerçant dans le milieu du vin, s’offusquant du caractère sexiste du dessin, alors qu’elle décri souffrir encore des stéréotypes qu’elle voit persister dans le monde professionnel dans lequel elle évolue. Il ne s’en infère pas une identification objective de sa personne dans la femme représentée en caricature dans le dessin incriminé » juge ce 8 juin la dix-septième chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris.

Les magistrats suivent ainsi les réquisitions de la procureure de la République, qui centrait, lors de l’audience du 4 mai dernier, tout l’enjeu du dossier sur « l’identification de Fleur Godart dans cette publication pour caractériser l’infraction ». En la matière, le ministère public estimait que le buzz enregistré sur les réseaux sociaux ne permet pas d’être catégorique sur la personne représentée par la caricature (« des posts évoquent des coïncidences [et des] hypothèses [qui ne sont] pas claires et nettes »). Tout comme l’absence de ressemblance physique entre le dessin et l’agente. Mais le doute subsiste pour la procureure sur la référence de la maison Poulet Rautiz sur la caricature à la marque commerciale « Vin et Volaille » de Fleur Godart (qui pourrait être une référence au domaine Chante-Cocotte du dessinateur Régis Franc).

"Pas suffisamment discriminant"

Cette incertitude n’existe pas pour le tribunal, qui estime que « les termes "Poulet Rautiz" (renvoyant à des éléments personnels du dessinateur et à des éléments du monde du vin : Côte-Rôtie ou Poulet père et fils) et "agents des vins"(terme générique) ne sont pas suffisamment discriminants pour permettre son identification ». Le jugement ajoute que « l’aspect physique de la partie civile ne présente pas de ressemblance avec la femme caricaturée dans le dessin incriminé, ne serait-ce qu’au regard de la couleur de ses cheveux et des différentes coiffures sous lesquelles elle apparaît tant à l’audience qu’en photos (recherche Google et page Instagram) ». Quant aux messages publiés sur les réseaux sociaux, ils ne font état que de « référence », « allusion » et « rapprochement », le tribunal notant également qu'ils proviennent d'un même groupe d'activistes pour la cause féministe.

"Vins nature"

« Ce petit groupe est surtout activiste pour les vins nature, ils ont tous la carte de leur parti des vins nature » réagit Thierry Desseauve, pour qui le dossier est clos, sauf appel. « C'est la première fois que l'on voit des personnes accusés d'injures envers une personne qu'ils ne connaissent pas. Ni le dessinateur, ni le directeur de publication, ni personne au journal » ajoute le critique, soulignant qu'en trente ans de carrière il n'a pas rédigé une ligne sexiste, mais a toujours défendu le vin de qualité, qu'il soit produit par un homme ou une femme. « Cette attaque est particulièrement injuste. Les tweets, posts et courriers à côté m'ont fait bien plus de mal que l'action de madame Godart, dont je ne vois pas comment elle a pu se reconnaître » détaille Thierry Desseauve.

Appel en suspens

Sur l'enjeu de l'identification, « nous savions que cette question se posait. Le tribunal a tranché, nous allons voir si nous faisons appel » indique maître Éric Morain, l’avocat de Fleur Godart. Si l’action de sa cliente est déboutée, sa constitution en tant que partie civile n’est pas jugée abusive pour le tribunal, qui indique que « Fleur Godart a pu se méprendre sur la portée de ses droits » et n’est pas condamnée pour dommages et intérêts (la défense de Thierry Desseauve demandait une requalification en procédure abusive assortie d'une condamnation de 10 000 €). « Le jugement est conforme à nos attentes. Il est assez rare d'obtenir gain de cause pour procédure abusive » précise maître Christophe Bigot, la défense de Thierry Desseauve. L'avocat parisien indique « persister à croire que Madame Godart a été au sein d'une cabale [sur les réseaux sociaux] et a peut-être été instrumentalisée ».

A noter qu'appel ou non, le dossier de la caricature d'En Magnum reste ouvert sur un autre volet (ne concernant pas Thierry Desseauve et En Magnum), une autre procédure étant en cours suite à une plainte pour cyberharcèlement portée par la caviste belge Sandrine Goeyvaerts.

 

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