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SurvivingDryJanuary

Quand Coca Cola s’empare du janvier sec, la filière vin prend la mouche

Mardi 07 janvier 2020 par Alexandre Abellan

Se posant en saine promotion des boissons sans sucre ajoutée (Fanta Zero Orange, Coca Cola Zero…), cette campagne publicitaire regorge d’édulcorants peu hygiénique épingle Charlie Hebdo (« sans sucre mais pas sans chimie »).
Se posant en saine promotion des boissons sans sucre ajoutée (Fanta Zero Orange, Coca Cola Zero…), cette campagne publicitaire regorge d’édulcorants peu hygiénique épingle Charlie Hebdo (« sans sucre mais pas sans chimie »). - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Alors que la campagne de mois sans alcool, le Dry January, se lance en France, son utilisation opportuniste dans la promotion de sodas "sans sucre" ne laisse personne indifférent.

A nouvelle année, ancien débat. Si le « lobby du vin » fait le jeu des brasseurs et autres alcooliers, les « hygiénistes » font-ils le lit des sodas et boissons sucrées ? S’appuyant sur le concept de premier mois français sans consommation d’alcool, le janvier sec, ou #DryJanuary, finalement organisé par des associations anti-alcool sans le soutien du gouvernement, le groupe Coca Cola France vient de placarder une campagne pour ses sodas sans sucre : « #SurvivingJanuary, survivez au mois de janvier » où le public est appelé à « changer sa vision de l’apéro » (voir photo ci-dessous).

Se posant en saine promotion des boissons sans sucre ajoutée (Fanta Zero Orange, Coca Cola Zero…), cette campagne publicitaire regorge d’édulcorants peu hygiénique épingle Charlie Hebdo (« sans sucre mais pas sans chimie »). Mais la palme de l’ironie mordante revient à la filière du vin, pour qui cette récupération opportuniste ne passe pas. « Janvier sec un poil sucré quand même » pointe le journaliste Jacques Dupont (Le Point). « Ce mois-ci plusieurs associations financées par l’état Français demandent aux Français de ne pas consommer de vin. Raccourcis : des fonds publics sont indirectement utilisés pour faire la promo de Coca-Cola. Affligeant » pointe le vigneron Joël Forgeau (président de Vin et Société). « Quand les prohibitionnistes subventionnés deviennent les idiots utiles des empoisonneurs » résume le bloggueur Vincent Pousson‏ (Idées Liquides et Solides).

"Dérive puritaine ?"

A l’heure des débats animés et des rapides invectives sur les réseaux sociaux, faut-il pour autant « considérer, comme on l’entend parfois, que les tenants du Dry January sombrent dans une "dérive puritaine" ? Veulent-ils "la peau des bons vivants » ? Sont-ils les héritiers des mouvements hygiénistes du XIXe siècle, avançant leurs pions pour obtenir la prohibition de l’alcool » demande rhétoriquement Adrien Laurent, maître de conférences à l’université Paris Dauphine sur The Conversation. Emettant des doutes, le chercheur souligne que « le Dry January, tel qu’il s’esquisse en France en ce début d’année 2020 et tel qu’il existe à l’étranger, apparaît en effet très éloigné d’une telle tradition. Il est d’autant plus caricatural de réduire cette campagne publique à la promotion d’une logique prohibitionniste que les acteurs de santé qui réclament la prohibition de l’alcool sont de nos jours très marginaux. […] Il s’inscrit bien plus dans la volonté de développer une réflexion sur l’importance prise par l’alcool sur le plan individuel et social. »

Un sage appel à la tempérance qui ne peut pas pas faire pschitt en cette période de bonnes résolutions.

 

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