LE FIL

Convertir les réfractaires

Le vignoble bordelais prêche pour les assurances paramétriques

Mercredi 08 novembre 2017 par Alexandre Abellan

« On a de plus en plus d’aléas climatiques. Jamais au cours des cinquante dernières années on n’avait eu deux aléas majeurs dans une période de cinq ans. C’est arrivé » constate Yann Le Goaster, faisant référence aux petits millésimes 2013 et 2017.« On a de plus en plus d’aléas climatiques. Jamais au cours des cinquante dernières années on n’avait eu deux aléas majeurs dans une période de cinq ans. C’est arrivé » constate Yann Le Goaster, faisant référence aux petits millésimes 2013 et 2017. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Après le gel du printemps 2017 et face aux critiques sur le contrat socle multirisque et autres contrats parcellaires à franchise, la production girondine se voit offerte deux nouveaux contrats sur-mesure pour parer aux risques de 2018.

« Plus il y aura de dispositifs assurantiels et plus on réussira à augmenter le pourcentage de viticulteurs assurés » pose Yann Le Goaster, directeur de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux (FGVB), ce 6 novembre face à une salle comble de viticulteurs et d’attention. Il faut dire que l'assemblée trimestrielle de la Fédération des Coopératives Vinicoles Nouvelle-Aquitaine (FCVA) venait juste de confirmer le constat d’une demi-récolte après le gel du printemps 2017. Et de rappeler que 75 % de vignerons bordelais ne sont pas assurés « Je ne sais pas où ils seront, et quelles seront leurs ampleurs, mais on peut être sûr qu’il y aura des sinistres climatiques en 2018. Et là, je ne voudrais pas être le président d’une cave qui n’ait pas fortement incité ses adhérents à s’assurer » exhorte Stéphane Héraud, le président de la FCVA, témoignant de la volonté politique d’assurer un maximum d’exploitations.

"Garantir tous les évènements"

Pour permettre au vignoble de gagner en assurance, la FGVB mise sur l’assurance paramétrique, avec deux contrats disponibles dès 2018. Développée en viticulture par le groupe Axa, l’assurance indicielle a la particularité de ne pas prendre en compte le niveau de production de l’exploitation (que ce soit sur l’année ou historiquement), mais un autre paramètre extérieur. Cet indice servant de référence pour assurer un capital (il n’est pas question d’assolement).

Ces particularités permettent aux assurances paramétriques de se passer d’expertise, et même de déclaration de sinistre, lors d’un aléa climatique, le calcul d’indemnité étant simplifié à l’extrême. Mais les assurances paramétriques promettent surtout de « garantir tous les évènements susceptibles de générer une perte de production de grande ampleur qui affecterait les vignobles. Quel que soit l'aléa » souligne Yann Le Goaster.

Assurance indicielle globale

Au-delà des discours d’intention, deux offres sont désormais proposées sur Bordeaux par le courtier en assurance Gras Savoye, auquel la FGVB a donné la mission de trouver des solutions novatrices. La première couverture indicielle se base sur le rendement décennal moyen d’une appellation donnée. Quelle qu’en soit l’origine sur un millésime, l’assurance se déclenche dès qu’une baisse de 20 % du rendement moyen est enregistrée par rapport à la valeur de référence (les rendements de l’AOC étant calculé à partir des statistiques officielles de la DGDDI, publiées le premier trimestre de l’année suivant la vendange).

"Pas de distinction"

« La garantie, c’est la perte quantitative de rendement sur une base indicielle. Baisse provoquée par un ou plusieurs aléas climatiques, sans distinction entre les évènements » précise Yann Le Goaster. Sont donc couverts aussi bien la coulure et le gel, qu’un orage de grêle et une sécheresse. À noter que ce seuil de déclenchement de 20 % est assorti d’un plafond fixé à 70 % de perte. La limite de garantie est donc comprise entre 20 et 70 % de dégâts. D’après les simulations de la FGVB (qui ont également calculé des primes par appellation, voir encadré), ce contrat se serait déclenché sur les AOC bordelaises en 2013 et 2017. Mais pas en 2008, où le seuil de franchise n’était pas dépassé.

