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Extravagant ou révolutionnaire
Buzet met en musique sa lutte contre l'esca

Promettant d’enrayer les maladies du bois avec une ritournelle influant sur les physiologies de la vigne et des champignons, l’outil génodique interpelle. Et semble lever les réticences par l’expérience. Exemple avec la coopérative du Sud-Ouest, qui vient d’investir dans 21 diffuseurs, pour ne pas dire boîtes, à musique.
Par Alexandre Abellan Le 29 mai 2018
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Buzet met en musique sa lutte contre l'esca
En avant la musique dans les vignes ! Genodics a aussi développé des applications en arboriculture (Sharka du pêcher, tavelure de la pomme, PSA du kiwi…), en maraîchage (courgettes, oignons, salades, tomates…) et même en élevage (lactation de la vache et de la brebis, virus porcins). - crédit photo : Les Vignerons de Buzet
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ans les parcelles, la rengaine des maladies du bois est bien connue : les ceps desséchés sont marqués avant d’être arrachés et remplacés. Pour changer de disque, la cave coopérative de Buzet vient d’installer 21 diffuseurs sonores dans les parcelles de 17 de ses apporteurs. Cette saison, ces boîtes à musique de la société Genodics vont diffuser chaque journée des séquences musicales de huit minutes, à 7 heures le matin et 20 h le soir, avec une surface d’action de 15 hectares. Afin de privilégier la formation de bois de la vigne et inhiber les toxines des champignons (selon Genodics, voir encadré).

« Étant d’une nature scientifique, la démarche nous paraissait farfelue. Mais les résultats sont là » explique Pauline Castagnié, la nouvelle chargée du suivi vignoble de Buzet. Ces diffuseurs sonores ne sont pas du pipeau pour la technicienne, qui cite trois années de tests probants sur le domaine expérimental de Gueyze. « En moyenne, la mortalité des pieds était de 8 % sur les deux parcelles de cabernet sauvignon suivies. Ce taux a été divisé par trois en moyenne sur les trois derniers millésimes. Avec des mortalités de moins de 3 % en 2017, alors qu’il y avait une forte expression en 2017 » rapporte Pauline Castagnié, qui se contente de constater.

Scepticisme

« "On ne comprend pas, mais ça marche" : c’est la démonstration que l’on veut faire avec notre preuve de concept sur le terrain » affirme Pedro Ferrandiz, le directeur général de Genodics. Qui reconnaît sans sourciller que la démarche de mettre de la musique dans les vignes pour les soigner est, pour le moins, farfelue : « il y a un grand scepticisme des chercheurs et institutionnels travaillant sur le sujet. Ils jugent que ce n’est pas possible par principe. Ce qui est une croyance, et n’est pas très scientifique… »

Se basant sur une technologie brevetée et développée par le physicien Joël Sternheimer, Genodics aligne des résultats qui interpellent : en moyenne -70 % de baisse de l’expression des maladies du bois (avec des taux allant de -30 à -90 %). Coûtant 800 euros HT par an, la location d’un diffuseur se double la première année de frais d’installation (1 000 € HT), voire d’une garantie de 800 euros en plus pour l’assurance garantie (remboursant tous les frais si l’appareil a une efficacité inférieure à 30 %). « En dix ans d’activité, nous avons eu peu de remboursements à faire » souligne dans un sourire Pedro Ferrandiz

250 appareils dans le vignoble

Lancée en 2008, l’entreprise Genodics déploie 250 appareils chez 120 vignerons, pour moins de 1 000 hectares couverts. Pour ses dix ans, la société lance une filiale sur le bassin viticole le plus demandeur, l’Aquitaine. Hervé Bonnet est chargé de développer ce pôle, l’ancien chef de culture ayant été le premier testeur aquitain des diffuseurs Genodics en 2010. Il en devient désormais le premier promoteur, avec la foi des convertis qui interpelle les incrédules.

La partition des protéines

Avec les diffuseurs de Genodics, « nous reproduisons les fréquences correspondant aux séquences d’acides aminés des toxines des champignons ainsi qu’à la stimulation de la production de bois et de resvératrol de la vigne » explique Pedro Ferrandiz. Cette explication physiologique de l’action des diffuseurs Genodics n’est cependant pas étayée par des essais en laboratoire. Ce qui n’empêche pas la société de développer des séquences musicales pour lutter contre l’excoriose, le mildiou, le court-noué…

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