LE FIL

Fin de millésime

Comment tailler les vignes gelées en 2017 ?

Mardi 21 novembre 2017 par Alexandre Abellan

Au-delà de leur complexité annoncée, les travaux de taille sont l’occasion de tourner la page de l’éprouvant millésime 2017. Et de préparer le suivant, les bonnes conditions d’initiation florale laissant présager un bon potentiel.Au-delà de leur complexité annoncée, les travaux de taille sont l’occasion de tourner la page de l’éprouvant millésime 2017. Et de préparer le suivant, les bonnes conditions d’initiation florale laissant présager un bon potentiel. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Soyez prévenus, les parcelles gelées vont demander plus de temps de travail. Du moins si les travaux d’épamprage n’ont pas permis de débroussailler les ceps.

Cette année, « chaque cep est un cas particulier. Avec l’hétérogénéité du gel, on ne s’y retrouve plus ! » pose le maître tailleur Massimo Giudici (Simonit and Sirch), ce 16 novembre au château Dassault (Saint-Émilion). Réunie par le groupe de Système de Management Environnemental animé par Laurence Ters de Verre (Idée Tchin) et Thierry Audier (Cap Qualité), l’assemblée de quarante vignerons bordelais était d’autant plus attentive à ce constat, qu’ils ont tous été touchés par le gel printanier. Et qu’à l’heure de commencer les travaux de taille*, ils se retrouvent souvent face à des sarments buissonnants bien inhabituels. « Pour tailler, il n’y aura pas une règle, mais différentes options… Qui ne seront jamais complètement satisfaisantes » prévient Massimo Giudici.

Pour appréhender efficacement l’hétérogénéité des parcelles, le maître-tailleur Tommaso Martignon (Simonit and Sirch) conseille de réaliser d’abord un état des lieux en parcourant le vignoble. Ce diagnostic préalable permettant ensuite d’arrêter une stratégie de taille dans le panel de solutions adaptées à la pousse de la vigne. Ces pistes de taille varient essentiellement selon le niveau de gel soulignent les experts italiens. Dans le cas de faibles dégâts, la forme de la vigne est globalement proche de la normale et ne nécessite pas d’adaptations notables. Pour une gelée forte, soit il n’y a eu aucune reprise végétative sur le cep, et « il n’y a plus rien à faire », soit il faut tenter de reprendre une baguette et un courson à partir des gourmands sortis sur le vieux bois. La gestion de la taille devient la plus complexe dans le cas de dégâts moyens, où seul l’apex a gelé. En voici trois approches sur le guyot simple de Saint-Émilion.

"Favoriser le flux de sève"

D’après les témoignages de la salle, beaucoup de techniciens se sentent déjà désemparés face à des pieds où se trouvent beaucoup de branches, mais avec bien peu de diamètres pour constituer un bois de taille satisfaisant. Les maîtres-tailleurs distinguent globalement trois cas (voir photos ci-dessous). Dans l’hypothèse où le cep présente des reprises d’entre-cœurs, les techniciens conseillent de tailler pour conserver le plus bas des entre-cœurs. « L’observation nous montre que l’apex gelé cause un dessèchement du rameau jusqu’au premier mérithalle. Pour favoriser le flux de sève il faut conserver le sarment le plus bas, en gardant le plus de longueur de chicot pour éviter un cône de dessiccation » résume Tommaso Martignon.

Dans le cas où des sarments convenables se trouvent à la base du bras, « il faut chercher le bois fructifère, même s’il est loin du guyot, et conserver cette baguette pour assurer le rendement de l’année prochaine. Ensuite, il faut travailler, la tête et y conserver un courçon pour préserver le flux de sève » explique Massimo Giudici. Mais dans le cas où il n’y a pas de bois convenable du tout, le technicien conseille en dernier recours de tenter une sorte de cordon de Royat : « on peut conserver sur la baguette quelques tiges prétaillées pour répartir la charge habituelle. Cela permet de moins fatiguer le pied. »

Quel que soit le cas, « il ne faut pas céder à la tentation de couper un bras qui n’a pas donné de pousse et semble mort. Il faut le garder pour tirer la sève et ne pas créer d’importantes plaies de taille » alerte Tommaso Martignon, pour qui l’enjeu reste de respecter les flux de sève. Même dans le cas très particulier de la taille de vignes gelées. Un rappel des bases agronomiques qui intéresse toujours au plus au point le vignoble (voir encadré).

