LE FIL

De George Floyd au secteur du vin

Y a-t-il une place pour les noirs et les minorités ethniques dans le monde du vin ?

Jeudi 10 septembre 2020 par Sharon Nagel

En incorporant des gastronomies plus diversifiées, le vin peut devenir beaucoup plus fédérateur
En incorporant des gastronomies plus diversifiées, le vin peut devenir beaucoup plus fédérateur - crédit photo : Sharon Nagel
Le débat sur la diversité ethnique et le traitement (non)équitable des populations fait rage cette année, ponctué d’événements particulièrement marquants et douloureux à travers le monde. A première vue, le secteur du vin paraît loin de toutes ces luttes, mais pour certains, il symbolise bien la dominance blanche, et masculine. Retours d’expérience.

Les communautés noires et les minorités ethniques ne sont pas les plus visibles dans le monde du vin. C’est un fait, même si le vin n’est pas l’unique secteur concerné, loin de là. Néanmoins, les différents scandales qui ont éclaté ces derniers mois, et ont propulsé sur le devant de la scène le mouvement « Black Lives Matter », ont amené certains professionnels à s’interroger sur leur capacité, et leur volonté, à intégrer les noirs et les minorités ethniques au sein du secteur. Aussi bien en amont, qu’en aval, en termes de production mais aussi de marketing et de commercialisation. La filière européenne a-t-elle suffisamment pris la mesure du phénomène ? Et que peut-elle faire pour s’ouvrir davantage à la diversité ? C’est en interrogeant les principaux intéressés que les premiers éléments de réponse peuvent être apportés, d’où le webinaire organisé la semaine dernière par l’association britannique à but non lucratif BAME in Hospitality (pour minorités ethniques dans le secteur CHR).

 

Aucune diversité ethnique chez les décisionnaires

Placé sous l’égide du prestigieux WSET et parrainé par la célèbre maison d’effervescents anglais Nyetimber, le webinaire a été présenté comme la première table ronde au Royaume-Uni dédiée à la place des noirs et des minorités ethniques dans le monde du vin. Et les retours d’expérience ne sont ni réjouissants ni uniquement applicables au marché britannique. « Il y a énormément d’idées reçues autour des préférences des minorités ethniques par rapport aux boissons et nous sommes souvent associés aux spiritueux, voire aussi à l’abstinence », affirme Elisha Rai, avocate de formation devenue vigneronne dans le Kent et productrice d’un rosé effervescent anglais. « Les minorités ethniques sont très peu représentées lors des dégustations et peu de gens comprennent qu’elles ne constituent pas un bloc monolithique mais sont extrêmement diversifiées », renchérit Saira, qui communique sur Instagram sous le nom « Pursuit of Grapeness », tout en travaillant dans la City. Pour Aleesha Hansel, communicante spécialisée dans le vin, si l’égalité s’est imposée dans les premiers rangs de la profession, parmi les décisionnaires « on ne voit aucune diversité ethnique ».

 

L’illustration d’un problème plus global

Au-delà des questions morales, la problématique pratique est double : d’un côté la filière se prive potentiellement d’une réserve de main d’œuvre talentueuse et volontaire ; de l’autre, elle se coupe d’un public d’amateurs potentiels. « Beaucoup de « Millennials » ne boivent pas de vin. Or, les populations d’origine asiatique regorgent de candidats qui ne demandent qu’à apprendre et à mieux connaître le vin, et ont un certain pouvoir d’achat », note Sumita Sarma, expert-comptable et désormais étudiante en Master of Wine. « Au niveau publicitaire, les marques de vin sont essentiellement présentées comme appartenant à des Caucasiens, et destinées à ce même groupe », déplore Elisha Rai. Mais au final, ce qu’éprouvent ces représentants des minorités ethniques – et femmes en l’occurrence – ne serait-il pas simplement le sentiment d’exclusion et le côté intimidant dont se plaignent beaucoup de non-initiés vis-à-vis du vin ? « Globalement, les professionnels du vin doivent nouer des liens beaucoup plus proches avec les consommateurs », confirme Sumita Sarma. Dans le cas précis des minorités ethniques, plusieurs suggestions ont été proposées pour mieux les aborder, à commencer par les alliances mets et vins : « La gastronomie constitue un obstacle. Les alliances mets et vins font quasiment systématiquement appel à des plats typiquement européens. Or, en incorporant des gastronomies plus diversifiées, le vin peut devenir beaucoup plus fédérateur », suggère Aleesha Hansel. En amont, l’un des principaux freins, le ticket d’entrée financier – « 5 000 £ pour passer le diplôme WSET » - pourrait être surmonté en multipliant les bourses et le parrainage, couplé au recrutement de « mentors » pour soutenir les candidats dans leur parcours du combattant. Car, ce qui est certain c’est, vu le contexte international et la pression exercée actuellement pour impulser une responsabilisation accrue de la société envers les minorités, le secteur du vin ne pourra pas, et ne devrait pas, rester à l’écart du mouvement.      

 

Jancis Robinson s’implique dans la cause

La critique britannique Jancis Robinson souhaite jouer un rôle moteur dans la diversification ethnique de la filière. Elle vient de lancer un site internet, bamewineprofessionals.co.uk, en collaboration avec le consultant et formateur Mags Janjo, fondateur de MJ Wine Cellars, afin de donner davantage de visibilité aux noirs et aux minorités ethniques et de favoriser les mises en relation dans les toutes les branches de la profession. Cette initiative fait suite à un sondage réalisé cette année, qui illustre le manque très important de diversité ethnique au sein du secteur du vin au Royaume-Uni, et le ras-le-bol général face à la dominance blanche masculine.

 

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VOS RÉACTIONS
Oeno Choé Le 12 septembre 2020 à 19:11:31
Voir article sur Julia Coney.
Stéphane B Le 12 septembre 2020 à 09:26:09
WSET.....ce n'est qu'une machine a fric, le niveau de connaissance de 1 à 3 est pathétique.
MG Le 10 septembre 2020 à 17:46:02
Cet article me rappelle un autre article de courrier internationale dans lequel, j'ai appris que google a créer des icônes pour localiser des commerçants en Amérique du nord en fonction de la couleur de peau ou de leur orientation sexuelle. On m'a appris que trier les gens en fonction de la couleur de peau, de leur choix sexuel ou de leur religion c' est du racisme. Mais vu que dans ce cas, le trie est effectuer par une multinationale et pour "le bien" c'est cool. Ici pareil, vu que c'est pour le business et augmenter le CA, la racialisation c'est "Bien". Monde de ...
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