LE FIL

Réchauffement climatique

La Provence n’a pas (encore) les moyens de ses ambitions en matière d’irrigation

Mercredi 21 octobre 2020 par Marion Bazireau

L’accélération du réchauffement climatique fait baisser les rendements et met les agriculteurs en difficulté.
L’accélération du réchauffement climatique fait baisser les rendements et met les agriculteurs en difficulté. - crédit photo : Pixabay
333 projets de rénovation ou d’extension du réseau d’irrigation ont été identifiés en région PACA. Ils demandent 800 millions d’euros sur 10 ans, alors que les financements publics ne sont actuellement que de 18 millions d’euros par an.

La région PACA vient de passer deux ans à recenser ses besoins en matière d’hydraulique agricole. « L’accélération du réchauffement climatique met les agriculteurs en difficulté. Les rendements baissent drastiquement. Nous pouvons chercher des itinéraires techniques plus économes en eau, mettre en place de l’enherbement, des couverts végétaux, planter de nouveaux cépages, travailler sur l’agroforesterie, mais cela ne suffira pas. Sans accès à l’eau, certains viticulteurs ou producteurs de lavande vont devoir cesser leur activité. Et ceux qui peuvent déjà irriguer risquent de bientôt en manquer si les infrastructures ne sont pas rénovées » a prévenu Béatrice Martin, conseillère régionale et présidente de la Commission Agriculture, Viticulture, Ruralité, Forêt, lors d’une conférence organisée sur le salon virtuel Med-Agri.

333 projets

L’étude Prohydra 2028 a permis à la région d’identifier 333 projets de rénovation ou d’extension du réseau d’irrigation. 27,8 millions de m3 d’eau supplémentaires sont demandés sur un peu plus de 40 000 hectares de cultures. Dans le Vaucluse, département le plus en demande, l’extension de l’irrigation est envisagée sur 18 200 hectares via la Société du Canal de Provence ou au travers du projet Hauts de Provence rhodanienne porté par la Chambre d’agriculture.

800 millions d’euros sur 10 ans seraient nécessaires à la mise en œuvre de tous ces projets. « Or nos financements publics ne sont stabilisés qu’à hauteur de 18 millions d’euros par an » a alerté la conseillère. Si les aides étaient maintenues au niveau d’aujourd’hui, ces projets mettraient au moins 50 ans à se réaliser.

« Nous devons tous être à la manœuvre pour aller chercher les fonds nécessaires » a insisté Béatrice Martin. La tâche ne va pas être aisée. Ce type de projets n’est ni prioritaire au niveau européen, ni au niveau régional, l’agence de l’eau Rhône Méditerranée consacrant ses financements à la préservation des milieux naturels.

Ces 333 projets doivent permettre une augmentation de 20% des surfaces irriguées. « Mais comme nous allons aussi remplacer l’irrigation gravitaire par du goutte-à-goutte ou de la micro-aspersion, nous allons finalement économiser de l’eau, c’est ce message que nous devons faire passer » a poursuivi André Bernard, président de la Chambre d’agriculture PACA.

"Les agriculteurs vont devoir investir "

« Il nous faut rassembler nos énergies et aller chercher des sous dans le cadre du Contrat Plan Etat-Région. Les départements et les intercommunalités doivent participer aux financements, car ce sont eux qui vont profiter des aménagements. Nous devons aussi négocier avec la Compagnie Nationale du Rhône, qui a rendu le fleuve navigable et produit de l’énergie mais pas assez développé l’irrigation, et aller chercher du fonds européen agricole pour le développement rural via les profits réalisés avec les panneaux photovoltaïque » a listé André Bernard.

S’ils veulent de l’eau, les agriculteurs vont également devoir participer à l’effort collectif. « Jusqu’à présent ils payaient quand l’eau arrivait chez eux, ils vont désormais devoir investir en amont. »

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