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Lionel Ranjad
« Les sols viticoles ne sont pas morts »

Ce chercheur a coordonné la publication de l'Altas français des bactéries du sol. Ce travail nous en apprend plus sur le fonctionnement des sols viticoles. Extrait d'une interview à paraître dans La Vigne d'octobre (bientôt dans vos boîtes aux lettres !)
Par Frédérique Ehrhard Le 14 octobre 2019
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« Les sols viticoles ne sont pas morts »
Selon Lionel Ranjard, directeur de recherche de l'Inra de Dijon : 'C'est dans les sols viticoles que la biodiversité microbienne est la plus grande. Cette abondance d'espèces est due avant tout à un plus grand nombre d'interventions dans les vignes, qui poussent les bactéries à s'adapter à chaque modification de leur environnement'. - crédit photo : Plan National Dépérissement du Vignoble
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aru décembre 2018, L'Atlas français des bactéries du sol recense les familles de bactéries présentes dans les sols, décrit leurs habitats et leurs interactions. C'est une première mondiale ! Lionel Ranjard, directeur de recherche de l'Inra de Dijon, a coordonné la publication de cet ouvrage. Il explique à « La Vigne » l’essentiel de ce qu’il a découvert au sujet des sols viticoles : ceux sont moins riches en biomasse microbienne que les autres sols agricoles, cette biomasse est plus diverse mais souvent moins fonctionnelle. Pour autant, la situation n'est pas catastrophique.

LA VIGNE : Certains disent que les sols viticoles sont morts, qu'en est-il ?

Lionel Ranjard : Non, ils ne sont pas morts ! Ils contiennent moins de biomasse microbienne que les autres sols agricoles, c'est vrai. Mais cela est dû en premier lieu au fait que les vignes sont implantées sur des sols plus pauvres, souvent peu profonds et situés en coteau, et donc moins favorables au développement de la vie microbienne. La monoculture de la vigne, avec un sol souvent peu enherbé, contribue également à la réduction de la biomasse. « Au cours du programme Agrinnov, mené de 2011 à 2015, nous avons analysé la vie du sol dans une centaine de parcelles viticoles. Dans 15 % des cas, la situation est critique et il y a des risques d'érosion du rendement. Dans 35 % des cas, au contraire, les sols fonctionnent bien. Et dans 50 % des cas, la situation est à améliorer en adaptant les pratiques.

Ces sols se distinguent-ils des autres sols agricoles ?

L.R. : Oui. C'est dans les sols viticoles que la biodiversité microbienne est la plus grande. Cette abondance d'espèces est due avant tout à un plus grand nombre d'interventions dans les vignes, qui poussent les bactéries à s'adapter à chaque modification de leur environnement. Ces modifications répétées créent de la biodiversité, sans que cela soit forcément positif. Dans les sols viticoles, il y a souvent moins d'interactions entre les espèces présentes. De ce fait, les communautés bactériennes perdent en fonctionnalité et coopèrent moins bien pour dégrader la matière organique et nourrir les plantes. A l'inverse, plus le réseau d'interactions est dense et complexe, et mieux le sol fonctionne et de façon durable. C'est le cas dans une prairie permanente, par exemple.

Abritent-ils des bactéries particulières ?

L.R. : Non, les espèces présentes sont les mêmes que dans les autres sols agricoles. Mais les proportions entre espèces peuvent différer, de même que l'équilibre entre bactéries et champignons. En viticulture, on utilise plus de fongicides, ce qui réduit la part des champignons. Pour que le sol reste fonctionnel, l'optimum se situe entre 1 et 5 % de champignons. Plus globalement, dans les sols cultivés, viticoles ou non, l'environnement est souvent perturbé par des interventions chimiques ou mécaniques. Cela favorise le développement de bactéries pathogènes ou opportunistes peu coopératives.

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Tous les commentaires (1)
Bruno33 Le 16 octobre 2019 à 16:50:53
Claude et Lydie Bourguignon expriment un point de vue différent et recherchent la médiatisation… Par ailleurs, mardi soir 15 octobre, nous avons entendu l'animateur Nagui ajouter ce commentaire à une charge contre les SDHI et plus généralement les phytos -pardon : les pesticides- "et en plus ça durcit les sols".
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