LE FIL

Jacques Dupont

"La science a laissé les vignerons s’embarquer dans l’ésotérisme de la biodynamie"

Jeudi 06 février 2020 par Alexandre Abellan

« Quand nous aurons jeté le masque et le couteau, veuillez-vous rappeler nos longs pèlerinages » récite Jacques Dupont, ne voulant pas être traité de réac’, mais acceptant d’être rattaché à un esprit d’arrière-garde, à l’encontre des modes tel un Charles Péguy de la filière vin.
« Quand nous aurons jeté le masque et le couteau, veuillez-vous rappeler nos longs pèlerinages » récite Jacques Dupont, ne voulant pas être traité de réac’, mais acceptant d’être rattaché à un esprit d’arrière-garde, à l’encontre des modes tel un Charles Péguy de la filière vin. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Dans un dossier remarqué (« l’enquête qui pique » le 23 janvier dernier), le journaliste du Point s’est lancé à contre-courant de la mode des vins alternatifs. Revenant à la genèse des vin biodynamiques, il en fait tousser certains dans les allées du salon des vins de Loire et même s’étrangler derrière les stands de la Levée de la Loire ou de Demeter.

A critiquer les vins nature et biodynamie, deviendriez-vous un réac’ ?

Jacques Dupont : On ne peut pas dire que je sois réac’. En 1990 dans Gault et Millau, j’étais l’un des premiers à m’intéresser aux vins sans S02. J’ai réalisé la première interview de Claude et Lydia Bourguignon dans un grand média national. Je ne suis pas réac’, je suis lucide.

 

Le cœur de votre dossier revient sur les racines méconnues de la viticulture en biodynamie.

Beaucoup de ceux qui se réclament de la biodynamie ignorent les principes de Rudolf Steiner, ainsi que les écrits et réseaux de l’anthroposophie. Je suis journaliste, je me suis intéressé à éclairer les origines. Il suffit d’aller lire les textes de la biodynamie pour avoir l’impression d’être devant le Grand Albert, le livre de sorcellerie du Moyen-Âge.

Nous sommes au vingt-et-unième siècle, comment peut-on croire qu’enterrer des cornes de vaches puisse faire plaisir aux elfes ? Il faut nuancer, ce sont des gens qui essaient de mieux faire. Je soutiens la bio depuis le début, cela remet les gens dans le vignoble et les oblige à plus regarder leurs vignes. La différence des viticultures bio et biodynamie, c’est de travailler les sols. Cela ajoute une troisième dimension au vin, un relief. Beaucoup de ceux qui sont en biodynamie ne mettent pas de l’achillée dans des vessies de cerfs et ne brûlent pas des peaux de rongeurs. Tant mieux s’ils continuent à faire des tisanes et que la biodynamie leur apprend de nouvelles techniques.

 

Vous prôneriez donc une biodynamie sélective, raisonnée…

A chaque fois qu’il y a des excès, il y a des contre-excès. Après une période productiviste (où la chimie a sauvé le vignoble), d’un coup il y a un retour de balancier (où certains sont prêts à faire n’importe quoi). La science a des responsabilités en la matière. Aller vers le bio est une belle démarche, mais qui ne peut pas se faire sans accompagnement scientifique. Le grand coupable, c’est l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA). La recherche et l’enseignement viticole ne se sont pas penchés sur la bio avant la fin des années 2000. Ils n’ont pas pris le virage assez tôt pour accompagner la compréhension des phénomènes naturels. Il manque toujours une alternative au cuivre ! Il y a besoin de bonnes connaissances en chimie et biochimie pour travailler en bio avec de la qualité et de la quantité. Mon papier est équilibré, je mets en cause la science qui a laissé les vignerons s’embarquer dans l’ésotérisme de la biodynamie.


