as de promesse impossible à tenir. « Il n’y aura pas de miracle ce soir. Le syndicat n’est pas le banquier, n’est pas la MSA, n’est pas l’huissier » pose Michel-Éric Jacquin, le président des Bordeaux, Bordeaux Supérieur et Crémant de Bordeaux ce mardi 27 décembre lors d’une réunion de canton de l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG) dans la salle des fêtes de Saint-Brice (Gironde). « Nous avons tous beaucoup de soucis, vous en avez et j’ai à peu près les mêmes » indique le vigneron de Croignon, qui dresse le portrait cet hiver d’une « grande famille, en train de se diviser. Il y a une partie qui a envie d'arrêter et de lâcher l'affaire, qui est surendettée et qui a perdu beaucoup d'argent, qui a peu d'espoir économique et peu d'espoir commercial, qui se dit ça suffit, on arrête les frais. Et il y a une autre partie de la famille qui a envie de se battre encore, qui veut des projets, qui veut essayer d'aller de l'avant, qui croit que tout n'est pas terminé. J'en fais partie. »
Proposant des pistes de réflexion à ces derniers, Michel-Éric Jacquin met en garde : « si je propose des trucs merdiques, il faut me le dire, nous sommes là tous ensemble pour trouver des solutions. » Et de citer un exemple d’idée abandonnée faute de consensus : « au début de mon mandat [fin d’été 2025], j’ai posé la question d’une IGP Bordeaux. C'est un sujet qui a causé beaucoup de remue-ménage. Il y a beaucoup de gens qui voudraient qu'on fasse l'IGP et il y a beaucoup de gens qui voudraient qu'on ne le fasse pas. Je ne suis pas là pour diviser, je suis là pour mettre en place des projets qui plaisent le plus possible. Et l'IGP aujourd'hui était un sujet qui ne fonctionnait pas. » Dont acte, ce projet est abandonné annonce le président d’ODG. « Légalement, un IGP Bordeaux n’est pas possible » pointe Stéphane Gabard, actuel porte-parole de l’ODG et président sortant (battu d’une voix).
Oublis
Pour lancer des projets fédérateurs et convaincre son conseil d’administration, Michel-Éric Jacquin présente en réunions de canton cet hiver des idées inédites : « j'ai volontairement oublié de les présenter au conseil d'administration, parce que ce qui est important, c'est vous. C'est d'avoir des projets qui fonctionnent. Il faut qu'il y ait des gens qui s'investissent, qui disent oui, on y va, c'est une bonne idée, on va le faire. » Parmi ces idées : l’intégration de cépages emblématiques en AOC Bordeaux dans le cadre des Variétés d’Intérêt à Fin d’Adaptation (VIFA), qui permettent d’intégrer dans l’appellation 10 nouveaux cépages par couleur (dans la limite de 5 % des surfaces viticoles et 10 % de l’assemblage du vin). Ayant déjà 10 VIFA sélectionnés parmi des cépages méridionaux et des variétés résistantes*, l’ODG Bordeaux pourrait miser sur des cépages aromatiques réputés en blanc (chardonnay, grenache blanc, gros manseng, petit manseng, roussanne et viognier) et des cépages plus tardifs pour s’adapter au changement climatique en rouge (grenache, mourvèdre, sangiovese et syrah). Soit des cépages liés à la Bourgogne, le Sud-Ouest, la vallée du Rhône...
Oublié le précédent du petit manseng, que l’AOC Bordeaux n’a pu intégrer en VIFA sur des justifications opportunément techniques en 2020, depuis que le sujet des cépages emblématiques en VIFA a été clarifié par l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO), qui a notamment validé comme cépages expérimentaux en AOC Alsace la syrah et le chenin. Dans ce cadre, « Bordeaux chardonnay c’est possible, Bordeaux syrah aussi » résume Michel-Éric Jacquin, notant que « bien sûr, il faut demander à monter les VIFA à 25 % de l'assemblage », car « à partir de 15 % d’un cépage dans une bouteille, vous pouvez l'annoncer sur l'étiquette (à condition que vous aligniez tous les cépages). On se trouve quand même avec un outil commercial très intéressant. Parce que le chardonnay c'est bien, la syrah c'est bien, on va redonner de l'intérêt sur nos produits. »
Voulant recréer de l’intérêt pour l’AOC Bordeaux par la découverte de nouveaux cépages, le président de l’ODG veut également interpeler les consommateurs sur leur respect de la rémunération des producteurs. Michel-Éric Jacquin veut ainsi mettre en place un label équitable pour distinguer les bouteilles permettant aux vignerons de vivre. « Le mot château ne suffit plus : il faut vraiment que les consommateurs sachent que tous les vignerons ne sont pas riches et que l’on peut faire un geste en mettant quelques centimes de plus » indique le président des Bordeaux, qui envisage de recourir à un label déjà existant (comme Faire For Life ou FairTrade).
Autre piste, la clarification de la gamme des vins de Bordeaux et leur hiérarchisation. Rappelant l’échec du projet de cru d’exception de l’AOC Bordeaux (du fait de la protection de la mention traditionnelle cru), Michel-Éric Jacquin évoque la possibilité de créer un système sur 3 à 4 niveaux comme celui espagnol afin de distinguer les gammes (crianza, reserva et gran reserva). Le choix du consommateur pourrait être facilité avec la mise en place de curseurs et informations sur les goûts, qui seraient à définir en faisant intervenir des écoles de commerce via un concours indique le président d’ODG. Qui a aussi l’idée de proposer des dotations de vins à des restaurants bordelais afin de les inciter à des offres d’happy hour aux vins de Bordeaux, de 17 à 19 heures. Soit la durée de cette réunion de canton, qui n’aura pas fait disparaitre les difficultés, mais .
* : Arinarnoa, castets, marselan, touriga nacional et vidoc en rouge, alvarinho, floréal, liliorila, sauvignac et souvignier gris en blanc.




