LE FIL

Patrimoine perse

Un vigneron français pour faire vivre la culture du vin en Iran

Mercredi 26 mai 2021 par Sharon Nagel

Pour Masrour Makaremi, la vigne, telle que la culture, peut être arrachée à un endroit, mais rien ne peut l’empêcher de repousser ailleurs.
Pour Masrour Makaremi, la vigne, telle que la culture, peut être arrachée à un endroit, mais rien ne peut l’empêcher de repousser ailleurs. - crédit photo : Masrour Makaremi
L’arrachage de la vigne et l’interdiction de consommer du vin en Iran visent à anéantir une histoire et une culture maintes fois millénaires. Depuis sa région adoptive de Bergerac, Masrour Makaremi s’est donné comme mission de les faire renaître à travers la France.

Les fouilles archéologiques et recherches historiques l’attestent : la vigne et le vin existaient il y a plus de 7 000 ans dans la Perse antique. Chanté dans la littérature et illustré dans les œuvres d’art, le vin fait partie intégrante de cette culture. Ou du moins, en faisait partie, jusqu’à la révolution islamique en 1979 en Iran. « Il y a une volonté d’étouffer le vin dans la culture du pays. C’est un symbole d’interdit très fort », explique Masrour Makaremi, orthodontiste, arrivé en France à l’âge de 10 ans et devenu fervent défenseur du patrimoine de son pays natal. « Officiellement, il n’y a aucune production, consommation ou importation de vin en Iran. Un amendement a même proposé d’interdire le vin dans la littérature ».

De son indignation est née une farouche volonté de faire renaître la culture du vin en Iran, et de donner une note d’espoir et d’optimisme. Il y a cinq ans, en collaboration avec le vigneron Grégory Dubard des vignobles éponymes, il a décidé de replanter des pieds de « shiraz », en hommage à sa ville natale de Chiraz, capitale du vin à l’époque de l’Empire perse. Les symboles ne n’arrêtent pas là, et ils sont légion : baptisée « Cyrhus », sa cuvée fait allusion au roi des Perses, Cyrus le Grand, auteur du « Cylindre de Cyrus », qui est considéré comme le support de la première déclaration des droits de l’Homme. Elevée en amphores, elle sera produite en édition limitée : 559 bouteilles numérotées, en clin d’œil à la date de naissance de Cyrus le Grand, né en -559 avant notre ère. Et l’une des amphores est symboliquement préislamique, datant du 2ème siècle.

Un vecteur d’échanges culturels

Les premières bouteilles de ce 100 % syrah, ou shiraz, seront disponibles en juin prochain. Mais elles ne représentent que la première étape de cet « acte militant », et projet d’échange culturel. « La culture du vin est encore très présente dans l’esprit des Iraniens », se félicite Masrour Makaremi. « L’esprit du projet, c’est de la faire véritablement renaître, mais aussi de démontrer que le vin est le fruit d’une multitude d’échanges, comme à l’époque gallo-romaine, ou bien quand les Anglais se sont installés dans le Bordelais et le Bergeracois ».

La création d’un chai d’inspiration perse en France s’inscrit donc dans cette logique, et puis à terme, l’implantation d’un vignoble en Iran. « Bien évidemment, avec le régime actuel, ce n’est pas envisageable, mais mon but est de donner une perspective optimiste ». Pour le moment, le projet Cyrhus va mettre en avant le hashtag #FromChiraztoShiraz afin de rassembler une communauté internationale de passionnés de vins perses. « La touche perse permet de participer à l’aventure culturelle du vin », explique le néo-vigneron, qui pense déjà à sa deuxième cuvée.

 

Pour participer au webinaire organisé le 11 juin à 19h, rendez-vous sur ce site.

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