 

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lesimple jacques Le 06 mars 2020 à 09:07:57
Tout à fait d'accord avec André Fuster, ce n'est pas la science qui est responsable des dérives ésotériques, ce serait plutôt le manque de science couplé à celui du bon sens.
PATRICK BAUDOUIN Le 15 février 2020 à 23:02:37
Ce qui m'étonne vraiment, c'est le déni des fondements anthroposophiques, occultistes, de la biodynamie. Pourtant, il suffit de lire. La seule justification aux préparats, c'est l'appel aux "être élémentaux utiles". On a le droit d'y croire. Mais la bonne santé d'une vigne, la qualité d'un vin, ne prouvera jamais à mes yeux l'existence de l'univers occultiste de Steiner, les Archai et de leurs créatures, les ondines et autres salamandres. Il y a d'autres voies actuellement plus intéressantes pour avancer dans une agriculture accordant l'activité humaine à son biotope...par exemple, https://ap32.fr/ Extrait de mon texte sur la biodynamie, disponible sur mon site : les préparats « L’agriculture biodynamique exige l’emploi régulier des préparations élaborées à partir des indications de Rudolf Steiner (Rudolf Steiner,1861-1925, fondateur de l’anthroposophie, fondement de la biodynamie). Elles sont connues sous le nom de préparations biodynamiques 500 à 507 »Cahier des charges Demeter p5, 6, 7 ICI « Le cahier des charges des pratiques biodynamiques « Biodyvin » fixe des règles en matière de culture et des règles en matière de vinification/élevage….Il détermine en particulier un plan de travail annuel minimum en matière de culture biodynamique. Tout adhérent s’engage à respecter le cahier des charges Biodyvin et à tenir un document qui en assure la traçabilité ». ICI La spécificité, l’identité de la biodynamie, sa « différence », est dans l’obligation d’emploi de ces «préparats », qu’on ne trouve dans aucun autre cahier des charges ou école bio, agroécologique. Mais quel est le sens des « préparats » ? La réponse est dans la préface de Nicolas Joly au livre d’Ernst Hagemann «Etres élémentaux Fondements spirituels de la biodynamie d’après Rudolf Steiner ». « La quête de qualité du viticulteur en agriculture biologique ou biodynamique sera beaucoup plus féconde s’il commence à entrer dans la compréhension de l’action des êtres élémentaux. Quand un bourgeon devient feuille, puis fleur, puis fruit, c’est un travail spécifique qui est à chaque fois mené par une catégorie précise de ces êtres élémentaux. L’action des préparats en biodynamie passe systématiquement par leur travail. Oubliés depuis des siècles, leur aspiration profonde est d’être à nouveau reconnus et compris. La profondeur, la subtilité d’un goût est leur oeuvre, et pour cela il faut pouvoir les courtiser. S’adresser directement à eux, comme on le fait encore souvent dans certains pays asiatiques, permet un pas de plus vers le retour du sens profond des appellations dénuées de toute technologie. Le but de ce livre est d’avancer vers une agriculture comprise en tant qu’art ; art pour solliciter les forces précises dont la plante, la vigne a besoin jusqu’à la fructification. Comment parler de forces sans comprendre ceux qui les amènent, je veux dire les êtres élémentaux ? » Nicolas Joly
Daniel PASQUET /VINIVITISBIO-CONSULTANTS Le 11 février 2020 à 10:11:06
En tant que conseiller en viticulture bio et biodynamique, je dis merci ! Merci à Jacques Dupont d'avoir le courage de contrer la bienséance communicante. Bien peu en effet on lu de Rudolf Steiner autre chose que le "Cours aux agriculteurs", qui n'est même pas de lui, mais un recueil de conférences, sur lequel les traductions se contredisent parfois. J'achète un dynamiseur et trois préparations et hop, je suis en biodynamie. en revanche, je fais lever mes ouvrier à 5 heures du matin pour les appliquer avec un tractosaure de trois tonnes, qui va bien tasser les sols, ça ne me dérange pas. (j'exagère à peine). Dans quelles conditions les vaches ont-elles été écornées ? c'est pas mon problème... D'où provient la prêle et les autres plantes que j'utilise par dizaines de kilos tout au long de l'année? (Chine, Europe de l'Est) c'est pas mon problème... OK, ce mode de production est un peu moins pire que le précédent conventionnel, mais il est très loin d'être la panacée écologique qu'il prétend être, du moins tant qu'il est découplé des dimensions sociale et environnementale.(et je place l'agronomie dans cette dimension) Du coup, nombre de vignerons "simplement bios" font mieux en termes d'écologie, d'agronomie, de réduction des doses de cuivre, de recherche de solutions innovantes en entretien de sols, moins gourmandes en énergie ou en ferraille qui se raréfie. C'est juste qu'ils font moins de bruit dans la "Com". Daniel Pasquet
