LE FIL

Alt'Fongi

Les produits de biocontrôle au banc d'essai

Jeudi 28 janvier 2021 par Marion Bazireau
Article mis à jour le 01/02/2021 13:53:06

 Le biocontrôle a permis aux vignerons d’utiliser entre 325 et 500 g/ha de cuivre en moins.
Le biocontrôle a permis aux vignerons d’utiliser entre 325 et 500 g/ha de cuivre en moins. - crédit photo : Inrae
L’huile essentielle d’orange douce et le bicarbonate de potassium font faire des économies de cuivre et de soufre. En revanche les stimulateurs de défenses ont montré moins d'efficacité contre le mildiou ou l’oïdium, dans les essais du Vinopôle Bordeaux-Aqutaine.

Besoin d’un avis éclairé sur tel ou tel de produit de biocontrôle contre le mildiou ou l’oïdium ? Demandez Séverine Dupin à la Chambre d’agriculture de Gironde. Elle les teste, en collaboration avec l’Institut Français de la Vigne et du Vin et le lycée viticole de Montagne, depuis trois ans dans le cadre du projet Alt’Fongi pour donner des références aux viticulteurs bordelais.

« Les produits de biocontrôle ont des modes d’action spécifiques et indirects, avec des efficacités partielles. Nous avons comparé leur efficacité et nous essayons désormais de trouver la meilleure façon de les intégrer dans les programmes de traitement » relate la responsable expérimentation.

En 2018 et 2019, l’équipe « protection du vignoble » de la Chambre et l’Institut Français de la Vigne et du Vin, ont d’abord investi une parcelle du lycée de Libourne-Montagne pour vérifier l’efficacité anti-mildiou de l’huile essentielle d’orange douce, des stimulateurs de défenses des plantes, de tisanes de saule et de prêle toutes formulées, appliquées en alternance, et deux phosphites (non autorisés en AB).

« Nous avons traité selon le climat et en respectant une cadence maximum de 7 à 10 jours. A chaque fois, le produit de biocontrôle était associé à une petite dose de cuivre, en pourcentage d’une quantité préconisée par l’outil Décitrait de l’IFV » détaille Séverine Dupin. Le protocole a été répété sur quatre rangs et comparé à une modalité témoin, « la petite dose de cuivre seule ».

Bons points pour les phosphites et l’huile essentielle d’orange douce

L’intérêt des stimulateurs de défenses des plantes s’est révélé très limité. « En revanche, les phosphites et l‘huile essentielle d’orange douce ont fait grimper l’efficacité du traitement sur l’intensité des attaques de mildiou sur grappe de 50 % alors que nous avions réduit de 2 kg la quantité de cuivre appliquée » assure Séverine Dupin.

La responsable d’expérimentation prévoyait de lancer de nouveaux essais en 2020 pour déterminer la meilleure période d’application de l’huile essentielle d’orange douce. « La pression sanitaire exceptionnelle nous en a empêchés. Nous retenterons en 2021 ». Les tisanes de prêle et de saule ont donné des résultats intéressants à confirmer, avec un gain d’efficacité moyen de 36 %.

« En parallèle nous avons travaillé sur l’oïdium dans les vignes du président de la cave coopérative de Rauzan, poursuit Séverine Dupin, en appliquant les produits de biocontrôle tous les 10 jours seuls ou associés à 2 kg de soufre quand plus de 10 % des organes étaient touchés ». Les produits ont été comparés à des applications de 2 kgs de soufre pendant toute la saison.

"Les SDP difficiles à prendre en main"

« Pour les stimulateurs de défense des plantes, les modes d’action très spécifiques de ces spécialités rendent leur prise en main difficile. Ils n’ont pas montré d’efficacité dans nos conditions d’essai par rapport à la modalité soufre. Nous prévoyons de re-travailler sur ces produits pour optimiser leurs effets » indique Séverine Dupin.

L’huile essentielle d’orange douce a encore tiré son épingle du jeu, avec un gain d’efficacité par rapport au soufre. « Le bicarbonate de potassium s’est également bien comporté avec le même volant d’augmentation de l’efficacité ».

Nouveaux essais chez trois vignerons

L’année dernière, le Vinopôle Bordeaux-Aquitaine a fait tester le Limocide et l’Armicarb en grandes parcelles à trois vignerons en agriculture biologique. « L’idée était notamment de vérifier qu’ils n’étaient pas trop compliqués à intégrer dans leurs programmes de traitement » rapporte Séverine Dupin.

En début de saison, les vignerons ont utilisé du Limocide à la concentration de 0,8 % du volume de bouillie, en espaçant leurs traitements d’au moins 7 jours, en réduisant les doses de cuivre si le produit était employé.

« Ils ont effectué des traitements au cuivre et au soufre classiques à l’encadrement de la floraison. Une fois la limite des six traitements atteinte, ils n’ont plus utilisé que du cuivre pour prévenir le mildiou et 3 kg/ha d’Armicarb contre l’oïdium, en se réservant la possibilité de recourir au soufre mouillable si plus de 10 % des pieds présentaient des symptômes » décrit Séverine Dupin.

"Jusqu’à 500 g de cuivre et 25 kg/ha de soufre en moins"
 

L’huile essentielle et le bicarbonate de potassium ont une nouvelle fois fait leurs preuves. « Le biocontrôle a permis aux trois vignerons d’utiliser entre 325 et 500 g/ha de cuivre en moins. Cela peut paraître peu mais ça peut aider à rester sous la barre des 4 kg/ha/an » se réjouit Séverine Dupin.

Et les vignerons ont économisé entre 15 et 25 kg/ha de soufre. « Ils ont utilisé 2 à 3 fois moins de soufre tout en contenant aussi bien l’oïdium que sur les témoins ».

Ces essais sont financés par le CIVB jusqu’en 2023. « Cette année, nous allons y intégrer des vignerons en conventionnel pour tester les phosphites à plus grande échelle et évaluer l’intérêt du biocontrôle contre botrytis » dévoile Séverine Dupin.

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