LE FIL

190 000 hl

On a trouvé le stockeur de la distillation de crise du coronavirus

Jeudi 21 mai 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 22/05/2020 08:14:27

« Nous remettons en état ce que nous pouvons. Il est inenvisageable d’avoir plus de stockage pour cette crise » prévient Yohan Lemaire.
« Nous remettons en état ce que nous pouvons. Il est inenvisageable d’avoir plus de stockage pour cette crise » prévient Yohan Lemaire. - crédit photo : Foselev Logistique
Le dépôt Foselev de Port-La-Nouvelle relance 15 cuves inutilisées depuis douze ans, afin d’accueillir les alcools issus de la gestion des excédents prévue par le plan sectoriel du vignoble français.

« La pression commence à monter » confie Yohan Lemaire, le directeur du site de stockage Foselev Logistique à Port-La-Nouvelle (Aude). Alors qu’une vaste campagne de distillation de crise se dessine dans le vignoble français, afin de vider les cuveries des vins ne trouvant pas de débouchés avec la crise actuelle du coronavirus, le dépôt languedocien est sur le pied de guerre pour répondre aux appels de clients de la France entière. Qu’il s’agisse de caves coopératives, de regroupements de vignerons, de distilleries, de groupes alcooliers… Tous font le calcul que 2 millions hl de vin à distiller représentent l’équivalent de 220 000 hl d’alcool. « Pour l’instant il n’y pas d’engagements écrits, mais le stockage est la problématique qui s’annonce » analyse Yohan Lemaire. Qu’il s’agisse d’usages industriels ou dans le biocarburant, l’absence de débouchés pour les volumes de vins distillés inquiète en effet (cliquer ici pour en savoir plus).

Faute de perspectives commerciales, les réservoirs de Foselev Logistiques intéressent donc toute la filière vin en quête de cuves après le passage en chaudière. Il faut dire que « 400 000 hectolitres de cuverie inox, il n’y en a pas beaucoup en France » rapporte Yohan Lemaire, qui précise d’emblée que sa capacité d’accueil pour les alcools distillés se limitera à 190 000 hl. D’autres filières étant en crise (comme les huiles céréalières, qui servent d’adjuvant au carburant et se trouvent sans marchés), Foselev réactive une partie de son dépôt pour le dédier aux alcools viniques. Depuis la mi-avril, le dépôt remet à neuf 15 réservoirs en acier inoxydable de 15 000 hl. « Ils ne pourront pas être remplis à ras, leur capacité est de 12 500 hl » note Yohan Lemaire.

"Ligne rayée de notre modèle économique"

Finalisant les travaux de remise en conformité de ces réservoirs, Foselev aurait déjà investi des centaines milliers d’euros* dans cette relance du stockage de distillation de crise (avec la création de quatre postes). N’ayant plus reçu de produits depuis douze ans, et la dernière crise viticole, Foselev ne comptait plus sur la distillation de vin lors du rachat de ce dépôt à FranceAgriMer en 2013. « C’était une ligne rayée de notre modèle économique » précise Yohan Lemaire, ajoutant que « cette activité présente un intérêt commercial, mais les circonstances sont exceptionnelles, il s’agit d’une crise sanitaire à l’origine ».

Se préparant à une intense période de réception d’alcool brut venant des distilleries, le flegme, le dépôt de Port-La-Nouvelle ne communique pas de prix de location. Ses tarifs dépendant de la durée du contrat, du volume loué et des prestations réalisées. Enthousiasmé par le défi de cette distillation de crise, Yohan Lemaire y voit une nouvelle étape dans l’histoire viticole de son dépôt (construit en 1968 pour absorber les excédents d’alcools de la Société nationale d'exploitation industrielle des tabacs et allumettes, la SEITA)

 

* : Ces investissements font suite au redémarrage de deux lignes ferroviaires en 2019, le site ayant également un accès portuaire sur la Méditerranée.

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