lartigue Le 08 février 2020 à 23:42:06
Doit-juger un arbre à ses racines ou à ses fruits. Il ne faut pas prendre les vignerons (et les agriculteurs en général) pour des imbéciles. Le mot "ésotérisme" est un épouvantail qui attise les passions plutôt qu'il n'invite à la raison. Quelques études scientifiques : https://www.vitisphere.com/news-89092-Responses-to-pathogen-threats-are-higher-in-biodynamic-vines.htm https://www.nature.com/articles/s41598-018-35305-7 https://www.researchgate.net/publication/286356710_The_Science_Behind_Biodynamic_Preparations_A_Literature_Review Il y a des tonnes et des tonnes de témoignages de ce type. Tous de doux dingues ou de pauvres bougres que "la science a laissé s'embarqué dans l'ésotérisme de la biodynamie" ? Claude bourguignon ? Le prince Charles ? "La Romanet conti" ? https://www.vitisphere.com/actualite-84463--A-la-Romanee-Conti-notre-biodynamie-nest-pas-philosophique-.htm Bernard Arnault ? https://www.vitisphere.com/actualite-89554-Bernard-Arnault-annonce-la-conversion-bio-du-chateau-dYquem.htm Morgane Fleury (champagne Fleury) ? Gérard Bertrand (meilleur vin rouge du monde 2017) ? Tous de pauvres bougres qui se sont fait avoir (en quelques sortes) ? Je m'arrête là.. Le dogmatisme n'est pas toujours là où on pense. Bien à vous, Lartigue
Plet Le 08 février 2020 à 11:19:12
les éléments de cette note/entretien sont outranciers et confus. Outranciers : ils mélangent l'idéologie de Steiner en général, très contestable notamment pour ce qui concerne la mise en pratique dans l'éducation des enfants, et des pratiques viticoles qui s'inspirent de la biodynamie, un élément très particulier et technique des thèses de l'homme. Si ce fonctionne pour les vignerons en biodynamie, si leurs vins sont bons, et leur production rentable, qu'est-ce qui permet de s'offusquer ? Confus : car il y a mélange dans le propos rédigé entre production bio et production en biodynamie. Il vaudrait mieux, dans "La Vigne" par exemple faire un article de fond sur les pratiques viticoles des vignerons qui produisent en biodynamie, y compris en rappelant Steiner mais sans faire d'amalgame entre sa doctrine générale et les pratiques agricoles concrètes qui s'inspirent au 21° siècle (!) d'un élément particulier de sa réflexion.
Phil Le 08 février 2020 à 00:18:49
Que ça fait du bien de lire Jacques Dupont!! Enfin le voile se lève sur les dérives ésotériques et quasi fascisantes des tenants de la biodynamie... comme s’il s’agissait du bâton de Maréchal de la culture biologique alors que nous sommes confrontés à un obscurantisme crasse refusant la confrontation scientifique et engluant les amateurs dans un discours lénifiant utilisant un vocabulaire différent pour détourner la réalité de la description des défauts...
julian Le 07 février 2020 à 23:20:34
Avant de parler de qualité des vins ,il faudrait la définir .Un grand oenologue du siècle dernier ,Michel Flanzy l'a fait en 1968 au congrès des CETA à Versailles. Vous trouverez le texte sur le site de Réussir vigne et sur le net en tapant : " la qualité des vins par Michel Flanzy"( Wikipédia l'a référencé en archive) C'est le consommateur qui aura le dernier mot et qui éliminera de lui même les vins aux défauts standardisants qui sont à la mode en réaction à des standards soutenus par trop de chimie . Vinifiant sans S02 depuis les vendanges 1987 j'ai réussi petit à petit à trouver une voie entre ces deux standards , ce qui provoque une demande trop forte par rapport à notre capacité de production , mais c'est l'avenir du vin ...
André Fuster Le 07 février 2020 à 19:32:38
