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Le vrai message de l’étude mondiale sur la consommation d’alcool

Mardi 28 août 2018 par Marion Sepeau Ivaldi

L'étude du Lancet sur les risques de consommation d'alcool ne dit en fait rien sur les consommations faibles.L'étude du Lancet sur les risques de consommation d'alcool ne dit en fait rien sur les consommations faibles. - crédit photo : DR
Publiée le 24 août par Lancet, une étude réalisée dans 195 pays et s’appuyant sur des données récoltées en 1990 et 2016 a été présentée comme mettant à mal l’idée que l’alcool est inoffensif s’il est bu en quantité raisonnable. Ce n’est pas tout à fait ça.

Les vendanges 2017 étaient marquées par une campagne de prévention contre l’alcoolisme, celle de 2018, le sera sans doute par la publication le 24 août d’une étude réalisée par l’Institute for Health Metrics and Evaluation de l’Université de Washington à laquelle plusieurs centaines de chercheurs dans le monde ont participé (dont deux français, l’un de Limoge, l’autre de Dijon). Elle porte sur 195 pays et s'appuyant sur des données récoltées sur une longue période 1990 – 2016. Notamment, les données portant sur l’exposition à l’alcool sont au nombre 121 029 émanant de 694 sources. Pour l’estimation du risque, ce sont 3992 données utilisées émanant de 592 études. La consommation d’alcool s’appuie sur un modèle de calcul couramment utilisé et intègre des ajustements pour prendre en compte la consommation touristique et la consommation non estimée, indique l'étude.

 

Les médias français ont largement relayé cette étude dans les jours qui ont suivi sa publication, France 2 allant même jusqu’à en faire son sujet d’ouverture du JT de 20h.

«La courbe de synthèse des risques montre l’augmentation de mortalité dès le premier verre», remarque le Pr Michel Reynaud, président du Fonds action addiction et concepteur du site addictaid.fr » relaye Le Figaro. C’est aussi ce à quoi concluent les auteurs de l’étude : « nos résultats montrent que le niveau le plus sûr est de ne pas boire d’alcool ». Mais « ce que nous dit l’étude, c’est que quand on boit trop d’alcool, c’est mauvais pour la santé » explique le cardiologue Yves Juillière. Boiire avec excés comporte des risque, tel est donc le message de l'étude. Et sur ce point, il ne semble pas qu’il y ait véritablement débat. « L’étude ne parvient pas à trancher sur les petites quantités d’alcool » souligne Yves Jullière. En effet, la courbe synthétisant toutes les maladies liées à l’alcool, soit 23 pathologies, montre un risque identique pour une consommation nulle d’alcool et une consommation d’un verre par jour.

C’est à partir de deux verres par jour que le risque augmente légèrement et devient supérieur au risque lié à une abstinence totale.

Des approximations ?

La presse ne s’est par ailleurs pas questionnée sur la pertinence des données. « Il s’agit souvent d’estimations » regrette Yves Juillère. Ainsi, pour la France, les chiffres de consommation sont estimés entre 4 et 5 verres pour les hommes et 2 à 3 verres pour les femmes. Or, en 2010 la consommation des français est estimée à 12 L d’alcool pur par an et par habitant de plus de 15 ans (source : alcool info service), soit 9600 grammes/an. Un verre standard d’alcool étant de 10 grammes, la consommation des Français serait plutôt de 2.6 verres par jour et par habitant de plus de 15 ans. La consommation des Français serait donc sur-estimée malgré la tentative des auteurs de limiter les biais liés à la consommation touristique.

Il est également possible de se questionner sur le caractère global de l’étude. « Elle ne se préoccupe pas du type d’alcool consommé » remarque Yves Juillère qui rappelle que, dans toutes les études randomisées, le vin rouge, du fait de sa teneur en polyphénols, apparaît atténuer les effets sur la santé lié à la consommation d’alcool. Par ailleurs, les auteurs de l’étude reconnaissent eux-mêmes que leurs estimations doivent être interprétées dans leur contexte. Notamment, ils notent que les modes de consommation d’alcool influent sur le niveau de risque de maladie. Or, ces modes de consommation ne sont pas pris en compte dans l’étude.

