LE FIL

Anti-midliou marin

Premiers essais concluants au vignoble

Lundi 25 septembre 2017 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 03/10/2017 13:50:17

Après l'attaque de mildiou de la fin juillet, comparaison entre les feuillages traités avec ImmunRise (à gauche) et le témoin non traité (à droite).Après l'attaque de mildiou de la fin juillet, comparaison entre les feuillages traités avec ImmunRise (à gauche) et le témoin non traité (à droite). - crédit photo : Christophe Brandy
Les extraits d’algues de la start-up bordelaise Immunrise ont passé avec succès l’épreuve d’un test en plein champ. Encore limitée, cette expérience est à conforter en 2018 sur plusieurs parcelles en France.

« Moi vigneron, je suis ravi ! Enfin une alternative plausible pour le traitement mildiou du vignoble ! C’est très encourageant pour le premier essai d’un extrait encore expérimental » se réjouit Christophe Brandy. Propriétaire de 43 hectares de vigne en AOC Cognac (à Saint-Saturnin), le viticulteur a réalisé les premiers essais à taille réelle* de la préparation d’algues ImmunRise. Utilisateur expérimenté de préparations d’algues (testant depuis 4 ans les extraits américains Alltech, un stimulateur de défenses naturelles à partir d’algues d’eau douce), le vigneron charentais a décroché le premier test grandeur nature du biopesticide ImmunRise.

Protocole qualitatif

Ses observations témoignent de résultats prometteurs de la préparation d’algues marines sur sa parcelle de 15 ares. Avec huit rangs d’ugni blanc traités par Immunrise (sur une cadence de dix jours), comparés à un témoin non traité et une parcelle conventionnelle (avec des doses modulées, pour un IFT de 4). Faible en 2017, la pression du mildiou ne s’est exprimée que début août sur le témoin non traité, avec des symptômes. Les rangs traités avec Immunrise sont restés sains, avec un peu moins de tâches que le rang conventionnel.

« On ne va pas se voiler la face, le climat a été clément et il y a eu peu de mildiou. Mais cela prouve d’ores et déjà qu’avec une pression modérée, une alternative naturelle est possible. C’est encourageant, mais le chemin est encore long » souligne Laurent de Crasto, le fondateur d’Immunrise.

"Même en 2017, tout le monde a traité"

« Même en 2017, une année clémente, tout le monde a traité contre le mildiou à Cognac » précise Christophe Brandy. Le vigneron s’est approprié le produit Immunrise, l’utilisant dans le cadre de sa démarche de réduction des intrants (utilisant un modèle mildiou à partir de sa station météo). Étant loin d’être parti à l’aveugle, le vigneron a déjà atteint l’objectif Ecophyto de réduire de 50 % ses volumes phytos. Il n’a été que moyennement surpris par une action secondaire du traitement aux algues : un effet vert, avec un feuillage plus fourni et éclatant. Cet effet biostimulant est à valider aux vendanges, les raisins semblant légèrement plus mûrs. Ces impacts physiologiques pourraient être le signe d’une présence d’azote, de protéines et d’oligoéléments dans l’extrait utilisé.

Biostimulant

Ayant fait ses preuves in vitro, la préparation de microalgues doit désormais confirmer son potentiel au champ avec d’avantage d’essais en 2018. Immunrise espère organiser des tests dans plusieurs vignobles français, avec un groupe de 15 à 20 vignerons. Ces essais devant paver le chemin à une approche plus scientifique, pour lancer un dossier d’Autorisation de Mise sur le Marché en 2019. Ce qui permettrait à la fois de nouveaux tests par les vignerons, et l’obtention de l’AMM pour 2022.

Pour pouvoir approvisionner ces essais à venir, une usine pilote de bassins de production doit être construite pour monter les capacités de multiplication de la microalgue. Des pistes d’implantation existent actuellement sur le bassin d’Arcachon, avec le soutien de l’intercommunalité, ainsi que de la région et de la filière bordelaise. L’existence d’une alternative marine aux fongicides ravissant tous les acteurs.

* : Des essais ont également été conduits à Bordeaux, mais à une échelle plus réduite (sur des parcelles du château Dauzac et des vignerons de Tutiac).

 

« Le traitement chimique c’est du confort, on passe tous les quinze jours du systémique. Pour le biocontrôle c’est un mode plus pointu, qui demande de connaître son vignoble » confie Christophe Brandy.

Crowdfunding

À noter que si la levée de fonds du début d’année s’est révélée décevante avec 130 000 euros levés (loin de l’objectif initiale du million d’euros), un cycle de levée de fonds de 2 millions € est en cours.
 

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