LE FIL

Bordeaux 2019

La crise du coronavirus ramène les grands crus vers leurs fondamentaux commerciaux

Mardi 09 juin 2020 par Alexandre Abellan

Produisant 240 000 cols par an, le château Beychevelle commercialise actuellement plus de 80 % de sa production en primeur (en une seule tranche).
Produisant 240 000 cols par an, le château Beychevelle commercialise actuellement plus de 80 % de sa production en primeur (en une seule tranche). - crédit photo : Château Beychevelle
Après l’annulation de la semaine des primeurs, la campagne de commercialisation du millésime 2019 des grands crus bordelais s’annonçait ardue. Mais les bonnes notes de ces cuvées et les baisses de prix significatives réussissent finalement à relancer l’intérêt pour les ventes en primeur. Le point avec le château Beychevelle.

Soutenu malgré l’absence de la traditionnelle semaine de dégustation préalable, le rythme de la campagne des primeurs 2019 anime sans répit la place de Bordeaux ce début juin. Alors que les bonnes notes de dégustations s’alignent, les baisses de prix s’enchaînent pour les primeurs 2019, par rapport à ceux 2018 : -31 % pour le château Pontet-Canet (à un prix de 58 euros la bouteille pour la place), -30 % pour le château Cheval Blanc (370 €), -16 % pour le château Lafite-Rothschild (396 €), -9 % pour le château Angélus (230 €)… Pour les 200 à 300 propriétés bordelaises vendant en primeur, « nous vivons une période très compliquée [avec la pandémie], il n'y a plus une vente en compagnie aérienne ou en restaurant dans le monde. Pour le marché des grands vins [de Bordeaux], les acheteurs doivent se positionner aujourd’hui. Il est impératif de diminuer les prix pour prendre en compte la situation » résume Philippe Blanc, le directeur général du château Beychevelle (80 hectares de grand cru classé en 1855 à Saint-Julien). Comptant parmi les étiquettes fonctionnant le mieux en primeurs, la propriété à l’emblématique drakkar tire à nouveau son épingle du jeu commercial ce printemps.

Sorties ce 8 juin en une tranche, les allocations du château Beychevelle affichent une baisse de 12 % de leurs prix (à 52,80 €) qui est saluée par la place de Bordeaux, toutes les allocations étant confirmées après quelques heures. Cherchant depuis 25 ans le « prix juste » du cru de Saint-Julien, Philippe Blanc reconnaît que ce n’est pas forcément la qualité du millésime qui joue le plus : « 2019 est un très beau millésime (je ne rentre pas dans le débat de savoir s’il est exceptionnel ou pas), mais la qualité n’est pas le critère le plus corrélé avec le prix d’un grand vin ». Pour lui, l’essentiel reste d’avoir un prix qui ait « du sens économiquement, pour que les clients professionnels puissent les vendre et en vivre, et que le consommateur final trouve dans leur verre une qualité pour ce prix. Notre règle d’or est que notre prix en primeur soit toujours le prix le moins cher de nos vins disponibles. » Des principes simples qui sont remis au goût du jour par la crise sanitaire mondiale.

"Sinon ça n’a plus de sens"

Après des campagnes de plus en plus difficiles, de la retraite de Robert Parker à l’absence de valorisation des millésimes en livrable, les primeurs semblent renouer avec l’attractivité. Ayant redonné un certain sens des réalités commerciales, la crise du coronavirus ramène les grands crus classés aux bases des primeurs. Tout l’enjeu pour ces domaines est de garder ces règles à l’esprit. « Il est important que dans un an les prix [du millésime vendu en primeur] soit significativement plus cher. C’est fondamental, sinon cela n’a plus de sens » souligne Philippe Blanc, qui rappelle que « ce ne sont pas les grands crus classés qui sont Bordeaux. Il faut avoir une pensée pour ceux qui sont aujourd’hui dans une misère noire. »

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