LE FIL

Analyse stratégique

Et si la crise des vins de Bordeaux était une opportunité pour se réinventer ?

Mercredi 30 octobre 2019 par Alexandre Abellan

« Tout secteur économique fait face à des hauts et à des bas. Les difficultés sont plus criantes pour le monde viticole où l’amortissement des investissements se fait sur le long terme » souligne Eric Garreau.
« Tout secteur économique fait face à des hauts et à des bas. Les difficultés sont plus criantes pour le monde viticole où l’amortissement des investissements se fait sur le long terme » souligne Eric Garreau. - crédit photo : DR
Alors que les problématiques de trésorerie s’intensifient pour l’ensemble des opérateurs girondins, le Crédit Agricole appuie les réflexions sur la remise à plat des conditions de production et des moyens de commercialisation. Alors que le débat est ouvert entre garants de la tradition et tenants de l’innovation (les premiers étant considérés comme conservateurs par les seconds, et les deuxièmes étant vus comme industriels par les premiers), entretien avec Eric Garreau, le directeur du Pôle Viticulture et Grandes Entreprises du Vin du Crédit Agricole d’Aquitaine (première banque du vignoble bordelais, avec un taux de pénétration de 85 % des caves particulières).

Comment analysez-vous la situation bordelaise actuelle ?

Eric Garreau : On ne peut pas cacher que la santé économique de Bordeaux dépende d’échanges internationaux où les sujets se multiplient : la Chine, Hong Kong, Londres, les Etats-Unis… Ce sont les premiers marchés d’exportations qui ralentissent. Actuellement, l’alignement des planètes n’est pas favorable. Les circuits domestiques de commercialisation de bordeaux sont eux aussi à la recherche de nouveaux modèles. Il y a une multitude de paramètres et de facteurs qui expliquent la situation actuelle. Comme tout secteur économique , la filière viticole doit s’adapter à une économie de marché qui est en constante évolution.

 

Les vins de Bordeaux ont déjà connu des crises commerciales. L’histoire se répète-t-elle, comme il y a quinze ans ?

La conjoncture actuelle est quelque peu différente. Elle ne ressemble pas à celle des années 2000 où la problématique était principalement l’inadéquation entre les volumes produits et la  demande. Le tout challengé par de nouveaux pays producteurs arrivant sur le marché de la consommation avec un facteur prix déterminant. De nouveaux marchés se sont ouverts et Bordeaux a eu son rôle à jouer. Mais ces nouveaux marchés, comme la Chine, ont fait que l’on ne s’est pas posé toutes les bonnes questions. Oui, il y a besoin de se poser les bonnes questions, mais Bordeaux ne manque pas d’atouts. C’est le plus grand vignoble d’AOC de France, il vient de rentrer une récolte qualitative, il bénéficie d’une logistique complète et d’un microcosme économique que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Il a déjà démontré sa capacité d’adaptation dans les domaines sociétaux et environnementaux en étant le premier département en nombre d'exploitations et de surfaces certifiés Haute Valeur Environnementale (HVE).

 

La santé financière des entreprises bordelaises vous inquiète-t-elle ? On entend parler de dépassements de ratio prudentiels…

Ce ne sont que des rumeurs, la filière est bien encadrée. Il y a des nuages qui s’amoncellent, avec des problèmes conjoncturels et structurels à résoudre. Des sujets reviennent sur la table, comme le profil des produits, le marketing, l’adéquation entre l’offre et la demande et l’organisation commerciale du marché. Il faut se poser les bonnes questions pour donner du sens et structurer de manière pérenne la filière. C’est une bonne chose pour Bordeaux et ses marchés de demain que tout soit sur la table pour adopter une vision de long terme. Mais Bordeaux est un mot générique, il y a plusieurs typologies d’entreprises et segmentations de produits, il faut prendre de la hauteur et de la mesure

 

Quel bilan tirez-vous de l’enveloppe de trésorerie débloquée par le Crédit Agricole pour permettre aux entreprises de la filière d’assurer les coûts de leur cycle de production ?

Les encours court-terme de financement du besoin en fonds de roulement à la production ont augmenté de 15 % en un an. Signe du ralentissement des ventes et de notre stratégie de soutien de la filière. Nous sommes présents aux côtés des viticulteurs en assouplissant nos règles*, pour soutenir leur besoin de fonds de roulement. Cette fin d’année, on se reposera avec eux les questions sur leurs stratégies et les besoins de trésorerie attachés. Comme toujours il y a des structures dans des situations plus compliquées que d’autres, mais ce n’est pas forcément lié à la conjoncture. Nous avons augmenté nos lignes de court-terme pour les besoins complémentaires en trésorerie et palier les méventes actuelles.

 

* : Avec des prêts de trésorerie dont les plafonds sont passés de 50 à 70 % du chiffre d’affaires.

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