LE FIL

Malgré le covid

"Pas une seule goutte de vin destiné au Cognac n’est allée sur un autre marché"

Lundi 07 décembre 2020 par Alexandre Abellan

« Tout est calculé, nous sommes des gens sérieux » souligne Christophe Véral.
« Tout est calculé, nous sommes des gens sérieux » souligne Christophe Véral. - crédit photo : BNIC
Secouée par la pandémie de coronavirus, l’eau-de-vie charentaise reste sereine dans son avenir et assume sa volonté de continuer à planter de nouvelles vignes. Le point complet avec le bouilleur de cru Christophe Véral, le nouveau président du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC) et le négociant Florent Morillon, le chef de famille du négoce au BNIC (et directeur amont de la maison Hennessy).

Le premier défi de cette nouvelle mandature est-il de convaincre le reste du vignoble français du bien-fondé des demandes de plantation charentaises en 2021 ?

Christophe Véral : Depuis trois ans, nous sommes allés voir les différentes régions viticoles (Bordeaux, Champagne, Côtes-du-Rhône, Sud…) et avons présenté notre Business Plan à l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité), à FranceAgriMer, à la CNAOC (Confédération Nationale des vins et eaux de vie de vin AOC)… Notre Business Plan évolue avec les marchés. Il y a aujourd’hui une très forte dynamique en Charentes : nous vendions 117 millions de bouteilles il y a vingt ans, nous sommes à 190 millions de cols aujourd’hui et des prévisions calculent 330 millions de cols en 2030.

Cognac va de l’avant. Ce mois de novembre bat tous les records enregistrés par le BNIC depuis 1987 : +50 % par rapport au mois de novembre 2019, qui était déjà un gros mois ! Et nous avons de belles perspectives sur les mois de décembre à février avec le nouvel an chinois et la réouverture de marchés (comme l’Afrique du Sud).

Florent Morillon : Nos demandes pour 2021 ont été validées par l’ODG (Organisme de Défense et de Gestion), le comité régional INAO (CRINAO) et le comité national de l’INAO. Il nous reste l’étape du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer en janvier prochain. Nous avons besoin d’expliquer pourquoi nous avons besoin de ces plantations. Ça nécessite beaucoup de pédagogie. Nous avons besoin d’eaux-de-vie pour ne pas perdre de parts de marché.

 

Si les perspectives de croissance sont aussi fortes, pourquoi avoir réduit de 3 600 à 2 300 ha la demande de nouvelles surfaces pour 2021 ?

Christophe Véral : Cette diminution montre tout notre sérieux. Notre Business Plan est sensible à la pandémie et nous dit que nous aurons besoin de moins d’hectares. Nous n’avons pas surréagi comme en 2009, où les réductions de rendements ont empêché la production de suivre la reprise deux ans plus tard.

Florent Morillon : Au début de la précédente mandature, nous annoncions une orientation à 10 000 ha sur trois ans. Mais il s’agit d’une vision, s’ajustant chaque année. Ça prouve que nous ne faisons pas n’importe quoi. Le Business Plan va de nouveau tourner en mars ou avril prochain [pour donner le cap de la nouvelle mandature].

 

Ces arguments ne rassurent par tout le vignoble. Un autre président d’interprofession, Jacques Gravegeal pour les vins de Pays d’Oc IGP, vous demande toujours ce que « vous ferez de vos vins blancs excédentaires au prochain retournement de marché ? »

Christophe Véral : Monsieur Gravegeal peut penser ce qu’il veut, mais pas une seule goutte de vin destiné au Cognac n’est allée sur un autre marché cette année. Et aucun litre de vin du Cognac n’ira sur d’autres marchés à l’avenir. Si monsieur Gravegeal n’arrête pas de regarder dans le rétroviseur, nous allons de l’avant. Le négoce a d’importants besoins et nous avons une réserve climatique réduite (70 000 hl d’alcool pur sur un potentiel de 600 à 700 000 hl AP).

Nous avons la chance d’avoir un produit qui, si jamais les ventes venaient à baisser, peut se stocker. La viticulture s’en donne les moyens grâce aux prix d’achat du négoce qui sont en hausse et témoigne d’une grande confiance. Comme les contrats sur des vignes qui ne sont pas encore plantées…

Florent Morillon : Les 4 000 viticulteurs de Cognac ont accès à la contractualisation. La région est responsable, nous avons mis en place un certain nombre de mesures pour avoir un système étanche, qui ne peut pas déborder. Nos frontières sont verrouillées pour que l’on ne puisse plus aller cherche de surfaces à l’extérieur : nous avons la volonté de gérer notre potentiel au sein de la région, sans affecter l’extérieur.

Nous ne voulons pas de polémique avec d’autres régions. On ne peut pas éternellement revenir sur le passé. On nous disait qu’à la première crise Cognac déverserait ses volumes, mais nous traversons aujourd’hui la plus grande crise mondiale sans avoir de déstabilisation.

 

 

3 priorités pour le nouveau bureau

Christophe Véral place son mandat sous trois axes : « la croissance, la durabilité et la qualité ». Pour le viticulteur, « tout va ensemble. La croissance sur des marchés installés et nouveaux. La prise en compte de la durabilité environnementale et le devoir sociétal. Nous devons produire plus et mieux, à la vigne, à la distillation, au stockage… Avec le savoir-faire qui caractérise Cognac. La qualité, c’est d’abord le consommateur qui juge le produit final sur le marché »

« Nous serons intransigeants, quelque soit le projet, notre priorité numéro 1 sera la qualité » conclut Florent Morillon.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé