LE FIL

Changement climatique

Ce vigneron bordelais va planter grenache et syrah

Vendredi 18 mai 2018 par Alexandre Abellan

Estimant « partir de rien », Thomas Gomes reconnaît pouvoir se permettre sur ses parcelles de faibles rendements (25 à 30 hl/ha).Estimant « partir de rien », Thomas Gomes reconnaît pouvoir se permettre sur ses parcelles de faibles rendements (25 à 30 hl/ha). - crédit photo : Populus Alba
Anticipant le réchauffement des terroirs girondins et jouant l'originalité, Thomas Gomes compte tester des cépages méridionaux dans l’Entre-deux-Mers. Tout en tirant partie de son expérience acquise sur des parcelles du Roussillon.

« En termes d’encépagement, Bordeaux est actuellement très limité » regrette le vigneron Thomas Gomes (domaine Populus Alba). Exploitant par passion moins de deux hectares de vigne sur la commune de Pellegrue*, le technicien viticole de la cave coopérative de Gironde-sur-Dropt peut se permettre de suivre ses idées hors des sentiers battus. Mi-juin, le vigneron va ainsi planter 0,5 hectare de cépage du Sud à la place d’une ancienne parcelle de merlot. Autant pour tester les adaptations au changement climatique que pour produire des cuvées originales.

Pour ses sols argilo-calcaires, Thomas Gomes a sélectionné un clone 471 de syrah greffé sur 101-14 et le clone 435 de grenache greffé sur 3 309. S’il a opté pour une densité de plantation de 5 500 pieds/hectare, le vigneron se laisse encore le temps de la réflexion pour une taille de formation en gobelet ou en guyot palissé. Ces orientations techniques se basant sur son expérience à Maury, dans le Roussillon, où il a racheté 3 hectares de vigne en 2016, avec son cousin, le vigneron Guillaume Clémenceau (basé à Juillac). Leur première campagne en 2017 leur a permis « de voir comment les vignes se comportent, afin de pouvoir les adapter à nos climats » explique Thomas Gomes. Par exemple, « le grenache coule beaucoup et il faut des méthodes culturales pour y remédier. Comme en laissant au prétaillage 40 centimètres de bois sur les cot et en les coupant au stade 3 feuilles étalées ».

VSIG

S’annonçant atypique, cette production girondine de cépages méridionaux sera évidemment revendiquée en vin de France (Vin Sans Indication Géographique). Comme pour son hectare de Maury vinifiée l'an dernier à Bordeaux (le reste de la production 2017 ayant été vendu sur pied). S’il s’essaie à des cépages atypiques dans le vignoble girondin (du moins hors des essais de 52 cépages de l'INRA), Thomas Gomes reconnaît les qualités des cépages bordelais. Dont il va posséder tous les représentants rouges sur son petit vignoble : merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc, malbec, ainsi que carménère et petit verdot après une plantation cette année.

À l'avenir, il confie être intéressé par le cépage sicilien Nero d'Avola, avec les adaptations culturales nécessaires (effeuillage, contre-effeuillage... et faibles rendements).



* : Il s’agit d’un fermage contracté avec ses parents, qui exploitent 50 ha pour la cave de Landerrouat.

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VOS RÉACTIONS
craoux Le 31 mai 2018 à 19:44:18
Ok, merci "La Rédaction" ... je trouve ça un peu aberrant (je ne vois pas quelles pouvaient être les contraintes X ou Y qui s'imposaient à ce jeune vigneron pour tenter cette vinification en VSIG plus que délocalisée ! ... la vendange avait voyagé sous température contrôlée vers 4-5° pour éviter toute oxydation ? .. je ne pige vraiment pas l'intérêt d'une telle expérience ). Et tant qu'à expérimenter des cépages avec un objectif "contraint" de produire en VSIG, je ne trouve pas très avant-gardiste de jeter son dévolu sur du grenache N et de la syrah N qui plus en version "clonée" ? .... Bon courage tout de même.
La Rédaction Le 28 mai 2018 à 18:24:25
Bonjour Craoux Comme indiqué, es raisins ont été vinifié comme VSIG en Gironde, Alexandre
craoux Le 28 mai 2018 à 13:44:57
Je vous cite > " ... Comme pour son hectare de Maury vinifié(e) l'an dernier à Bordeaux .." Ah bon ? Le CDC AOP Maury prévoit comme possible de vinifier de l'AOP Maury (raisins ou moûts déplacés) à Bordeaux ? .. Merci de m'éclairer sur ce point.
tchoo Le 28 mai 2018 à 08:32:06
Quand on parlait de ça, il ya une vingtaine d'années tout le monde vous regardait avec incompréhension et parfois condescendance. pour infos, quelques vignerons du marmandais ont tenté d'implanter de la Syrah sur le coteaux au nord de Marmande (voisin du vignoble bordelais) sans grand succès, il y a une quarantaine d'années. il est vrai que les clônes à disposition à l'époque étaient trop productifs et mal adapté à la région. On retrouve dans certains écrits ancien des mentions de syrah, mais est ce le cépage connu actuel?
Jules Espédaillac Le 25 mai 2018 à 19:13:09
Bravo à Thomas Gomes. Ce sont des vignerons de sa trempe qui poussent à la réflexion. Je rejoins l'analyse d'Alexis Sabourin, en précisant toutefois, et en toute amitié, que la crise du Phylloxéra ne s'est pas produite "à la fin du XVIII° siècle" mais à "la fin du XIXème" Ah! Ces chiffres romains !...
VITIS Le 19 mai 2018 à 14:09:42
... et pourquoi ne pas essayer plutôt des cépages résistants aux différentes maladies type Artaban, Floreal, Vidoc, Voltis ... et bien d'autres ?
Dalla valle Le 19 mai 2018 à 09:39:21
Bonne idée bon courage il faut innover
Alexis Sabourin Le 18 mai 2018 à 10:33:40
Belle démarche de la part d'un jeune viticulteur ! On met beaucoup la tradition en avant pour justifier l'encépagement actuel bordelais, mais il faut aussi savoir que le Merlot nait seulement au milieu du XVIIIe siècle alors que beaucoup de parcelles en Gironde étaient complantées avec parfois plusieurs dizaines de cépages (dont Syrah ou Pinot Noir). Si les cahiers des charges de nos AOC ont permis de mettre de l'ordre après la crise du phylloxéra à la fin du XVIIIe, ils ont aussi figé l'encépagement sans tenir compte des évolutions climatiques.
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