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En Chine, la survie hivernale des vignes tient de la guerre des tranchées
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Contre vents et gelées
En Chine, la survie hivernale des vignes tient de la guerre des tranchées

Quand un vigneron de Ningxia travaille ses sols l’hiver, il ne le fait pas en surface et doit recouvrir de terre ses pieds de vigne pour éviter qu’ils ne gèlent purement et simplement. Impressionnante, cette opération augmente de 30 % ses coûts de production.
Par Alexandre Abellan Le 12 novembre 2019
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En Chine, la survie hivernale des vignes tient de la guerre des tranchées
Nécessitant de larges inter-rangs, le buttage implique une densité de plantation moyenne de 3 à 4 000 pieds/hectare dans le Ningxia. Plus rarement 5 000 pieds/ha rapporte Li Demei. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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n Chine, l’hiver a commencé ce 8 novembre selon le calendrier lunaire. Ce changement de saison est fêté en famille avec la dégustation de raviolis et lance dans la majorité du vignoble par le buttage des ceps qui s’étend sur les contreforts orientaux des montagnes Helan*. « La région est très froide. Il faut enterrer tous les pieds de vigne pour qu’ils survivent » explique Zhang Jing, la cofondatrice de Helan QuingXue Vineyards (60 000 cols produits annuellement) dans la province du Ningxia (centre géographique de la Chine).

Ayant vendangé manuellement ses 26 hectares de vignes en septembre, ses dix employés les ont directement taillés en octobre selon une conduite verticale (courbée parallèlement au sol), puis les ont fertilisés (en potasse, les sols étant pauvres) et irriguées (l’hiver étant très sec) dans la foulée. Désormais, ils les recouvrent de 30 à 40 centimètres d’argile grâce à deux passages de tracteurs (voir diaporama ci-dessous). Le premier aplanit l’interrang, en tractant une lame recourbée, et le second déplace la terre sur les pieds de vigne, grâce à des disques dentés rotatifs. Des ouvriers viticoles passant ensuite finir de recouvrir les vignes. Pour recouvrir un hectare de vigne, un jour et demi de travail est nécessaire à cette équipe. Ayant lieu le mois d’avril suivant, avant le débourrement, les opérations de déterrement durent aussi longtemps.

Question de vigne ou de mort

Colossales, ces opérations de buttage que l'on retrouve au Canada et en Russie sont inévitables dans une grande partie du vignoble chinois (à l'exception des provinces du Yunnan et du Shandong). Situé sur le trente-neuvième parallèle nord, le vignoble du Ningxia affiche un climat continental particulièrement rigoureux pour la culture de la vigne : « En moyenne, nous ne connaissons que 203 jours par an sans gel. La gelée hivernale est la principale crainte des viticulteurs chinois, quand tout le reste du monde ne s’en soucie pas » souligne le professeur Li Demei de l’université du vin du Ningxia. Le consultante souligne que ces périodes de froid intense, jusqu’à -25°C en janvier, peuvent être mortelles pour les vignes qui ne sont pas protégées.

+30 % coûts de production

Impressionnante, cette technique traditionnelle reste coûteuse, malgré l’aide de la mécanisation et le coût modique d’une main d’œuvre abondante. « Enterrer nos vignes augmente de 30 % nos coûts de conduite du vignoble » estime Zhang Jing, sans détailler les sommes en jeu. Ces opérations de buttage sont répercutées sur les prix de vente, qui tiennent également compte de petites quantités produites, de trophées internationaux et d’un positionnement domestique haut de gamme : allant de 500 à 800 yuans (de 65 à 100 euros/col).

« Ces prix peuvent semblent élevés, voire ridicules, selon les standards internationaux. Mais cela fonctionne, comme les vins californiens dans les années 1980-1990 qui se sont positionnés sur le segment premium. Et s’y sont maintenus malgré les quolibets européens » prévient le journaliste anglais Robert Joseph, expert du marché chinois. « Nos rapport qualité-prix conviennent à notre clientèle, essentiellement chinoise » confirme Zhang Jing. Confiante dans la pérennité de son modèle économique, et la possibilité de continuer ces impressionnantes opération de buttage et déterrement.

 

* : Ce reportage est réalisé dans le cadre d’un voyage de presse organisé par le bureau des vins du Ningxia et le salon ProWein (Messe Düsseldorf).

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