LE FIL

30 000 €

Liber Pater plus cher que la Romanée Conti... et que tous les autres vins au monde

Vendredi 05 juillet 2019 par Alexandre Abellan

« Si je faisais la même chose avec une bouteille vendue 50 à 100 € on me trouverait sympa et génial. Mais mes coûts de production sont bien supérieurs » rétorque inlassablement Loïc Pasquet à tous ses, nombreux, détracteurs.
« Si je faisais la même chose avec une bouteille vendue 50 à 100 € on me trouverait sympa et génial. Mais mes coûts de production sont bien supérieurs » rétorque inlassablement Loïc Pasquet à tous ses, nombreux, détracteurs. - crédit photo : Alexandre Abellan (archives 2018)
Le vin le plus cher au monde n’est plus bourguignon, mais bordelais. Avec son premier vin franc de pied, le domaine des Graves réalise son objectif d’afficher un prix plus élevé que le mythique DRC.

Plus qu'une augmentation, c'est un bond tarifaire qui estomaque la filière vin, entre fascination et suspicion. Lancé à 30 000 euros la bouteille, le millésime 2015 de Liber Pater multiplie par sept les précédents tarifs de la propriété bordelaise. Devenu le vin le plus cher de Bordeaux l’an dernier, Liber Pater est désormais la bouteille de vin la plus chère au monde, d’après les statistiques de mises en marché collectées par le site Wine Searcher. Le vin des Graves surpassant les prix du domaine de la Romanée Conti* plus rapidement qu’annoncé.

« Mes rendements ont été divisés par cinq, je n’ai produit que 500 bouteilles et n’en commercialise que 240 pour l’instant. Les demandes sont importantes et les prix sont chers. On élève le vin au rang d’œuvre d’art » estime Loïc Pasquet, qui a fondé le domaine Liber Pater en 2006 (7 hectares de vigne à Landiras). Proposant sa première cuvée 100 % francs de pieds, le vigneron se positionne dans les vins d’exception, dans la lignée de la bouteille de Romanée Conti 1945 de vignes originelles françaises non reconstituées adjugée au prix record de 484 000 € en octobre dernier.

Goût des vins fins

Avec ce positionnement fort, Loïc Pasquet affirme sa « vocation à être de plus en plus exclusif. Je suis le seul à donner accès aux vins de Bordeaux d’avant la crise phylloxérique. » Martelant sa promesse de retrouver le goût des vins fins qui ont fait la réputation des grands crus bordelais, le vigneron vise une clientèle fortunée à la recherche d’une expérience dont le prix se veut à la hauteur de l’unicité.

"Offre et demande"

Quand au rapport qualité prix, « le débat est sans fin. C’est juste une question d’offre et de demande. Si des gens l’achètent, c’est leur choix » désamorce Fabrice Bernard, le président du site de vente en ligne Millésima, qui propose des bouteilles de Liber Pater. Le négociant ne référencera cependant pas ce millésime 2015, estimant ne pas avoir la clientèle pour un tel positionnement. Mais Millésime confirme avoir eu des clients américains, asiatiques et russes lui achetant Liber Pater à 4 300 € TTC. « Le vin est bon, son prix est possible grâce à de très faibles volumes » souligne Fabrice Bernard.

 

* : Le millésime 2015 du monopole du domaine de la Romanée Conti se commercialise 21 655 euros en moyenne d’après les statistiques de Wine Searcher.

