LE FIL

Vins les plus chers au monde

Les bourgognes creusent l’écart, les outsiders s’invitent en Bordeaux et Champagne

Vendredi 10 août 2018 par Alexandre Abellan

Copropriétaire de la DRC, Aubert de Villaine ne cache pas que la spéculation autour de son étiquette « entraîne des problèmes : entre les fausses bouteilles, les marchés parallèles et les prix extravagants. Ça nous fait beaucoup souffrir, ça enlève une partie du charme du métier. »Copropriétaire de la DRC, Aubert de Villaine ne cache pas que la spéculation autour de son étiquette « entraîne des problèmes : entre les fausses bouteilles, les marchés parallèles et les prix extravagants. Ça nous fait beaucoup souffrir, ça enlève une partie du charme du métier. » - crédit photo : Domaine de la Romanée Conti
[Infographie] Le classement des 50 bouteilles aux prix les plus élevés connaît cette année de fortes hausses et baisses, témoignant de la spéculation mondiale sur les grandes étiquettes.

Avec un prix de vente moyen* de 16 270 euros la bouteille, en hausse de 25 % sur un an, la Romanée-Conti du domaine éponyme conforte son titre de vin le plus cher au monde du classement Wine Searcher (voir infographie ci-dessous). Le site néo-zélandais ayant même recensé une mise en vente à 80 420 euros (+10 % par rapport au prix maximum de 2017). La DRC consolide son monopole sur le classement des cinquante étiquettes les plus cotées en y maintenant 7 de ses 8 références. Prenant la deuxième place du podium, avec son Musigny Grand Cru (11 970 €/col, +86 %), le domaine Leroy classe le plus de vins, avec 12 flacons sur le podium. La Bourgogne continue de régner sans partage sur ce top 50, étant la terre d’origine des deux-tiers de ces flacons les plus chers.

Tombant à la troisième place, le Riesling Trockenbeerenauslese du vigneron mosellan Egon Muller (10 190 €/col, +13 %) témoigne d’un ralentissement, voire d’une décote, pour les grands vins allemands par rapport à leurs homologues bourguignons. La plus forte dégringolade de ce top 50 est celle du Rüdesheimer Berg Rottland Riesling Trockenbeerenauslese du domaine allemand Staatsweingut Kloster Eberbach, qui a perdu 26 places en un an (2 160 €/col, -30 %), tandis que la plus forte hausse a été enregistrée par le Chambertin du domaine Dujac, qui a bondi de 21 places (2 760 €/col, +119 %).

"Liquidités en Asie"

Si la spéculation sur les vins fins est généralisée, « nulle région n’arrive ne serait-ce qu’à approcher de la performance de la Bourgogne » soulignait récemment Liv-Ex. « Cela s’explique en partie par les équilibres en l’offre et la demande. L’approvisionnement est limité, alors que les liquidités abondent. Particulièrement en Asie, où la compétition pour les flacons rares est rude » précisent les analystes anglais.

Nouveaux-venus

L’impact de la faible disponibilité d’un vin sur ses prix est symbolisé par Liber Pater, le récent domaine des Graves à la production limitée, qui rentre directement à la dix-septième place du classement (à 3 700 €/col). Doublant d’un coup des étiquettes bordelaises aussi mythiques qu’établies, comme Petrus (2 700 €/col, +13 %) et Le Pin (2 700 €/col, +15 %). Alliant recherche d’un goût typique et affirmation d’une approche originale pour y parvenir, ce scénario d’outsider est ausi à l’œuvre en Champagne. La cuvée Boërl & Kroff élaborée par Drappier fait ainsi son entrée à la trente-quatrième place (2 300 €/col), devant la légendaire cuvée du Clos d’Ambonnay de Krug (2 100 €, stable).

