LE FIL

Mission impossible

Le débat sur le vin et la santé restera-t-il un nœud gordien pour la science ?

Mercredi 26 décembre 2018 par Alexandre Abellan avec Bertrand Collard et Marion Ivaldi

Ayant connue un retentissement mondiale, cette méta-analyse a été menée avec le soutien de la fondation Bill et Melinda Gates.
Ayant connue un retentissement mondiale, cette méta-analyse a été menée avec le soutien de la fondation Bill et Melinda Gates. - crédit photo : Création Vitisphere
L’étude méta-analytique parue dans le Lancet illustre la difficulté de trancher sans parti pris sur la part de bénéfices et de risques de la consommation de vin.

Annonçant, non sans fierté, lors du dernier salon de l’Agriculture boire deux verres de vin par jour (« midi et soir »), le président de la République Emmanuel Macron est-il un inconscient mettant en danger sa santé ? Ce serait le diagnostic sans appel des chercheurs américains ayant signé l’étude de méta-analyse publiée avec fracas dans la revue scientifique de référence Lancet cette fin d’été. Compilant des données sanitaires récoltées pendant 25 ans (de 1990 à 2016) dans le monde entier (195 pays), cette étude complexe a été relayée sans pincettes dans les médias : « non, boire un verre de vin par jour n’est pas bon pour la santé » pour le Figaro ou « l'idée d'une dose d'alcool "inoffensive" serait un mythe, affirme une vaste étude » pour Sciences et Avenir. Des titres un tantinet hâtifs au vu de la fiabilité de ladite étude et des portées de leurs conclusions.

« L’étude ne parvient pas à trancher sur les petites quantités d’alcool » analyse le cardiologue Yves Juillière, soulignant que la courbe synthétisant toutes les maladies liées à l’alcool, soit 23 pathologies, montre un risque identique pour une consommation nulle d’alcool et une consommation d’un verre par jour. Concrètement, c’est à partir de deux verres par jour que le risque augmente légèrement et devient supérieur au risque lié à une abstinence totale. Mais ces résultats restent bien généraux d’un point de vue pratique : « l’étude ne se préoccupe pas du type d’alcool consommé » remarque Yves Juillère. L’expert rappellant que, dans toutes les études randomisées, le vin rouge, du fait de sa teneur en polyphénols, apparaît atténuer les effets sur la santé liés à la consommation d’alcool.

"Étude partisane"

D’autres biais méthodologiques existent, comme le révèle Pierre-Louis Teissedre, professeur à l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin de Bordeaux, dans le cadre d'une conférence de Vin & Société : « on peut considérer l’étude du Lancet comme partisane puisqu’elle n’a pas écarté les études dans lesquelles il existe des biais qui sont connus ». Relevant d’autres erreurs grossières (comme la surévaluation de la consommation française de vins), le chercheur bordelais soulignent l’article du Lancet est moins une étude scientifique qu’une tribune abstentionniste. Les signataires proposent en effet comme solution aux risques liés à l’alcool une hausse des taxes, un contrôle de la disponibilité de l’alcool au moyen d’heures de vente, un contrôle de la publicité…

Pour repositionner le débat, Pierre-Louis Teissedre est lui-même moins scientifique et plus philosophique : « Il n’y a pas de conduite sans risque. Pourtant aucun gouvernement ne recommande à personne de s’abstenir de conduire. Le vin apporte du plaisir sensoriel et de la convivialité. À ce titre, sa consommation modérée participe à la santé que l’OMS définit comme un état de bien-être physique, social et mental, pas comme une simple absence de maladie. » De quoi répondre aux futurs débats qui ne manqueront pas de renaître sur les risques de la consommation de vin. Et permettre au président de la République de continuer à goûter, avec modération, aux plaisirs de la dive bouteille.

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