« je mets en cause la science qui a laissé les vignerons s’embarquer dans l’ésotérisme de la biodynamie » !?! Comment ose y il dire ce genre d’ineptie ? Faut il regarder du côté de « la science », quoiqu’il entende par là ... où plutôt s’intéresser aux journalistes, documentaristes et autres critiques vinicoles qui tendent un micro complaisant aux marchands de rêve et tous genre sans prendre la peine de chercher un avis contraire ? Voila : si les journalistes ne font pas leur boulot c’est la faute de la science J’hallucine !
Baratié Pascal Le 07 février 2020 à 19:00:57
Enfin un avis éclairé et éclairant sur le sujet Bravo!
Egmont Labadie Le 07 février 2020 à 18:43:12
Merci pour cette réflexion, reconnaissons cependant à la biodynamie, dans la lignée de la pensée de Goethe, de tenter de réhabiliter l'humain, son intuition et sa perception, dans la pratique scientifique.
sylvos louis jean Le 07 février 2020 à 18:39:51
Article un peu court, Malgré cela, il est bon de pratiquer la biodynamie sans être intégriste, et de poursuivre à la cave sans chimie. Les vins n'en seront que plus vrais.
Dugas alain ex directeur du chateau la Nerthe 1985/2010. Le 07 février 2020 à 17:52:08
Ayant fait passer le vignoble de La Nerthe (90 hectares ) en BIO à partir de mai 1998 je partage cet article de mr Dupont. Le travail du sol reste primordial. Le seul avantage de la biodynamie est qu'elle nécessite de la part viticulteur une observation quotidienne du vignoble et un don d'observation.
DIEBOLT JACQUES (champagne Diebolt Vallois) Le 07 février 2020 à 16:26:17
Je connais Jacques Dupont depuis 35 /40 ans et puis vous dire que c'est un grand monsieur, grand degustateur et connaisseur de vins et du monde viticole ! il n'est surtout pas reac, (il me reprochait il y a 20 ans de n'etre pas assez bio), mais c'est un homme de bon sens.Oui il faut se rapprocher de méthodes cultutrales plus vraies, mais pas nous faire prendre des vessies pour des lanternes , genre cornes de vaches! Nous attendons nous aussi le remplacement du cuivre dont nos sols ne veulent plus, et pour finir je dirai bravo Jacques pour ton bon sens mis au service de la viticulture.
François Blanc Le 07 février 2020 à 16:13:34
Si la viticulture bio ou mieux encore biodynamique continue à se développer sans discernement, par pure idéologie sans tenir compte des conditions pédoclimatiques, de la météo ou de ce que l'on veut obtenir comme vin, on risque de dégoûter pas mal de monde d'en boire car ceux qui achètent des vins bio (par exemple des bouteilles de bio du Beaujolais nommés à juste titre "Vin de merde" ou "Piquette") risquent de se lasser, au même titre que ces néo-ruraux qui s'improvisent viticulteurs et qui, une fois leur domaine détruit par le mildiou ou l'oïdium, laisseront derrière eux des vignes en friche, nids à maladies qui contribueront elles aussi à la chute globale de la viticulture! Comme pour beaucoup de choses aujourd'hui, le monde tourne dans le mauvais sens! Nous autres paysans qui avons du bon sens, essayons de nous faire entendre, intéressons-nous à ce que les nouveaux résultats de la recherche scientifique peuvent nous apporter et n'ayons pas honte de démontrer notre savoir-faire et notre utilité pour la société tout entière alors que nous représentons moins de 1 % de la population! Mais voilà le problème: nous ne représentons que 1 %, c'est bien peu! En tout cas, un grand bravo et merci à Jacques Dupont, puisse-t'il être l'initiateur d'un renouveau du journalisme! Il est encore permis de rêver...
PG Le 07 février 2020 à 08:11:17
Excellent article de Mr Dupont , dans "le point". Très courageux de sa part. Car , il décevra une parti de de son lectorat. Je recommande à tous de le lire . Pour ma part , je me sens moins seul dans mon combat permanent de la "3eme" voie. J' ai demandé à mon syndicat de producteurs qu'il soit diffusé au prés de tous nos adhérents. Responsable des agréments de mon appellation , je suis régulièrement confronté à des producteurs qui n' acceptent pas l'ajournement de leurs vins aux défauts marqués. les grands arguments sont: "j' ai la vente de ces vins". Il ne comprennent pas que ces vins sont jugés sur leur qualité , non sur le fait qu'ils soient sans soufre , biodynamiques , etc... Que l'image de l' appellation soit ternie ne les gêne pas...
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