 

Enfin, en tirant des conclusions globales pour des situations économiques, sanitaires, sociales très différentes, il semble que naisse un biais. « Dans les pays à haut revenu, où il y a une prévalence des maladies de diabète et de pathologie coronarienne, l’étude devrait conclure à conseiller une consommation d’un à deux verres par jour » indique le cardiologue. L’étude fait en effet ressortir que pour ces deux pathologies, il y a bien une courbe en J : à savoir consommer un à deux verres par jour fait diminuer le risque par rapport à une consommation 0 (1). 

Niveau de risque de développer un diabète pour un homme

Niveau de risque de développer une maladie coronarienne pour un homme

Dans le même ordre d’idée, la prévalence de la tuberculose liée à la consommation d'alcool dans les pays en voie de développement pourrait sans doute être évitée par la vaccination.

  

 

Une conclusion que ne tire pas les autres de l’étude qui recommandent aux gouvernements et décideurs de « maintenir des réglementations fortes sur l’alcool pour prévenir de le risque potentiel de hausse de consommation d’alcool dans le futur. Des réglementations efficaces mise en place aujourd’hui pourraient permettre des bénéfices substantiels pour la santé des populations dans le futur ». Ils détaillent plus loin les réglementations qu’ils estiment efficace : taxes sur les alcools, contrôle de la disponibilité de l’alcool, heure de vente, contrôle de la publicité. Leurs  discussion ressemblent davantage à un plaidoyer pour une poltique de santé restrictive en matière d'alcool qu'à une conclusion scientifique sur les résultats obtenus par l'étude.

 

Pour lire l'intégralité de l'étude du Lancet, c'est par ici.

 

(1) au premier semestre 2018, l'existence de cette courbe en J avait été remise en question dans un article publié par la revue Lancet.

 