Coupant la chique à des flacons âprement recherchés, ces nouveaux-venus témoignent d’un marché des vins rares en pleine ébullition. Qu’il s’agisse de l’aspect nécessairement spéculatif des vins les plus recherchés, mais aussi de l’indépassable nécessité pour ces grands crus de proposer un produit à la qualité inédite et à la quantité ultra-limitée pour maintenir leur réputation et leur attractivité.

 

* : Lire l’encadré pour en savoir plus sur la méthodologie du classement Wine Searcher.

Le classement Wine Searcher

Ce top 50 est un instantané du marché international à la vente. Les prix moyens indiqués sont calculés à partir de bases de données de cavistes, distributeurs et grossistes répertoriées par Wine Searcher (prix tout millésime confondu et ramené à 75 cl). Pour assurer la représentativité des lots retenus, la plateforme néozélandaise ne prend en compte que les cuvées référencées au moins cinq fois à la vente sur quatre millésimes différents. Dont deux produits sur la dernière décennie. Les cuvées du défunt Henri Jayer sont ainsi mises hors-jeu. Actuellement, Wine Searcher recense les tableaux de prix de 91 124 metteurs en marchés dans le monde.

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VOS RÉACTIONS
Philippe BOUCHARD Le 10 août 2018 à 16:48:02
« L’impact de la faible disponibilité d’un vin sur ses prix » PAS SEULEMENT AVEC L'ANALYSE DE CES VINS DES DERNIERS MILLÉSIMES ! - STOP AUSSI À L'ORGANISATION DE CETTE SPÉCULATION FINANCIÈRE EFFRÉNÉE SUR LES VINS VENDUS AUX ENCHÈRES - Commentaires fort pertinents de quelques lecteurs et certainement vrais passionnés de vins ; à lire ABSOLUMENT dans un article sur LE MONDE.fr du 18.06.2018 « Les ultimes bouteilles du « roi du Bourgogne » vendues pour 30 millions d’euros » Pour de très vieux vins ré-étiquetés et vendus aux enchères. "JD" 18/06/2018 - 09h12 Conservé sans étiquettes et sans capsules .... Ah ah ah !!!!!! "YL" 18/06/2018 - 10h34 « A une époque où on exige une traçabilité sans faille, et vu les enjeux économiques, on peut effectivement penser que cette « tradition bourguignonne » a un parfum suranné, et que pour éviter d’éventuels scandales futurs, nuisibles à la réputation de l’ensemble de l’industrie française du vin, elle mériterait d’être abandonnée. » En effet, nous attendons que la DGCCRF et les DOUANES mettent un peu plus leur nez sur certaines FAUSSES ETIQUETTES estampillant de soi-disantes vieilles fioles de grands crus et millésimes provenant de quelques "musées" ou "successions", avec légendes historiques à la clef racontées dans les luxueux catalogues, sans une véritable traçabilité et vérité historique, pour toutes ses ventes aux enchères organisées à Hong Kong ou à Genève... par ces Christie's and Co. Unique but de communication de négociants et ou propriétaires afin, par cette publicité d'un autre temps mais fort juteuse, d'acquérir la première place de possesseur de « Vin les plus chers au monde », ce qui nourrit aussi grandement cette spéculation sur les vins de Bourgogne mais aussi de Bordeaux !!!
La Rédaction Le 10 août 2018 à 16:36:48
Bonjour Valetri, Merci pour votre remarque, les bases de donnée de WineSearcher comptabilisent les vins et millésimes à la vente dans les réseaux de distribution classiques, et non les enchères de flacons rares. La vente de mai 2018 des bouteilles de vin jaune du XVIIIe siècle a en effet établi un record à 103 000 €/col. Bonne journée
valetri Le 10 août 2018 à 16:12:40
Toujours les mêmes : Romanée-conti etc...etc... mais est-ce vous avez eu connaissance, que des bouteilles de vin jaunes du Jura ont dépassées les 100 000 € l'unité lors d'une vente aux enchères à Lons le Saunier!
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