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Retournements de situation

2018, le millésime miraculé de Bordeaux

Mardi 25 septembre 2018 par Alexandre Abellan

« Les années en 8 se terminent bien, en général ! » estime David Pernet, pour qui « 2018 est un millésime solaire et précoce qui restera dans les mémoires par la virulence du mildiou et certainement par l’opulence de ses vins ».
« Les années en 8 se terminent bien, en général ! » estime David Pernet, pour qui « 2018 est un millésime solaire et précoce qui restera dans les mémoires par la virulence du mildiou et certainement par l’opulence de ses vins ». - crédit photo : Sovivins
Passant d’une saison de calvaire sous la pression mildiou à la récolte de caviar sous le grand soleil, le parcours du combattant des viticulteurs bordelais est désormais récompensé.

Cette année, le moral des vignerons girondins est passé par tous les niveaux : du dernier sous-sol au septième ciel. « Après avoir noyé les tailleurs cet hiver, épuisé les nerfs des viticulteurs ce printemps, luttant corps et âme contre le mildiou, le millésime fait un virage à 180 degrés début juillet. Le miracle bordelais se produit une nouvelle fois avec un été et un début d’automne magnifiques » résume l’incontournable synthèse du millésime du cabinet Sovivins. 2018 sera parmi les plus structurés des millésimes bordelais prédit d’ores et déjà le consultant David Pernet, cofondateur du laboratoire Sovivins, alors que les vendanges en blanc sec s’achèvent et que la récolte des raisins rouges s’apprête à battre son plein.

L’expert appuie son pronostic sur les conditions thermiques de maturation « solaires » de cet été et de la rentrée, confortées par un parcours hydrique proche de l’idéal pour atteindre la maturité phénolique. « Les raisins ont très vite eu beaucoup de goûts. Sans les excès de 2003, les températures élevées ont rapidement dégradé les caractères végétaux. Le parcours hydrique idéal et les fortes amplitudes thermiques en phase de maturation ont favorisé la charge tannique avec de petites baies favorisant la concentration » explique David Pernet, pour qui le vignoble bordelais a profité cette année du changement climatique, malgré une sortie de mildiou historique.

Le tournant de juillet

Si la récolte semble désormais paradisiaque, la saison végétative aura été infernale tout le printemps. Localement, la grêle a haché des vignobles déjà marqués par le gel 2017, tandis que les fortes précipitations et les températures douces ont attisé une pression en mildiou exceptionnelle jusqu’en juillet. Ce mois d’été aura marqué le tournant du millésime, les virulentes sorties de rot brun s’accompagnant d’un climat plus clément.

Mais jusqu’à la fin juillet il n’y a pas eu de droit à l’erreur dans la protection sanitaire. Et même avec traitements sans relâche « il était quasiment impossible de ne pas perdre de rendement en bio avec ces cumuls de pluie » reconnaît David Pernet, qui souligne que « grâce à une fin de saison sèche et ensoleillée, les vignobles marqués par le mildiou ont été touchés quantitativement mais pas qualitativement. Au contraire, la perte de rendement peut devenir un atout, en réduisant les risques de blocages. »

"Facilité à mûrir"

N’ayant pas manqué de surprises et de retournement de situations*, ce millésime se caractérise au moment des vendanges par sa « facilité à mûrir », comme le résume David Pernet. À l’heure du choix des vendanges alors que le beau temps persiste, « le seul écueil, qui reste minime, est la précocité. À la fois technologique et phénolique. Il ne faut pas laisser filer la maturité, au risque d’avoir des arômes confiturés, de faibles acidités et trop d’alcool » prévient le technicien. Si les extractions s’annoncent faciles au cuvier, les fermentations pourraient être compliquées.

Pour l’expert, 2018 « sera un millésime de climat plus que de terroir. Les conditions favorables à la maturité se retrouvent sur la majorité des terroirs. Sans les distinctions habituelles entre ceux précoces et tardifs ou ceux séchants et humides. Les vins seront davantage marqués par la typologie du millésime que par l’effet du lieu. »

 

* : Qui aurait pu prédire que les réserves hydriques d’un hiver pluvieux auraient été soumises à aussi rude épreuve par un été sec ? Ou qu’un millésime parti sur un débourrement tardif arriverait sur des vendanges aussi précoces ? « Le terroir bordelais a montré sa capacité à terminer la saison avec une capacité hydrique favorable à la maturité des tannins » souligne David Pernet.
 

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