LE FIL

Thierry Coste

"Une fois de plus, le climat a bien régulé" la production européenne de vins

Mardi 10 novembre 2020 par Alexandre Abellan

« Nous envisageons en 2021 de faire appel à de nouvelles mesures de gestion des marchés. Nous anticipons un hiver covid jusqu’en mars ou avril » estime Thierry Coste.
« Nous envisageons en 2021 de faire appel à de nouvelles mesures de gestion des marchés. Nous anticipons un hiver covid jusqu’en mars ou avril » estime Thierry Coste. - crédit photo : DR
Pour passer l’hiver du covid-19, la filière vitivinicole européenne demande de nouvelles mesures et des budgets dédiés afin de ne plus voir ses équilibres de marché soumis aux aléas climatiques en cette période de crise sanitaire

En 2020, le vignoble européen produirait 160 millions hectolitres de vin selon les dernières estimations du Comité des Organisations Professionnelles Agricoles de l'Union européenne (Copa) et du Comité Général de la Coopération Agricole de l'Union européenne (Cogeca). « A la fin du printemps, quand nous sortions de la première vague du Covid-19, nous craignions très fortement d’avoir une très grosse récolte. Bienheureusement, nous n’avons pas eu cette énorme récolte » explique Thierry Coste, qui préside le groupe de travail sur le vin du Copa et de la Cogeca.

Lors d’une visioconférence de presse ce 9 novembre, le viticulteur languedocien souligne que les stocks de vins européens ne sont pas particulièrement élevés : « on peut considérer que la disponibilité ne devrait pas être excessive », « une fois de plus, le climat a bien régulé » l’équilibre entre offre et demande. Si « ce type de récolte aurait été quasiment parfait pour s’inscrire dans la commercialisation de nos produits dans une période classique, nous sommes en plein dans une période covid » souligne Thierry Coste, appelant à des actions fortes de Bruxelles pour soutenir efficacement la filière vin.

"Aides au minimum sur un, deux ou trois années"

« Il va falloir absolument mettre en place des aides à la gestion du marché au minimum sur un, deux ou trois années. Peut-être davantage » prévient Thierry Coste. Rappelant que la filière vin puise essentiellement dans ses ressources propres pour réguler les déséquilibres commerciaux du coronavirus (distillation de crise, aide au stockage et vendanges en vert), le viticulteur de l’étang de Thau rapporte avoir « vu que là où les Etats Membres n’ont pas pu ou pas voulu abonder au budget européen, les mesures de soutien de marchés n’ont pas suivi, n’ont pas été mis en place. Et c’est peut-être la raison majeure qui explique le faible prix sur les marchés. »

Car « eu égard aux disponibilités, à la qualité de la récolte, aux mesures de distillation prises (2,6 millions hl en France et 2,2 millions hl en Espagne), l’impact devrait être visible sur les marchés. Les prix d’entrée de gamme sont trop bas » martèle Thierry Coste. Notant que le « renforcement de la vente et grandes et moyennes surfaces, avec plus de disponibilité sur les vins d’entrée de gamme et une évolution vers le conditionnement en bag-in-box, déclenche malheureusement un transfert de valeur entre la production et la grande surface*. »

Plan de relance

Demandant la prorogation des dispositifs communautaires, la Copa Cogeca souhaite participer aux débats sur le plan de relance européen pour financer ses outils d’intervention. « Je ne sais pas si les mesures de distillation, de stockage et de vendanges en vert seront suffisantes. Mais elles seront nécessaires pour retirer des volumes : il faut absolument éviter une augmentation trop forte des stocks, ce serait catastrophique » plaide Thierry Coste, qui n’écarte aucun outil d’intervention.

Le Copa-Cogeca souhaite ainsi que sur la période de la pandémie des campagnes de promotion puissent être aidés sur le marché intérieur. Evoqué à Bordeaux, l’arrachage définitif pourrait également être sur la table. « Actuellement, ce sujet est plus réfléchi en France que dans les autres Etats-membres. A titre personnel, je suis convaincu qu’il n’y a pas un bon outil, mais des outils adaptés aux différentes zones. Aucun sujet n’est tabou, nous évoquerons l’arrachage comme d’autres mesures et nous verrons » explique Thierry Coste, qui s’attend déjà à recevoir des demandes d’arrachage définitif.

"Je préfère du préventif"

« Nous avons besoin de mesures d’urgence. Je préfère du préventif sur l’incendie que des pompiers sur un champ de ruine » résume Thierry Coste, qui conclut la nécessité de garder à l’esprit l’enjeu de la transition écologique.

 

* : « Nous n’allons pas nous plaindre que les grandes surfaces soient un relai en cette période difficile. Parce que ce sont nos partenaires privilégiés » précise Thierry Coste.

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