LE FIL

Expérience vigneronne

Comment éteindre le feu du bad buzz allumé par une étiquette de vin

Mardi 18 février 2020 par Alexandre Abellan

Devant remplacer l'étiquette originale, cette version 'blague de merde' fait amende honorable.
Devant remplacer l'étiquette originale, cette version 'blague de merde' fait amende honorable. - crédit photo : Domaine de la Cras
Croyant commettre une simple blague potache sur l’une de ses cuvées 2018, en la nommant "GHB, pour pécho", Marc Soyard a commis un dérapage qui n’a pas manqué de faire réagir les réseaux sociaux. Le vigneron bourguignon a résolu la polémique naissante en prenant le problème à la racine : s’excuser en retournant contre lui sa faute de goût originelle.

   Repérée par le compte Twitter Al Bundylicious (« énième exemple de la culture du viol dégueulasse : cette étiquette de vin ultra choquante »), votre étiquette GHB vous a valu une polémique allant jusqu’à un sondage du Bien Public. Avez-vous été étonné par les critiques concernant la référence complaisante de votre étiquette aux agressions sexuelles sous acide gammahydroxybutyrique (GHB, la drogue du violeur) ?

Marc Soyard : La polémique est partie de Paris où le phénomène [du GHB] est plus courant qu’en Bourgogne. Chez nous ce n’est pas un sujet de société comme cela peut l’être au Marais. Pour nommer cette cuvée éphémère, je me suis juste dit que le vin peut provoquer des trous de mémoire, comme le GHB. Cette étiquette a été montrée à mes employés, hommes comme femmes, qui ne l’ont pas critiquée.

C’est une cuvée éphémère de 900 bouteilles. Elle est commercialisée depuis octobre 2019 et sur laquelle je suis en rupture de stock depuis décembre. Il s’agit d’un essai d’infusion sans pigeage : la vendange de pinot noir est pour moitié entonnée en grappe entière et pour moitié pressée, le tout sans pigeage pour s’approcher d’une macération carbonique.

 

Face à l’emballement sur les réseaux sociaux, vous n’avez pas répondu aux critiques, mais vous avez proposé une étiquette vous tournant en ridicule : « blague de merde ».

Quand j’ai vu que cela partait dans tous les sens (jusqu’à mes importateurs au Québec, mais aussi aux Etats-Unis et au Royaume-Uni), j’ai d’abord répondu par message privé aux personnes qui m’interpellaient. Puis j’ai pris le temps de réfléchir avec des amis en regardant ce qui se passait. Le mieux est de ne rien dire. La polémique est un feu où l’on ne fait que remettre du bois dedans.

J’ai attendu une journée avant de diffuser sur Instagram une nouvelle étiquette réalisée par mon graphiste, sans commentaire. Au moment de la publication, le sujet était déjà passé. Les réseaux sociaux se lassent vite.

 

Allez-vous retirer les bouteilles actuellement en vente ?

Je suis en train de contacter mes clients pour leur proposer d’envoyer de nouvelles étiquettes ou de reprendre ces bouteilles. Bizarrement, j’ai même eu des gens qui m’ont contacté pour acheter des bouteilles avec l’étiquette originale.

 

La mouvance des vins nature a l’habitude d’afficher un humour qui peut paraître gaulois ou misogyne selon le public. Comment allez-vous faire pour ne plus commettre d’impair ?

Cet humour est très courant dans le monde du vin. On va essayer de faire attention. Je produis notamment depuis 2015 une cuvée en AOC Bourgogne Montre-Cul, un lieu-dit.

 

Votre propriété est liée à la ville de Dijon, que dit la métropole de cette polémique ?

Mon domaine fait 11 hectares, dont 8 ha AOC Bourgogne et en fermage de la métropole de Dijon. Les raisins de cette cuvée viennent d’une autre vigne, que j’ai revendiqué en vin de France. Il n’y a pas de lien avec la métropole.

 

L'étiquette originale, "dîtes-nous si ça marche".

 

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VOS RÉACTIONS
olivier Bonneteau Le 18 février 2020 à 17:12:37
humour consternant. réactions consternantes de la tweetosphère tout est consternant dans cette histoire terriblement révélatrice de notre société. D'un côté un vigneron qui surjoue le vigneron bourguignon bien gaulois à la mode de chez nous, et de l'autre la surenchère des belles âmes qui s'effarouchent si facilement!! allez, pour un peu, je lui commanderais une bouteille!!!
Norbert Le 18 février 2020 à 14:08:54
En effet, comme le pense Craoux, l'utilisation du terme de domaine est réservé aux vins d'AOP ou d'IGP. Cette limitation, déjà ancienne, figure actuellement dans l'article 54 du règlement européen 2019/33 du 17 octobre 2018 : "Les mentions se référant à une exploitation figurant à l'annexe VI, autres que l'indication du nom de l'embou­teilleur, du producteur ou du vendeur, sont réservées aux produits de la vigne bénéficiant d'une appellation d'origine protégée ou d'une indication géographique protégée".
Michel Le 18 février 2020 à 12:34:50
Je comprend ce vigneron. Moi-même, j’ai modifié le dessin d’1 amphore qui est l’image de marque de mon domaine viticole. Je trouvais celle-ci trop stylisée et faisant penser à la forme de hanches d’1 femme. J’ai donc fait modifier le dessin en épaississant le bas de l’amphore. Il n’y a + d’ambiguïté maintenant. Peut-être que celle-ci a perdu commercialement en supprimant le côté éventuellement érotique. Mais, celle-ci devient inattaquable du côté des nouveaux censeurs. Je crois que nous allons quelquefois trop loin pour le consommateur. Il n’est pas dans le cou pour suivre notre démarche de recherche de nouveauté. Bien à vous.
craoux Le 18 février 2020 à 10:08:14
Ou l'art de mélanger tout en faisant n'importe quoi pour retenir l'attention des acheteurs. Dans un autre registre : apposer la mention " Mis en bouteille au Domaine de la Cras" en dessous de " Vin de France " ne me semble pas réglementairement possible (cette possibilité de mentionner le lieu de conditionnement me semble réservée aux vins à IG - AOP et IGP ... j'ai des doutes pour un vin de statut VSIG).
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