LE FIL

Grâce à Jérôme Despey

Tout, vous saurez tout sur l’arrachage temporaire demandé par la filière vin

Jeudi 10 décembre 2020 par Alexandre Abellan

« La mesure permet de conserver le potentiel de production en passant cette période compliquée » résume Jérôme Despey.
« La mesure permet de conserver le potentiel de production en passant cette période compliquée » résume Jérôme Despey. - crédit photo : Capture d'écran Zoom (visioconférence FNSEA 18 novembre 2020)
Le président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer fait le point sur le dispositif de restructuration différé exposé ce 9 décembre par les professionnels au ministère. Expliquant le principe de cette réduction momentanée du potentiel de production viticole, le viticulteur héraultais lance au passage un coup de gueule, contre la course à l’échalote de certains pour proposer de nouvelles aides en 2021, et expose sa colère, contre la réduction de 4 % du budget de l’OCM vin.

Le dernier conseil spécialisé vin de FranceAgriMer s’est penché sur un dispositif d’arrachage temporaire, ou plutôt de restructuration différée…

Jérôme Despey : Le projet de restructuration différée, c’est un acte de restructuration avant tout. Le principe souhaité unanimement par les professionnels est de conserver le potentiel au vignoble en suscitant l’arrachage dès 2021 et un report de plantation 3 à 5 ans après. Ce qui nécessite un nouveau cadre, se traduisant dans les plans collectifs dès la campagne 2022. Si la plantation n’est pas réalisée au bout de cinq ans, les aides doivent être remboursées. Il faut replanter, il ne s’agit pas d’arrachage définitif.

Nous proposons une aide passant de 400 à 1 000 euros par hectare pour l’arrachage, une Indemnité de Perte de Récolte (IPR) de 2 000 €/ha par année de plantation différée (avec peut-être une majoration pour les Jeunes Agriculteurs) et un maintien de l’aide à la restructuration selon le barème actuel. Ce qui est positif, c’est que le ministère de l’Agriculture annonce son intérêt pour les propositions des professionnels. Il n’y a pas eu de décision, mais un débat pour permettre la mise en place dès 2021 de l’arrachage et le dépôt de plan collectif pour 2022 au deuxième semestre 2021.

 

Concrètement, comment le dispositif fonctionnerait-il pour un vigneron souhaitant y faire appel ?

Le mode opérationnel n’est pas finalisé, mais les règles actuelles de la restructuration s’appliquent (modification culturale en matière de densité de plantation, palissage, encépagement…). Si je réalise un arrachage et ne prévois ma replantation que dans 3 ou 5 ans, je perçois une avance sur l’aide à l’arrachage, une IPR dans le temps et l’aide à la restructuration au bout de la période. La mesure permet de conserver le potentiel de production en passant cette période compliquée. Plus je plante tard, plus je gagne d’IPR.

L’IPR dans le temps va susciter des discussions avec la Commission Européenne. La France va expliquer l’importance d’établir cette IPR avant replantation, qui répond à des enjeux environnementaux : repos du sol et réduction des produits phytosanitaires avec l’espoir d’arrivée de nouveaux cépages résistants (au mildiou et à l’oïdium).

 

Vous évoquez une avance, quel serait son montant ?

Le conseil spécialisé propose les principes d’un acte d’arrachage et de restructuration étalée dans le temps. Les modalités techniques ne sont pas arrêtées. Le ministère doit en discuter avec la Commission Européenne pour rendre le dispositif opérationnel.

Nonobstant ces décisions, le conseil spécialisé a reporté, par une décision modificative, la date limite de déclaration pour les arrachages préalables du 17 décembre 2020 au premier février 2021 [NDLR : voir encadré pour en savoir plus]. Ceux qui souhaiteraient rentrer dès 2021 dans le dispositif, s’il est validé, peuvent s’y préparer. Mais rien ne laisse présager de l’issue de ce projet, nous avons du travail sur cette mesure

 

Parmi les propositions que l’on peut également entendre fuser dans la filière, il en est une qui relierait une nouvelle distillation de crise à une obligation d’arrachage définitif…

On entend beaucoup de choses… J’ai peu de commentaires à faire. Il faut être prudent et assez pragmatique. Nous avons mis en place des mesures pour réduire les surstocks sur 2020, la deuxième phase de la campagne de distillation est en cours (jusqu’au 31 mars 2021) et l’aide au stockage privé est ouverte (depuis le premier novembre 2020). Finissons déjà de mettre en place les mesures de marché pour 2020. Il est prématuré de dire ce que nous devrons faire en 2021. Ne confondons pas vitesse et précipitation.

