LE FIL

Cognac

La Maison Boinaud teste des dizaines d'alternatives au glyphosate

Vendredi 19 juin 2020 par Marion Bazireau

Géry Combaud a plein d'idées pour verdir la viticulture cognaçaise.
Géry Combaud a plein d'idées pour verdir la viticulture cognaçaise. - crédit photo : Marion Bazireau
Avec le négociant Fortet-Dufaud, elle met en oeuvre des désherbages mécaniques et 24 herbicides sur une parcelle de 3,5 hectares.

Directeur des domaines Boinaud, à Salles-d’Angles (16), Géry Combaud n’a pas les deux pieds dans le même sabot. Lorsqu’il est arrivé en 2015, il a mis en place un « parcours riverains » pour protéger et mieux communiquer avec ses 65 voisins, ainsi qu’une multitude d’essais pour se passer des insecticides et des fongicides.

Son objectif est d'avoir divisé par deux l’utilisation des produits phytosanitaires sur les 420 hectares de la Maison Boinaud en 2025. « Et d’ici 2030, nous ne devons plus travailler avec aucun pesticide. Du coup, nous essayons tout et n'importe quoi. Biocontrôle, confusion sexuelle, préparations naturelles peu préoccupantes, tisanes…. Nous testons même l’effet de la musique sur la vigne, avec Génodics » détaille-t-il.

Depuis 3 ans, le domaine s’est aussi mis à la recherche d’alternatives au glyphosate. L’enherbement, le désherbage mécanique et le paillage y sont déjà au banc d’essai.

La Maison vient de franchir un nouveau cap en mettant à disposition du négociant Fortet-Dufaud une parcelle de 3,5 ha de vignes, dans le cadre du programme « Vert l’avenir » porté par le syndicat du négoce agricole Centre Atlantique. Plusieurs alternatives au glyphosate y sont mises en oeuvre et passées au crible par deux conseillers techniques.

« Dans certains rangs, le sol est travaillé mécaniquement à 100% ; dans d’autres, nous gardons en plus la possibilité d’utiliser un herbicide autre que le glyphosate si la pluie est trop importante ; nous avons aussi une modalité enherbement intégral ; et des rangs dans lesquels nous testons les 24 herbicides du marché » liste Antoine Allin, conseiller technique chez Fortet-Dufaud.

Des pistes émergent

Cette année, la météo a compromis une partie des essais. « Pour l’enherbement, nous voulions notamment tester un mélange de trèfle et de paturin, qui devrait peu concurrencer la vigne et apporter de l’azote. Mais il a tellement plu à l’automne que nous n’avons pas pu semer. Et nos semis de printemps n’ont pas tenus » regrette Antoine Allin.

Dans les rangs où les conseillers comparent l’efficacité de tous les herbicides du marché, par blocs de 8 pieds, les résultats sautent aux yeux. Par endroits l’herbe n’a pas du tout poussé, tandis que quelques mètres plus loin des pieds en sont envahis. 

"C'est l’association de Matsuda, Kerb Flo, Gozaï, Beloukha et Agil qui a le mieux fonctionné"

« En passage hivernal c'est l’association de Matsuda, Kerb Flo, Gozaï, Beloukha et Agil qui a le mieux fonctionné, illustre Antoine Allin. En deux passages printaniers, nous avons eu de bons résultats avec une association de Pledge, Elysium, Gozai et Beloukha. Des pistes émergent mais nous n'avons pas encore la solution miracle. Et le désherbage sans glyphosate nécessite d'utiliser davantage de produits. Vendredi, nous avons invité 16 viticulteurs sur la parcelle. Ils vont passer dans tous les rangs et noter à l’aveugle les différentes modalités d’herbicides. »

La Maison Boinaud testera sur des parcelles de 10 à 50 hectares les solutions qui semblent les plus prometteuses.

"On a trop le nez dans les phytos "

Pour faire ses choix, Géry Combaud sera en plus très attentif à l’impact carbone de toutes ces solutions. « Aujourd’hui on a le nez dans les phytos mais pas assez dans le carbone, estime-t-il, or si on doit passer 6 fois sur nos 420 hectares pendant 1 heure en utilisant 12 litres de carburant, bonjour la facture à la fin de l’année. »

« Cognac doit changer de modèle économique »

Pour Géry Combaud, le verdissement du vignoble ne sera pas sans conséquences économiques. « Depuis 2 ans nous avons un rendement de plus de 14 hl d’alcool pur. Ce sera impossible avec les produits naturels. Demain le bon chiffre sera plutôt de 9 ou 10 hl d’alcool pur, estime-t-il. Nous devons repenser l’aménagement des paysages, peut-être produire moins mais sur davantage de surfaces ? »

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