LE FIL

Pestiféré des pesticides

Après avoir limité ses phytos, sa mairie veut coller un espace sportif à ses vignes

Mardi 29 octobre 2019 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 05/11/2019 10:25:18

« Nous allons nous renseigner pour nous opposer à la réalisation de ce complexe qui touche nos vignes » annonce Pierre Grazioli (au centre), aux côtés de Sandrine Labeyrie (responsable chai) et Mathieu Vigneau (responsable vigne).
« Nous allons nous renseigner pour nous opposer à la réalisation de ce complexe qui touche nos vignes » annonce Pierre Grazioli (au centre), aux côtés de Sandrine Labeyrie (responsable chai) et Mathieu Vigneau (responsable vigne). - crédit photo : Château Ségur
Déjà mis sous pression par un arrêté municipal imposant une Zone de Non Traitement de 100 mètres à proximité des habitations, ce vigneron médocain ne veut pas de l’implantation d'un plateau d'activités pour enfants à côté de ses parcelles. Une critique que n'entend pas sa maire.

« La maire n’est pas venue nous dire qu’un projet de complexe sportif était envisagé à côté d’une parcelle. Elle est venue nous demander quand nous passerions en bio. Ou si nous allions arracher pour nous éloigner… Nous sommes devenus indésirables » soupire le vigneron Pierre Grazioli, le propriétaire du château Ségur (38 hectares de vignes d’un tenant, en AOC Haut-Médoc). Déposé en avril dernier par la maire de Parempuyre, le permis de construire vise une parcelle de 14 000 mètres carrés jouxtant des parcelles du château Ségur.

« Il ne s'agit pas d'un complexe sportif mais d'un plateau ouvert avec une piste d'athlétisme de six voies, un lieu de stockage pour les barrières et deux paniers de basket pour les élèves de l'école primaire Madeleine Bres. Le plateau sera à 50 mètres des vignes du château Ségur, une haie étant déjà en place (voir plan ci-dessous) » précise la maire Béatrice de François. Ajoutant que le projet de construction dn plateau sportif est arrêté, mais pour qui l'évolution des pratiques du vigneron doit avant tout tenir compte de la proximité d'un lotissement (« à 20 mètres et existant depuis 40 ans »). Son arrêté municipal pris le 21 août dernier interdisant sur la commune « l’utilisation des produits phytopharmaceutiques au sens de l’article L253-1 du Code Rural dans un périmètre situé à moins de 100 mètres de toute habitation et tout espace public ». Ce qui se traduit par une Zone de Non Traitement (ZNT) de 100 mètres.

40 % de la propriété touchée

« Son arrêté impacterait directement 14 ha de mon vignoble. Plus 1 ha avec le complexe sportif [NDLA : soit 40 % du château Ségur]. Je ne suis pas contre le bio ou pour le conventionnel, nous sommes là pour produire intelligemment. Le jour où je me plante, qui viendra compenser les risques que l’on m’a forcé à prendre ? » pose Pierre Grazioli. Qui veut rester optimiste, espérant que l’arrêté municipal ne sera pas effectif pendant la prochaine campagne viticole.

La préfecture de Gironde se tient prête à déposer un référé contre cet arrêté devant le tribunal administratif, si la maire de Parempuyre continue de refuser de le retirer (un recours gracieux avait permis de retirer un arrêté similaire début 2019). « La jurisprudence exige que vous démontriez de façon non équivoque l’existence de troubles ou de risques de troubles à l’ordre public ou d’un péril imminent » souligne, dans un courrier du 19 octobre, la préfète bordelaise, Fabienne Buccio, dont la fin du délai de recours gracieux est fixé au 15 décembre.

"Je ne retirerai pas mon arrêté"

« Je ne retirerai pas mon arrêté » martèle Béatrice de François, qui souligne avoir adopté un texte alertant le gouvernement sur le risque sanitaire encouru par les agriculteurs et les populations voisines. « Je défends les agriculteurs, il faut les aider à se passer des produits qu'on leur vend depuis des années. Mon arrêté est limité dans le temps, jusqu'à janvier 2020 et la fin de la carence réglementaire due à l'annulation par le Conseil d'Etat de l’arrêté [de mai 2017 relatif à l’utilisation de produits phytosanitaires] » ajoute la maire, également conseillère déléguée à Bordeaux métropole en charge de l'agriculture de proximité et des circuits courts.

À l’approche des élections municipales, le sujet des pesticides devrait continuer de peser sur le vignoble bordelais craignent ses instances. Qui contre-attaquent dès maintenant. « Vos décisions sont pour nous inacceptables, car elles conduisent à faire reculer le vignoble sous la pression urbaine, puis à le faire disparaître puisque celui-ci ne peut plus lutter contre les maladies en vertu de la règlementation abusive que vous avez adoptée » affirment à la maire, par courrier daté du 24 octobre, Bernard Farges, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), et Hervé Grandeau, alors président de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux (FGVB).

