LE FIL

Pascal Lavergne

A Bordeaux, "nous sommes restés assis sur notre nom"

Vendredi 14 août 2020 par Alexandre Abellan

Député de l'Entre deux Mers, Pascal Lavergne y exploite des vignes.
Député de l'Entre deux Mers, Pascal Lavergne y exploite des vignes. - crédit photo : DR
Le député de l’Entre-deux-Mers appelle le vignoble bordelais à sortir de sa zone de confort pour se remettre en cause et retrouver sa place dans une compétition mondialisée.

Quel constats tirez-vous de la crise commerciale des vins de Bordeaux ?

Il faut distingue deux choses. Une problématique de filière qui est indéniable (les taxes Trump ont plombé le marché, tout comme le confinement) et des problématiques structurelles que l’on trouve dans certains vignobles (dont Bordeaux). En tant que viticulteur et député circonscription à majorité vinicole, j’observe depuis vingt ans sur les statistiques un écart permanent entre les volumes produits et ceux commercialisés. Les ventes ne repassent pas devant la production. Alors que la consommation mondiale augmente, on n’a pas su prendre de parts de marché. Ce n’est sans doute pas un problème de prix, les niveaux sont acceptables, ce pourrait être un problème d’adéquation aux goûts des consommateurs.

 

Il faut donc changer le goût des vins de Bordeaux pour renouer avec les marchés mondiaux ?

Nous sommes sans doute trop corsetés à Bordeaux, nous nous interdisons des possibilités que les vignobles argentins ou australiens s’autorisent. Nous avons un problème d’adéquation entre ce que cherche le consommateur et ce que nous sommes en capacité de produire. Nous sommes restés assis sur notre nom, nous n’avons sans doute pas été assez réactifs face au monde qui demande de l’être. Le problème de la vigne est d’être une plante pérenne qui ne peut pas être changée rapidement.

Au-delà du constat, il faut prendre les choses en main. A Bordeaux il y a eu trop de confiance dans le nom et l’image qui y est collée. Mais actuellement, les consommateurs (comme les électeurs) sont très versatiles. Sur un marché mondialisé, la concurrence est forte. Ce qui n’aide pas Bordeaux, c’est un encépagement très marqué par le merlot, ce qui produit avec le changement climatique des vins trop alcooleux. J’ai l’impression que les gens ont besoin de choses moins fortes, plus fruitées et avec de la sucrosité.

 

Avez-vous d’autres pistes de solution en tête ?

Aujourd’hui, il faut trancher dans le vif. Nous ne pouvons pas traîner un million d’hectolitres de stocks supplémentaires. Il n’y aurait pas eu la Covid-19, il aurait fallu régler ces problèmes. [Avec l’aide à la distillation de crise,] Bordeaux s’engouffre dans une brèche pour régler d’autres problèmes avec les leviers disponibles. Mais la situation était déjà bien tendue avant la covid.

Se pose la question des contrôles qualité. Le système bordelais élimine 0,5 % des volumes, contre 2 à 5 % ailleurs. Des volumes ne sont pas éliminés pour des raisons sociales, mais cela fait couler tout le monde, doucement, mais surement… Il faut s’interroger sur l'agrément et sur Qualibordeaux.

Niveau rendement, on peut le baisser pour régler le problème de l’offre, mais va-t-on régler celui de la demande ? Cette mesure étant généralisée, elle peut priver de marchés ceux qui réussissent. Ce qui n'est pas forcément compris par tous…

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greg lab Le 21 août 2020 à 13:59:17
Bonjour, si ce n'est pas un problème de prix (conso) ça l'est pour le producteur. à 80 euros/hl à 45 ou 60hl/ha ca fait pas lourd. quel CA à l'ha préconisez vous? du coup il est étrange d’imaginer une baisse de rendement. pour un viticulteur. Proposer de diminuer le rendement pour limiter l'offre, je trouve ca étrange ou la valorisation est ailleurs (combien en st emilion ? combien en Bdx sup?). et la diminution de rendement n'a jamais amélioré la qualité. il y a tout simplement trop de Bordeaux, de plus en plus de vins ailleurs et surtout des vins ou l'on s’éclate! du fruit, des fruits,des épices, du léger, du concentré rond des bombes partout. prenons les vins d'Espagne, d'Italie, d'Australie, d'Allemagne, Portugal, du Chili... et pas besoin d'aller si loin, combien de terroirs en Languedoc Roussillon? alors oui à Bordeaux il faut arracher. le vin blanc cartonne et va de plus en plus fonctionner. pas de vision à court terme pour développer la prod. il devrait (et il y en a mais chut) avoir du chardonnay depuis des années à Bdx. mais non toujours un temps de retard. Quels cépages faut il planter selon les odg, la chambre, l'inao? ah oui, du merlot et du sauvignon. Le vin n'est pas pire que ailleurs à bdx mais il est triste. il est Bordeaux en fait! Pour ceux qui n'aiment pas la thermo ca fait juste quelques millions d'hl qui se boivent sans problème, mais c'est sur que ca ne se boit pas le petit doigt en l'air et un pull sur les épaules.
buzvin Le 19 août 2020 à 05:42:57
Enfin tout est dit, il ne reste plus qu'a mettre cette analyse en application. Messieurs les Bordelais vous avez près de chez vous comme bon exemple les vins du Sud Ouest. (Les choses sont difficiles parce que l'on n'ose pas ou c'est parce que l'on n'ose pas que les choses sont difficiles? (Sénèque ).
marc Le 17 août 2020 à 09:41:00
À Bordeaux, la volonté de produire des volumes en utilisant au chai des techniques destructrices de la typicité comme la thermovinification est l'une des causes principales du déclin qualitatif. Certes, vous valorisez des vendanges altérées ou pourries mais vous ne donnez pas à la chance à des vendanges honnêtes, qualitatives de poursuivre leur itinéraire technique pour produire des bons vins qui ne craindront pas la comparaison avec les vins du Languedoc. Ne pas faire l'inventaire de tous ces obstacles à la qualité c'est accroître le déclin bordelais.
le renageois Le 14 août 2020 à 20:00:46
contrairement à l'avis du député, je pense que le problème bordelais réside dans le prix de ses vins et non dans la qualité ; les vins du Languedoc continue de progresser avec un degré d'alcool et une structure puissante, mais à des prix raisonnables ; beaucoup de régions produisent des vins légers, parce que leur terroir et leur encépagement ne leur permet pas de faire autrement, leur prix est ..... bien inférieur à ceux de Bordeaux. Le nivellement par le bas au niveau de la qualité va à contre-courant de ce que recherche le consommateur : un vin de qualité à un prix abordable
AV Le 14 août 2020 à 14:18:44
cela me fait plaisir de voir un vigneron bordelais annoncé ce que je remarque depuis 4-5 ans maintenant. Et quand je le dis, on me répond que les acheteurs ne doivent pas connaitre les vins de Bordeaux.... Ben non, en fait il demande juste des vins adaptés à leur clientèle... cela ne veut pas dire qu'il faut renier le terroir et les spécificités de chaque appellation non plus !
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