Je reste sur ma position : nous ne nous interdisons rien parmi les mesures d’aides au marché pour 2021. Mais je ne vois pas comment privilégier une idée par rapport à une autre. Nous sommes dans un deuxième confinement et personne ne sais comment se passera le début 2021. Je suis incapable de dire s’il y aura une troisième vague, si la situation va se dégrader encore plus fortement… Avant de pouvoir proposer des actions au gouvernement et à l’Union Européenne, posons-nous. Le travail collégial réalisé a été constructif, il a permis de répondre au surstock et de maintenir les prix.

 

Des échos de la campagne de négociation avec la grande distribution, et notamment le hard-discount, indiquent un climat particulièrement agressif sur les prix du vin en vrac…

Nous sommes sur les premiers mois d’une campagne anxiogène. J’en appelle à la responsabilité et à la responsabilisation de tous les metteurs en marché : ne profitez pas d’une situation difficile pour imposer des éléments de négociation des prix qui sont injustifiés. On peut dire qu’elles sont insuffisantes, mais les mesures mises en place ont rétabli les stocks. Il n’y a pas d’affolement à avoir sur le marché pour la GD. Ou sinon ce seront une fois de plus les producteurs qui paieront l’addition.

 

On entend dans le négoce une frustration croissante à ce que le Programme National d’Aide (PNA) soit utilisé pour des aides conjoncturelles au vignoble et non pour préparer la relance commerciale de la filière.

J’ai présidé un groupe de travail sur les modifications à apporter au PNA 2021, qui propose le signal de la restructuration différée et des taux d’aides bonifiés pour la restructuration (passant de 50 à 60 %), l’investissement (de 35 à 40 %) et la promotion (de 60 à 70 %). Le groupe de travail sur la programmation du PNA 2023-2028 n’a pas encore pu se réunir, il est reporté à janvier 2021. Les interprofessions et le négoce ont beaucoup réfléchi sur ce que pourrait être le PNA après 2023, nous en discuterons dans ce cadre.

 

Crûment, certains metteurs en marché estiment que la filière fait trop d’aides sociales et pas assez de développement économique…

La situation a fait qu’il y a eu moins d’investissement en 2020 à la suite de la covid. Nous n’avons jamais considéré qu’il était possible de renvoyer de l’argent de l’OCM qui n’était pas utilisé. La gestion de l’enveloppe a été saine. Mais ce n’est pas parce que nous l’avons fait en 2020 que nous devons le refaire en 2021 et par la suite. Je ne veux pas habituer la filière à bénéficier d’aides du PNA. Et je le défendrai tant que j’occuperai ce poste.

Je considère que notre PNA n’est pas là pour faire de la gestion de marché. Notre OCM vin (Organisation Commune de Marché vitivinicole) est là pour accompagner la filière de manière structurante. Quand le rebond sera là, il faudra être au rendez-vous. Nous nous sommes battus pour avoir un outil d’action avec l’OCM.

Je suis d’ailleurs très mécontent qu’aujourd’hui le budget de la PAC (Politique Agricole Commune) baisse de 3,9 % l’enveloppe de l’OCM (de 10 millions €, sur 280 millions €/an pour la France). Alors que les négociations dans le cadre de la discipline budgétaire du conseil des ministres baissent de 1,9 % les aides du premier pilier (les aides surfaciques), je ne comprends pas une baisse supérieure pour les programmes structurels (comme l’OCM vin). C’est de nouveau une distorsion pour la filière viticole. Le ministre de l’Agriculture doit se battre avec fermeté pour l’OCM vin comme il l’a fait pour le programme POSEI (déclinaison outre-mer du premier pilier de la PAC).


 

Hausse des demandes d'arrachage/replantation en 2020

En conférence de presse ce 10 décembre, Didier Josso, le délégué général pour le conseil spécialisé vin, indique que les demandes d'arrachage pour replantation augmentent déjà de 1 000 hectares en 2020 par rapport aux années précédentes. Par rapport à un volume annuel de 10 000 ha (10 886 ha replantés en 2019), cette hausse peut témoigner de raisonnements individuels différents, entre arrachage anticipé pour réduire la production pendant la crise, modficiation de pratiques culturales pour prendre un modèle économique différent... "Le raisonnement collectif est d'arracher dans une logique de replantation avec une indemnité proportionnelle à la durée" souligne Didier Josso. Qui rappelle que le vignoble français représente 813 500 ha en 2020.

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