Garantie gel

Le deuxième contrat proposé est spécifique au gel. Il se base sur les températures minimales mesurées du 15 avril au 31 mai par la station la plus proche de l’exploitation. Son déclenchement est progressif, selon la chute des températures. Dès que l’on tombe à 0 °C, une indemnité de 25 % du capital assuré est immédiatement débloquée. Une fois passée -1 °C, la compensation est de 50 %. À -2 °C elle est de 75 % et à -3 °C elle atteint 100 %. On ne peut plus simple, cette assurance présente l’intérêt de ne pas avoir de franchise. La limite du capital assuré est au choix de l’assuré. Ces nouveautés ont piqué au vif l’intérêt des auditeurs présents, qui ont commencé à s’en emparer jusqu’à proposer de premières pistes amélioration. Comme faire avancer la période d’assurance contre le gel du 15 avril au 25 mars, pour prévenir des débourrements toujours plus précoces.

"Hors délai"

Disponible dès maintenant, ces contrats peuvent être contractés jusqu’en février 2018 pour s’assurer sur l’année prochaine. La présentation de ces contrats se faisant cette fin d’année, le délai paraît trop court pour la résiliation des contrats existants regrette Denis Baro, le président de Coop de France Nouvelle Aquitaine. Ajoutant que ces alternatives sont d’autant plus intéressantes que les assurances classiques sont amenées à augmenter l’an prochain, à cause du calcul de la moyenne olympique définissant la franchise. « On est hors délai, c’est sûr. L’objectif c’est d’amener les viticulteurs non-assurés à souscrire à une assurance récolte, quelle qu’elle soit » répond Yann Le Goaster. 

Appel à la responsabilité

Après 2017, « on n’a plus le droit de ne pas être assurés » tranche Jean-Luc Caboy, le président de la cave de Lugon, qui enregistre une chute de 70 % de sa récolte (« un impact sans précédent »). « En tant que présidents et directeurs de structures coopératives une responsabilité à inciter, pour ne pas dire obliger, les gens à s’assurer » lance Stéphane Héraud. Présidant la cave de Tutiac, il a opté pour une formule d’assurance quasi obligatoire, qui serait sur le point d’être adoptée par 95 % de ses adhérents (les 5 % restants étant soit pluriactifs, soit à petites surfaces, soit à la retraite…).

« Les lignes vont bouger en matière d’assurance récolte. C’est une certitude. Les tarifs vont être de plus en plus compétitifs. Les taux et surfaces couverts vont être plus importants. Il y a un début d’émulation entre assureurs, et ce n’est pas fini » conclut Stéphane Héraud.

 

* : À noter que la commission permanente de la région Nouvelle-Aquitaine doit se pencher, ce 20 novembre, sur une aide à la trésorerie pour les domaines en difficulté. Subvention qui serait conditionnée à la souscription d’une assurance (socle ou paramétrique).

Simulation

Pour le contrat paramétrique tout risque, la FGVB a déterminé pour 2018, des rendements de référence pour ses principales appellations (en se basant sur les moyennes 2006-2016, avec des capitaux assurés inspirés du contrat socle) :

AOC Rendement base 2018 Exemple de valeur €/hl Capital assuré par hectare Prime TTC par hectare
Graves 44,2 220 9 724 € 243,10 €
Bordeaux Rouge 49,7 150 7 455 € 207,25 €
Côtes de Bordeaux 40,2 150 6 030 € 200,80 €
Médoc 46,8 250 11 700 € 356,85 €
Bordeaux blanc 51,4 130 6 682 € 167, 05 €
Côtes de Bourg 46,3 150 6 945 € 193,07 €
Saint-Émilion 48,4 250 12 100 € 435,60 €
Sauternes 18,1 500 9 050 € 401,82 €
Côtes de Castillon 40 150 6 000€ 266,40 €
Haut-Médoc 44,9 250 11 225 € 280,63 €
Entre-deux-Mers 51,8 130 6 734 € 168,35 €

Pour la garantie gel, les primes dépendent des stations météo. Pour Pauillac, elle est de 3,15 %, pour Saint-Gervais de 6,35 %, pour Saint-Émilion de 6,55 %, pour Mérignac de 3,70 %, pour Cadaujac de 6,4 %, pour Saint-Sulpice de Pommiers de 5,8 % et pour Sauternes 4,75 %. Sachant que la huitième station, celle de Pierroton (à Cestac) n’est pas prise en compte.
 

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