Conseils pour le prochain gel

Pour mieux gérer les conséquences de futures gelées, qui pèsent déjà sur l’ensemble de l’avenir du vignoble français, l’enjeu est de réussir son épamprage manuel affirment les experts de Simonit and Sirch. « Dès qu’il y a du gel, la vigne se bloque quelques semaines, mais quand elle repart, c’est à bloc ! Si on ne fait rien, la vigne devient un buisson et il n’y a plus de bois intéressants pour la taille. Il ne faut pas manquer ce moment pour homogénéiser les pieds » explique Massimo Giudici, dont l’optique est avant tout d’assurer la taille. Coûteux, ces travaux en vert demandent « du courage, alors que l’on ne travaille pas pour la production du millésime, mais celle de l’année suivante » souligne le consultant.

Se basant sur leurs retours d’expériences en Bourgogne en 2016 et à Bordeaux en 2017, les experts distinguent les opérations selon la gravité du gel. Dans le cas de dégâts importants, ils conseillent soit d’épamprer toutes les repousses pour privilégier les contre-bourgeons, permettant d’espérer quelques grappes pour le millésime en cours, soit de recouper les baguettes à environ 1°-15 cm pour favoriser le départ des gourmands sur la tête du cep, et et préparer les bois pour l’année suivante. Dans le cas de dégâts de gel moyens où la grappe est encore intacte, ils conseillent de ne conserver que l’entre-cœur situé directement au-dessus de la grappe. Si de telles pratiques ont été réalisées par certains vignerons dans l’audience, la réaction de la salle reste globalement perplexe. « Les coûts de main-d’œuvre semblant onéreux pour des résultats discutables » estime un directeur technique de Saint-Émilion.

"Taille antigel"

« Pour se protéger du gel, on peut imaginer une taille adaptée, laissant des coursons plus longs. Par exemple en gardant les deuxièmes yeux francs pour préserver le bourillon comme bourgeon de reprise en cas de gelées » esquisse Tommaso Martignon. Une technique assez classique en Ribera del Duero, où le gel est fréquent, mais qui déclenche un brouhaha dans la salle témoignant du poids des habitudes. Des us et coutumes remis en cause par cette année que tous souhaitent voir rester exceptionnelle.

 

* : Les premières gelées de fin d’année achèvent de faire tomber les feuilles sur le vignoble du Libournais.

Retour aux bases : le respect du flux de sève

En filigrane de cet après-midi d’échanges, la curiosité de l’audience s’est souvent concentrée sur les fondamentaux de la méthode Simonit and Sirch. Soit « une taille respectueuse du flux de sève, une attention applicable à tous les modes de conduite » résume Tommaso Martignon, qui voit un pied de vigne comme un réseau hydraulique où les plaies de taille sont autant d’obstacles à une bonne circulation.

En pratique, cette méthode repose sur quatre principes : assurer la continuité du flux de sève, contrôler la ramification, minimiser les plaies de taille et laisser des chicots (pour réduire les cônes de dessiccation). « Il faut penser le pied de vigne comme un bonsaï. Il ne faut pas le mutiler, mais l’aider à grandir tout en le retenant » conclut Tommaso Martignon, qui présente la taille comme une lutte entre la volonté de contrainte humaine et la nature de liane de la vigne. Pour en savoir plus, lire le Guide pratique de la Taille Guyot publié l'an dernier aux éditions de La France Agricole par Simonit and Sirch

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Robert G Le 21 novembre 2017 à 18:40:15
Les conseils sont intéressants, meme s'il sera difficile de reflechir autant sur chaque cep..... Quand les feuilles sont tomber, on se retrouve de nouveau démuni face à des vignes illisible.... 2017 nous a pénalisé sur la récolte, il nous fait encore payer la gelée à la taille: il faut s'y mettre des maintenant pour espèrer tout tailler sans avoir recours à trop de main d'oeuvre... on n'a plus les moyens pour se permettre des dépenses!!! Bref, vivement 2018!!!!
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