LE FIL

Languedoc-Roussillon

Le pacte de la contractualisation

Lundi 16 octobre 2017 par Marion Sepeau Ivaldi
Article mis à jour le 17/10/2017 14:20:37

Suite aux différents aléas climatiques, la vendange 2017 est d'une rare faiblesse en Languedoc-Roussillon. La production propose de signer des contrats contre une hausse modérée des cours.
Suite aux différents aléas climatiques, la vendange 2017 est d'une rare faiblesse en Languedoc-Roussillon. La production propose de signer des contrats contre une hausse modérée des cours. - crédit photo : DR
À l’invitation de Coop de France LR, les principaux négociants, courtiers, organisations professionnelles ont acté le 12 octobre de contractualiser une part des volumes 17/18.

Si l’objectif ne se délite pas avec le temps et n’est pas seulement le reflet de bonnes intentions, la campagne 17/18 pourrait marquer un vrai tournant dans l’histoire des relations entre la production et les intermédiaires de la filière languedocienne. Le 12 octobre, les Coopératives du Languedoc Roussillon, les courtiers, des négociants (Montcigal, Vinadeis,…) et les principales organisations professionnelles se sont réunis pour débattre de la campagne et de la commercialisation d’une offre d’une rare faiblesse. Comme la production l’avait déjà fait savoir à demi-mot, elle a proposé de sceller un pacte : celui de la contractualisation pluri-annuelle contre une maîtrise des prix. Comme l’expliquait à Vitisphere, Gérard Bancillon, président de la Cave coopérative de Bourdic, cette campagne apparaît en effet le bon moment pour prendre le pari de la signature relation longs termes avec le négoce, contre une hausse raisonnable des prix.

20 % des volumes contractualisés

« Nous nous sommes donnés comme objectif de contractualiser 20 % des volumes pour une durée de 3 à 5 ans, un volume et surtout un prix » annonce Boris Calmette, président des Vignerons coopérateurs. La nouveauté réside en effet dans l’introduction d’un prix dans le contrat, ceux signés jusqu’alors ne prévoyant pas ce point crucial. Il pourrait cependant être négociable car un « tunnel de prix », c’est-à-dire une fourchette de négociation, serait précisé. Reste qu’aucun prix de référence n’a été évoqué fermement lors de la réunion du 12 octobre, les caves coopératives doivent encore se réunir pour en débattre. Les cours de 2015 pourraient-ils être pris comme base ? C’est ce que pense Denis Verdier, président des IGP du Gard. « Cette année-là, les viticulteurs gagnaient leur vie correctement ».

L’annonce d’Emmanuel Macron sur l’obligation d’intégrer le coût de revient des productions agricoles dans la fixation des prix viendra-t-elle s’introduire dans ce débat ? En viticulture, la production doit encore prendre du temps pour déterminer le coût de revient. Si les centres de gestion sont en mesure d’indiquer par catégorie de vins, le prix de revient, d’autres éléments entrent en jeu. « Il est fonction de l’investissement des producteurs, des caves ainsi que de la rémunération du producteur. Doit-on se contenter de rémunérer un producteur au SMIC ? » s’interroge Boris Calmette.

Gérer le marché

Par ailleurs, des observateurs s’interrogent sur la réelle nouveauté du pacte pris le 12 octobre. « Chaque courtier a dans son portefeuille des transactions qui sont un copier/coller de l’année précédente. Ce sont des transactions qui ne sont pas écrites dans le marbre mais bien renouvellée chaque année à des prix similaires » explique un observateur qui estime que ces relations pérennes et informelles correspondent peu ou prou à 20 % des volumes. Par ailleurs, s’inquiète le même observateur, la question de la gestion des volumes IGP d’Oc ne se réglera pas avec la contractualisation. La production déclare toujours plus de volumes, soit 6,9 millions d’hl en 16/17 pour 5,57 millions d’hl qui sont sortis. « Il y a un décalage de plus d’un million d’euros entre les intentions des producteurs et le marché réel ». Que faire de ces volumes et comment épurer le marché pour éviter que des volumes de pays d’Oc 2016 soient commercialisés à des niveaux de prix peu satisfaisants ?

La réponse reste en suspens alors que les premiers volumes du millésime 2017 commencent à être mis sur le marché avec déjà des hausses de prix. La tension principale apparaît sur l’AOC Languedoc et l’IGP syrah rosé qui atteint les 100 euros/hl. Toutes les caves résisteront-elles à l’alléchante envolée des prix pour préférer commercialiser sous contrats ? Pour Frédéric Rouannet, président du Syndicat des vignerons de l’Aude, « S’il y a un engagement sur un prix, c’est faisable sur une partie des volumes ».

 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé