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Vallée du Rhône sud

Retour vers le "conventionnel" pour des viticulteurs en bio

Vendredi 02 octobre 2015 par Juliette Cassagnes

Vallée du Rhône sud: retour vers le
Les viticulteurs bio en Vallée du Rhône méridionale connaissent des difficultés importantes liées à des pertes de récolte et des valorisations qui restent faibles. Certains préfèrent donc arrêter et repasser en conventionnel. Explications et témoignages.

Les viticulteurs certifiés en agriculture biologique de la Vallée du Rhône méridionale sont en pleins doutes. Le Black Rot, maladie qui a causé d'importants dégâts cette année dans le Gard et en Vaucluse, a entraîné chez eux des pertes de récolte parfois conséquentes, jusqu'à la moitié pour certaines exploitations. « Cette année était vraiment catastrophique ; cela va être difficile pour elles... », résume Yves Favier, viticulteur en AOC Ventoux. Dans ce secteur situé au pied du Mont Ventoux, particulièrement concerné par le phénomène, ils sont donc une poignée - trois ou quatre viticulteurs – à avoir décidé, comme lui, de « repasser en conventionnel » à partir de l'an prochain. « Je préfère me laisser la possibilité, si nécessaire, de traiter. Nous n'avons pas les moyens de perdre une récolte », justifie celui-ci.

 

Du côté de la cave coopérative de Sérignan-du-Comtat (Vaucluse), qui commercialise environ 6.000 hectolitres de vins certifiés AB en appellations Côtes-du-Rhône, Côtes-du-Rhône villages et vin de Pays, le constat est identique : « Sur nos onze viticulteurs apporteurs, un a déjà arrêté, et les dix autres se posent des questions...reconnaît Pascal Duffrene, président de la cave. Et je sais que les autres caves coopératives voisines sont dans le même cas... ».

 

Cette décision s'appuie également sur le fait que les rendements actuels « ne sont pas pléthoriques » : « Ils sont loin d'atteindre les rendements de base...Et perdre 20% sur une grosse récolte n'est pas la même chose que de perdre 20% sur un petit rendement. Il est impératif pour nous d'avoir une récolte pleine... », explique Yves Favier.

 

Aux problèmes de maladie et de faibles rendements, il faut ajouter comme difficulté celle liée au marché : les valorisations que tirent les opérateurs des vins bio restent faibles. Sur le marché vrac, les cours de l'AOC Côtes-du-Rhône bio restent supérieurs aux conventionnels, mais l'écart de prix a tendance à rétrécir. Valorisé l'an dernier à 170€/hl, le prix moyen du vin bio cette campagne est actuellement de 160€/hl. Pendant ce temps, le « conventionnel » se vend en moyenne à 140€/hl, soit à peine 15% de moins... « Le rapprochement des courbes de prix est lié à un problème de déséquilibre entre la production, qui a augmenté de façon très rapide, et la commercialisation, qui met plus de temps à se développer, analyse Philippe Pellaton, président du syndicat des Côtes-du-Rhône. L'excès de volume amène une dégradation du prix ». Les opérateurs peinent en effet à s'ouvrir de nouveaux marchés, en tous cas pas suffisamment vite. Pour Pascal Duffrene, le vin issu de la viticulture biologique souffre d'un « manque d'attractivité » auprès des consommateurs : « Très peu achètent ces vins parce qu'ils sont bio, mais plus parce qu'ils sont bons ; le bio n'est pas le réflexe d'achat numéro 1 pour le vin », explique celui-ci.

 

Ce différentiel, devenu trop faible, cumulé aux pertes de récoltes, font que certains préfèrent renoncer. « La conjoncture n'aide pas, résume Yves Favier. La prise de risque est trop importante (ndlr : de ne pas pouvoir se protéger en cas d'attaque) par rapport à la plus-value apportée par le bio, qui reste insuffisante ». « Seuls resteront à la fin les viticulteurs vraiment motivés pour continuer, ou ceux qui auront acquis une très bonne technicité », conclut Pascal Duffrene.... Faut-il y voir là une méthode « douce » qui permettra d'épurer progressivement le marché d'une offre devenue trop abondante ?

[crédit photo: J Cassagnes]

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craoux Le 23 octobre 2015 à 21:54:29
La lutte "raisonnée" ... c'est un concept de communicant ... dites-moi qui pourra sérieusement soutenir qu'il y a une limite "raisonnable" de pertes à admettre en deçà de laquelle on compense par une économie sur les intrants ? .. c'est fumeux et indémontrable mais c'est un concept VENDEUR !
craoux Le 23 octobre 2015 à 21:53:10
La lutte "raisonnée" ... c'est un concept de communicant ... dites-moi qui pourra sérieusement soutenir qu'il y a une limite "raisonnable" de pertes à admettre en deçà de laquelle on compense par une économie sur les intrants ? .. c'e fumeux et indémontrable mais VENDEUR !
pouget Le 23 octobre 2015 à 19:42:24
La lutte raisonnée est une alternative pour les vignerons bio, qui veulent en sortir. Voir l'association TERRA VITIS. je suis certifié terra vitis depuis 2008, avec un objectif, limiter les intrants, limiter les fréquences de traitements, conduire le vignoble en enherbement controlé, et livrer une qualité de récolte au chai, sans prendre de risques de tout perdre en cas d'année de forte pression. c'est la raison de mon non passage en bio
vigneronderions Le 02 octobre 2015 à 17:29:38
Il y a 10 ans j'ai étudié la possibilité de passer en Bio, au regard des chiffres, ce n'était pas possible. Il me faut faire le plein presque chaque année sinon vu les prix d'achat vrac ou bouteille on ne peut pas suivre. A moins d'être sur une appellation qui se monnaie bien, alors c'est jouable. Cela ne m'empêche pas d'utiliser des produits homologués en AB mais pour pouvoir en vivre correctement sans se poser de question, sans jouer à la roulette russe avec la vie de mon entreprise et de ma famille, je n'ai pas trouvé la solution. La réalité c'est qu'on est pas à l'abri de certaines maladie (black rot en particulier), qu'on doit assumer des baisses de rendement autorisé de 20% depuis 10 ans, qu'il faut restructurer le vignoble (réforme des AOC), coût en hausse et prix de vente identique à 1993... Il parait que notre inter profession gère la filière. Aujourd'hui il n'y a pas de perspective en viticulture sur les "petites" appellation, alors si on doit perdre sa récolte en plus à cause des maladies, c'est la fin des vignerons au programme. Bien sur celui qui fait du Margaux ou du Pomerol ne se pose pas la question de la même manière.
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