Enjeu électoral

S’opposant au projet municipal, les deux vignerons soulignent que le projet municipal ne respecte pas le Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) de la métropole bordelaise. Ce dernier imposant un « espace de transition arboré ou comportant une haie végétalisée entre ces équipements et les vignes afin de prévenir d’éventuels conflits d’usage » précisent les deux représentants du vignoble. Pour qui « avec deux exploitations, il est vrai que la viticulture ne représente pas un enjeu électoral dans votre commune (avec 65,55 ha de vignes sur une commune de 2 180 ha, soit 3 % des surfaces) ». Des traits qui excèdent visiblement Béatrice de François, qui précise ne pas être en campagne et estime « ne pas être contre les viticulteurs. Je suis allée voir le château Ségur pour savoir s'il était possible de prévenir les voisins avant les épandanges, si l'on pouvait les aider à investir dans du matériel de pulvérisation, s'ils pouvaient convertir en bio les parcelles à proximité des riverains... »

"Harcelé et frappé de tous côtés"

Alors qu’un projet de collège de Parempuyre vise déjà l’autre propriété viticole de la commune, le château Clément Pichon, le terrain sportif est une nouvelle pression pour le château Ségur après l’arrêté anti-phyto. « Nous en avons marre d’être montrés du doigt sans discussion possible… La maire incite la population à faire de nous des pestiférés » regrette Pierre Grazioli. Le vigneron se dit prêt à se remettre en cause, ayant réduit ses traitements (désormais 8 par an), retiré de ses phytos les produits Cancérigènes, Mutagènes et Reprotoxiques (CMR), amorcé des démarches de certifications Terra Vitis et Haute Valeur Environnementale (HVE)… Sans oublier la plantation de haies. Même si « je vois déjà des voisins qui seront mécontents de perdre leur vue sur les vignes et vont vouloir garder le paysage par crainte de perdre de la valeur immobilière… Nous sommes devenus un pion, qui est harcelé et frappé de tous les côtés » conclut avec fatalisme Pierre Grazioli.

 

« D'un côté la mairie va installer un plateau sportif, de l'autre le département envisage un collège. Mais même si aucun des deux ne se fait, les parcelles sont à moins de 100 mètres des habitations » prévient Béatrice de François. Illustration : Mairie de Parempuyre.

 

 

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VOS RÉACTIONS
Dominique Le 06 novembre 2019 à 23:33:00
M. De la Rocque n'a pas l'air de savoir que cette histoire de traitements bios qui auraient intoxiqué les élèves de Villeneuve, est une fake new avant que ce terme ait été consacré. En vérité, la cour de l'école est entourée sur 3 côtés par les vignes en conventionnel, appartenant à la maire de la commune. Le quatrième côté ce sont des bâtiments !! Consultez Google map au lieu de reprendre n'importe quoi sans vérifier. Ces vignes attenantes ont été traitées avec des produits éminemment toxiques comme le mancozèbe classé CMR, avec un résultat pas très étonnant. La fake new a été lancée par le président du moment de la FDSEA 33, aujourd'hui président de la Chambre d'agriculture. Il a depuis converti une partie de sa ferme en bio. Cherchez l'erreur. Ou mieux, cherchez l'autocritique.
alaindugers Le 06 novembre 2019 à 16:38:28
C'est la bonne période pour les maires de faire parler d'eux , avec cet arrêté elle devrait passer sur Bfm et c'est bon pour les électeurs aussi , tout le monde y gagne .A le comcom elle pourrait devenir vice présidente ! Quand au viticulteur de bon sens il faut qu'il propose que si une distance de 100m semble indispensable à l'élue pour séparer le travail du loisir , elle les prend sur son terrain communal ,tout le long des vignes et les plante de toute la bonne biodiversité disponible.
Bruno de La Rocque Le 01 novembre 2019 à 15:11:20
Madame B. de François, maire de Parempuyre est, comme beaucoup de nos compatriotes, sous la pression d'une information à charge, tronquée qui plus est. J'en veux pour exemple ses recommandations pour la conduite en bio. Or, l'épandage de produits cupriques, de soufre et d'autres substances formulées incommode(ra) autant les riverains que les pesticides chimiques issus de la synthèse organique. L'exemple girondin de l'école de Villeneuve-de-Blaye est emblématique: l'un des deux viticulteurs qui avaient été mis en cause est un "bio".
MG Le 31 octobre 2019 à 09:55:31
Tant que les syndicats viticole n' aurons pas décrétés que les impôts et taxes relatifs à la viticulture ne serons pas séquestrés à la caisse des dépôts et consignations en lieu et place du trésor public, on ne se feras pas écoutés. Pas la peine de mettre du fumier dans les jardins de la préfecture ou de bloquer les routes, il y a plus que l' argent qui compte.
Fleur Le 30 octobre 2019 à 09:32:19
Le genocide viticole est amorcé par des élus qui méprisent l’histoire et surtout les lois.
Dardus Le 29 octobre 2019 à 19:41:45
J espère que le château segur aura gain de cause car le comportement de la maire est inadmissible courage monsieur
mimi Le 29 octobre 2019 à 18:52:04
La maire dit se préoccuper des viticulteurs, je n'y crois pas . Au contraire, j'ai bien l'impression que cette propriété la gène dans son projet. De toute manière, je pense; étant moi même exploitante, que nous allons disparaître, nous sommes harcelés de toute part. Notre outil de production est mis à mal. Tous ces gens qui nous jugent, devraient venir passer plusieurs mois avec nous et ainsi, ils verraient nos difficultés au quotidien. Pour pouvoir juger, il faut connaître de quoi l'on parle! Avant, on était fier de nourrir les gens maintenant on a peur que ces mêmes gens nous fassent disparaître. Après nos vignes que trouverons nous?Du Béton!!!!
Mareschal Le 29 octobre 2019 à 15:04:11
la mairie et ses électeurs se croient tout puissant en matière d'espace de construction et d'habitat .les vignes existent depuis des centaine d'années, au nom de quoi un maire et ses administrés peuvent les rayer de la carte.ET si d'aucun décidait d'installer une usine de recyclage devant sa maison.Qui etait là le premier durant des années sans incident. Comment peut ton autoriser de planter une école pour enfants au bord d'une usine. Un peu de bon sens svp et moins de démagogie pour vos électeurs, même à quelques mois des municipales
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