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VOS RÉACTIONS
JEAN Le 03 septembre 2018 à 18:27:07
La croissance du "risque" de 0,5% annoncé par les médias est insignifiante, et très certainement inférieure à l'intervalle de signification de l'étude . Mais il FALLAIT pour les médias parler du risque du 1° verre: ça fait vendre! Pour donner une analogie - même si l'étude reste à faire- on peut penser que le risque qu'il y a monter dans une voiture, plutôt qu'à ne pas se déplacer, est très probablement supérieur à ce même 0,5%. La mortalité routière mondiale est déjà très certainement supérieure à 1%... Les interprofessions pourraient utilement financer une étude, qui ferait du bruit, si mes prévisions sont justes !
Enraciné Le 03 septembre 2018 à 18:22:25
La guerre mediatique contre le vin a été déclarée, aujourd'hui le vin est responsable de tous les maux... Et oui le vin, pas le whisky ou la vodka qui eux ne tuent pas c'est bien connu ! Lobbies obligent... Comme on déclare la guerre à toutes les traditions (corrida,églises...). Bienvenue au néo consommateur de demain : un robot shooté au coca et au macdo, qui ,c'est bien connu ,ne tuent pas non plus ! Fermez le ban
Yoan Le 30 août 2018 à 16:22:56
Bonjour, étonnant (ou pas...) que vous ayez de choisi d'extraire de l'étude les 2 seules courbes qui montrent une légère diminution de risque en fonction de la consommation d'alcool. Les résultats vous déplaisent certainement, mais à moins que vous ayez des résultats plus solides que ceux présentés dans cette grosse étude, quelques faits isolés ne font pas le poids. Je ne dis pas que cette étude est parfaite, car il y a certainement de nombreux facteurs de confusions liés à la consommation d'alcool, mais faute de mieux ce sont les meilleurs résultats disponibles en l'état de nos connaissances. Cordialement, Yoan
fanchonnette Le 29 août 2018 à 15:49:05
on peut faire toutes les études qu'on veut sur la consommation d'alcool, mais ce qui est sûr c'est que depuis des siècles l'humanité boit de l'alcool, alors le vin pourquoi pas, il contient moins d'alcool que les eaux de vie et produits de distillation et apporte d'autres éléments comme les tannins et resvératrol bons pour la santé. Et puis il n'y a pas de mal à se faire du bien. je crois que le foie gras, le gras, le sucre, la viande, le poisson pollué aux métaux lourds, les fruits et légumes contaminés par des produits phytosanitaires… tout cela est néfaste à la santé; Alors le vin, un grand méchant assassin ? je ris !
François MAURY Le 28 août 2018 à 16:37:15
Ce sont donc des verres de 4.8 l que boivent donc les Français!!!! Allez voir l'article suivant: http://www.doctissimo.fr/sante/news/les-maladies-cardiovasculaires-touchent-l-humanite-depuis-au-moins-4-000-ans et celui-ci: /www.allodocteurs.fr/actualite-sante-les-maladies-cardiovasculaires-fleau-du-monde-arabe_12363.html pourtant sans boire d'alcool chez les populations musulmanes. Alors, qu'est-ce qu'on fait?
JEAN Le 28 août 2018 à 15:49:33
Merci pour ce decryptage. Sauf erreur, l'augmentation de risque de 0,5% pour un verre - et vous semblez conclure que c'est deux et non un -est très minime, et sans doute pas significative... Je me demande ce que donnerais une étude de même nature que celle publicisée comparant les risques encourus par ...les conducteurs de voiture et les non conducteurs? Sans doute beaucoup plus que "1%" de décès supplémentaires. Va-t-on décourager la conduite automobile?
Mamacita Le 28 août 2018 à 15:01:15
"Ainsi, pour la France, les chiffres de consommation sont estimés entre 4 et 5 verres pour les hommes et 2 à 3 verres pour les femmes. Or, en 2010 la consommation des français est estimée à 12 L d’alcool pur par an et par habitant de plus de 15 ans (source : alcool info service), soit 9600 grammes/an. Un verre standard d’alcool étant de 10 grammes, la consommation des Français serait plutôt de 2.6 verres par an et par habitant de moins de 15 ans." Euhhh? par an et par habitant de moins de 15 ans ?
Alain Blanchard Le 28 août 2018 à 14:55:15
Le problème vient de la succession de ces études qui présentent des contradictions quant au risque concernant la consommation modérée de boissons alcoolisées (voir par ex: https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(18)30134-X/fulltext). Ces contradictions apparentes sont dues en particulier à la méthodologie utilisée (ici beaucoup des données sont issues d'un modèle statistique pas facile à comprendre) et la prise en compte d'un ensemble de causes de mortalité, 23 causes dans cet article contre toutes les causes dans le papier publié en avril par Wood et al. Ce nouvel article voudrait nous convaincre que dès la première goutte d'alcool il existe un risque avéré mais les données présentées sont des données extrapolées et les auteurs n'ont pas présenté leurs résultats avec les risques absolus, ne suivant pas en cela les recommandations aux auteurs de la revue The Lancet; pour une critique méthodologie de cette publication voir: https://medium.com/wintoncentre/the-risks-of-alcohol-again-2ae8cb006a4a On peut parier que la plupart des journalistes qui ont fait des papiers avec de beaux titres dans la grande presse n'ont pas lu tout l'article ni épluché tous les éléments donnés en matériel supplémentaire (>2300 pages). Le temps de la grande presse n'est pas celui de la rigueur scientifique.
Orthographe Le 28 août 2018 à 10:08:33
"Boiire* avec excès* comporte des risque*, tel est donc le message de l'étude."
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