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VOS RÉACTIONS
Geocol Le 01 août 2019 à 16:29:12
Ces prix sont extravagants. On ´n’achète plus du vin mais de la rareté. C’est de la pure spéculation. Le côté positif réside dans l’effet non négligeable sur le niveau du prix moyen de tous nos grands crus.
solmajeur Le 01 août 2019 à 13:34:27
Comment peut-on prendre cet article au sérieux quand on lit par ailleurs sur la RVF (janvier 2016) que L Parquet a été condamné pour escroquerie... aurais-je loupé un épisode ? Aurais-je mal compris ?
Guy Salmona Le 01 août 2019 à 11:11:01
Et si on nous foutait la paix avec Liber Pater ? C'est une sorte de gimmick en passe de devenir aussi chiant que les pubs "comme j'aime" du sieur Canetti. Si les défenseurs de cet improbable breuvage n'ont rien d'autre à produire comme argument qu'un prix imbécile pour de riches imbéciles, c'est un peu triste. Que Loïc Pasquet vende ses vins, quel qu'en soit le prix, à de riches crétins ne me dérange pas plus que cet américain qui a vendu la Tour Eiffel au début du 20ème siècle. Qu'un fantaisiste pille une cohorte d'oligarques prête plutôt à rire. Ça ne devrait d'ailleurs déranger personne, à part la Romanée Conti (et encore!), tant il ne nous fait aucune concurrence ! Le comique de répétition, quand il n'est pas si drôle, est assommant. De la répétition naît l'ennui...
craoux Le 11 juillet 2019 à 09:26:32
Non, désolé Jean Rosen, je ne suis pas sûr qu'il faille parler de "talent" pour vendre du Liber Pater (dont on ignore pour la plus grande majorité d'entre nous la réelle qualité organoleptique intrinsèque !) pas plus qu'il n'en faut d'ailleurs pour vendre des Rolex car il y a et aura toujours une strate huppée de cette société de CONsommateurs, largement blindée et qui souhaite avant tout MONTRER qu'ils lisent l'heure sur leur truc à 50 ou 60.000 €). En fait, le talent que vous invoquez au cas présent, c'est celui que je vois, moi, érigé au rang de ces bien tristes valeurs (marchandes) que totémisent les leaders libéraux sans scrupules de notre société vieillissante au bord du gouffre. Le Vin ne mérite pas ça.
Jean Rosen Le 10 juillet 2019 à 11:55:05
Et si vous vous renseigniez mieux ? Et si vous alliez voir par vous même ? Vous diriez moins de bêtises, vous verriez que tout ce qu’on raconte à ce sujet est plein de préjugés et d’a priori. En France, on n’aime pas les gens qui ont de l’argent, et encore moins ceux qui ont le talent de vendre leur talent. Dommage, car ça nous fait courir au cul des Américains, et à ce jeu là, on perd à tous les coups.
craoux Le 10 juillet 2019 à 11:17:02
C'est le commentaire de Jean Rosen qui me titille. Ce vigneron aurait "du talent" ? .. soit, mais de quel talent parle-t-on en la circonstance ? Il me semble que son grand talent serait de savoir flatter l'égo d'une clientèle super friquée soucieuse de détenir les attributs obligés pour afficher son statut ! Mais combien peuvent se targuer d'avoir - en toute objectivité - pu déguster ce Liber Pater ? ... Personnellement, son implication (affectée, feinte ?), ses attentes, la clientèle qu'il vise ... je m'en fiche. En revanche, quand je le vois poser devant un portail plutôt délabré , je me demande si "son chai" est tout aussi peu reluisant ! ... Et qu'en pense l'ODG de cet opérateur "habilité" ? .. il y a bien fait l'objet de contrôles internes et externes > pas de manquants ? ... compta-matières nickel ? ... hygiène irréprochable ? .. intrants phytos ou pas (pratique Biodynamie ou Bio non certifiée ?) ! ... C'est presque un vin de garage.
Jean Rosen Le 10 juillet 2019 à 10:40:34
Encore une belle Cobbolderie de plus. Indigne, de surcroît, réac et liberticide. On a le droit de ne pas aimer que les vins soient chers, pas celui de vouloir enfermer le vigneron qui a le talent de les produire. Les chiens aboient, la caravane passe.
MG Le 08 juillet 2019 à 18:51:37
Pour moi, une vigne est considérée comme cultivée quand elle produit un certain rendement. Sur un lien vitisphère dans l'article,il est mentionné un volume de 2500 bouteilles de vente soit moins de 20 Hl. Admettons qu'il y a moitié de plants et un peu de vente au négoce, on arrive péniblement à 7 hectolitres à l'hectare. Cela fait combien de grappe par pied ? Peut-on encore parler de culture avec des niveaux de rendement si faible ? Quelle est la position de l' ODG ?
André Fuster Le 06 juillet 2019 à 21:31:40
A Bordeaux (plus exactement à Saint Christoly Medoc) pour aller faire un tour du cote prephylloxerique, on pourra - par exemple - goûter le Clos Manou (1850) : des Merlots francs de pieds, plantés ... en 1850. Françoise Stephane Dief en sortent 2 barriques par an.
Fayard Le 06 juillet 2019 à 08:03:16
Je vais lancer une cuvée à 60 OOO € qui s’appellera liber mémère seulement 12 magnums! Vous pouvez passer commande.
Vialard Antoine Le 06 juillet 2019 à 07:35:06
Même âgé de 80 ans, voilà pour moi une occasion de vérifier la justesse de l'adage que m'avait transmis mon père dans ma jeunesse : sache que la bêtise humaine est infinie, ce qu'a confirmé Einstein à sa façon : Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. D'une certaine façon, bravo à Loïc Pasquet de l'avoir compris.
Conti77 Le 05 juillet 2019 à 17:07:50
Principe du marketing et qui fonctionne si bien avec le vin : plus c'est cher, plus ça se vend... (cf, drc, auvenay, Petrus, etc).
Brice Le 05 juillet 2019 à 16:08:17
Comment peut il prétendre avoir fait une vinification avec 500 bouteilles ! Et ensuite en mettre en vente seulement 240 ! On est clairement dans l’ar’aque Mais tant qu’il y a des cons qui payent !
Pato Le 05 juillet 2019 à 15:30:17
Article à lire en complément : Liber Pater : le créateur du vin de Bordeaux le plus cher condamné pour escroquerie Extraits : "12 mois de prison avec sursis et 30.000 euros d'amende pour avoir établi une fausse comptabilité afin de percevoir de FranceAgrimer, (...) quelque 600.000 euros de subventions pour faire la promotion de ses vins hors de l'Union européenne." "Le Parquet s'est en outre étonné "du contraste entre le prestige supposé" et des chais "peu reluisants". Et la présidente du tribunal a fait part à l'audience de "vignes à l'abandon", selon un rapport d'experts, et s'est étonnée que le siège social de la EARL "Vignobles XO" soit "une simple boîte à lettres"."
David Cobbold Le 05 juillet 2019 à 13:32:02
je constate, une fois de plus, que le ridicule ne tue pas ! Il faudrait enfermer ce type et tous ces clients avec. Mais, "c'est le l'art" me dira-t-on ? Mais il faut le détruire pour l'apprécier, ce qui serait bien aussi avec les "oeuvres" d'un Jeff Koons, encore plus chers et tout aussi ridicules. Non, le vin est une boisson, ne l'oublions pas.
Vinsang Le 05 juillet 2019 à 12:52:33
Goûtons plutôt des francs de pied d'autres régions, il y a des merveilles en champagne, Loire et même Languedoc ! Laissons ce sinistre personnage vendre son produit à tous les nouveaux riches d'ailleurs, et restons dans notre microcosme à nous : celui des vrais amateurs de vin.
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