LE FIL

Primeurs de Bordeaux (1/3)

« Quelle frustration de ne pas pouvoir présenter cet excellent millésime 2019 »

Mardi 31 mars 2020 par Alexandre Abellan

Millésime riche, 2019 ne marquerait pas le bois en cette phase d’élevage.
Millésime riche, 2019 ne marquerait pas le bois en cette phase d’élevage. - crédit photo : Château Grand-Puy Lacoste (Serge Chapuis Photographe)
La semaine des primeurs ayant été annulée pour cause d’épidémie de coronavirus, le dernier millésime bordelais reste à l’abri des chais d’élevage. Le point en trois crus classés sur son profil et son potentiel commercial en suspens, entre négoce déboussolé par l’arrêt des marchés et propriétés mobilisées dans le vignoble. Premier arrêt dans le vignoble enneigé de Pauillac, au château Grand-Puy Lacoste.

« Sous la neige aujourd’hui et en confinement depuis deux semaines, on a dû mal à se dire que cela aurait dû être la semaine des primeurs… » confie Émeline Borie, la responsable marketing du château Grand-Puy-Lacoste (grand cru classé en 1855 de Pauillac, domaines François-Xavier Borie). Annulé pour cause d’épidémie de coronavirus, la grande présentation bordelaise du millésime en cours d’élevage aux acheteurs et critiques du monde entier laisse un vide rempli d’incertitudes.

« Actuellement, nous n’avons aucune visibilité et l’on est incapable de dire ce qui va se passer avec le confinement en France et dans d’autres pays. Est-ce que les courtiers et négociants vont goûter le millésime et ensuite prêcher la bonne parole comme autrefois ? Il y a beaucoup d’incertitude, ça va être compliqué » ajoute Émeline Borie, dont la propriété familiale commercialise en primeurs l’intégralité de sa production (150 000 cols). En ces temps incertains, « la seule chose sûre, c’est que 2019 est un excellent millésime. Nous, on le sait, il faut le faire savoir. Quelle frustration de ne pas pouvoir présenter cet excellent millésime ! » soupire Émeline Borie.

Fort potentiel

De facture plus classique que le millésime 2018 à Pauillac, 2019 a « un style vraiment différent. Il est concentré, riche, aromatique… C’est un vin dense. Il présente une belle longueur. Et une attaque massive, ce qui n’est pas souvent le cas quand on présente le vin à ce stade » note Christel Spinner, la directrice recherche et développement du château Grand-Puy Lacoste (60 hectares de vignes en production). Subissant des contraintes climatiques progressives et régulières au vignoble, les raisins 2019 ont atteint un potentiel phénolique particulièrement élevé.

« C’est un millésime chaud, avec un degré d’alcool supérieur à 14°.alc. Mais on est sur un pH très correct (3,7). Je craignais le manque de fraîcheur pendant la fermentation alcoolique avec ces degrés. Ces craintes se sont levées à l’assemblage, ce n’est pas lourd et nous avons trouvé une fraîcheur très cabernet (sauvignon, 80 % du volume) » note Christel Spinner.

"On se concentre déjà sur le vignoble"

Alors que les propriétés sont tournées vers les travaux viticoles du millésime 2020, la question des modalités de présentation du millésime 2019 en primeurs est aussi hors sujet que l’enjeu du positionnement prix. « On ne sait pas s’il y aura un marché. On se concentre déjà sur le vignoble, avec la crainte du gel » pose Émeline Borie. Une seule certitude subsiste dans ce moment suspendu au confinement : « quand on sera sortis de ce marasme, tous les amateurs de grands vins seront ravis de découvrir un millésime comme 2019 » conclut Christel Spinner.

 

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