LE FIL

Débat ouvert

Pour une charte éthique des journalistes des vin et spiritueux

Lundi 20 janvier 2020 par Alexandre Abellan

 Le fond du problème pour la profession, c’est de résister aux annonceurs, sachant que les lecteurs sont de moins en moins nombreux » reconnaît Fabien Humbert.
Le fond du problème pour la profession, c’est de résister aux annonceurs, sachant que les lecteurs sont de moins en moins nombreux » reconnaît Fabien Humbert. - crédit photo : DR
Pigiste parisien, Fabien Humbert incarne les questionnements de la profession sur la gestion des cadeaux et invitations qui mettent en péril l’impartialité de la presse.

« Je vois aujourd’hui trop de publireportages dans la presse des vins et spiritueux (spécialisée et généraliste) » diagnostique le journaliste Fabien Humbert (Nouvel Economiste, Revue du Vin de France, Rhum Porter…). Ne se drapant pas dans l’air de la déontologie effarouchée, le pigiste parisien ne jette pas la pierre à ses confrères ou à leurs rédactions. Reconnaissant avoir répondu par le passé à des pressions d’annonceurs, Fabien Humbert vient de lancer un blog, Ethicvin, qui propose une solution radicale : rédiger une charte servant de référence à la profession dans la gestion des invitations à déjeuner dans des restaurants étoilés, des cadeaux marquant les fêtes de fin d’année, des voyages de presse dans des hôtels prestigieux…

Tout part pour Fabien Humbert de sa propre expérience et de la remise en cause de son mode de fonctionnement : « je me suis aperçu que je parlais prioritairement des marques qui m’avaient envoyé des bouteilles, invité au restaurant ou en voyage de presse… Je me suis demandé si c’était normal et allait dans le sens de l’information. J’ai arrêté ces pratiques pour proposer des enquêtes plus fouillées, interroger des personnes que l’on ne voit pas partout… »

Enjeux spécifiques

Mais au-delà de son cas particulier, Fabien Humbert s’est aperçu que le malaise est généralisé dans la profession. Faute de cadre général, chaque journaliste est laissé à sa conscience professionnelle pour arbitrer chaque cas. Si la déontologie journaliste repose sur des textes de référence (les chartes de Munich et celle du Syndicat National des Journalistes), ils sont trop généraux* pour répondre aux questions spécifiques d’une filière aussi intimement liée aux plaisirs de la dégustation, de la gastronomie, de l’hôtellerie, du tourisme… Et du luxe.

Demandée à la filière par ses journalistes, la transparence des pratiques est un mot d’ordre incontournable pour Fabien Humbert. « Il ne s’agit pas de tout refuser, mais d’avoir une éthique au cas par cas. Je distingue les intentions. S’il s’agit de me remercier d’une fidélité que je n’ai pas à avoir, c’est non. Si ce n’est que pour un packaging, des photos suffisent, etc. » pose le pigiste. Ayant le mérite de mettant le débat sur la place publique, son blog espère aboutir sur une charte personnelle qui sera à disposition des confrères et rédactions.

 

* : Dans la filière, on trouve la charte de la Fédération Internationale des Journalistes et Écrivains des Vins et Spiritueux (FIJEV), qui reste cependant très imprécise (stipulant juste : « chaque membre renonce à vendre ou à tirer un profit commercial du contenu de ses écrits à des fins publicitaires, commerciales ou personnelles, sauf dans l’hypothèse d’une mention claire et précise de publi-reportage »).

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