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"Les viticulteurs se sont créé des obligations qui sont dépassées", dans les AOC, "il faut ouvrir les vannes"
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Cahiers des charges
"Les viticulteurs se sont créé des obligations qui sont dépassées", dans les AOC, "il faut ouvrir les vannes"

De plus en plus de vignerons réclament davantage de souplesse et de liberté pour leur AOC afin de s’adapter au climat et au marché.
Par Chantal Sarrazin Le 14 janvier 2026
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Diane Legagneux, propriétaire du domaine Escogriffe a du mal à comprendre l’obligation de peser ses raisins au domaine pour son crémant de Loire avant de les presser. - crédit photo : artann photo
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a consommation de vin évolue, les cahiers des charges des AOC beaucoup moins. Pour Amandine Noriega, vigneronne à la tête de la Maison du Berneuilh, 40ha en appellation Bordeaux et Entre-Deux-Mers à Porte-de-Benauge (33), le décalage est «tout simplement aberrant. Aujourd’hui, les consommateurs veulent des vins de petits degrés. Sur les salons et les foires – j’en fais beaucoup – c’est une demande récurrente». Or, elle peine à produire un bordeaux en dessous de 14° car le cahier des charges est conçu pour favoriser la maturation, imposant une hauteur importante du feuillage et une charge en bourgeons relativement faible : «Il suffirait d’autoriser davantage de grappes pour limiter la teneur en sucres.»

Pour s’affranchir des carcans de ses AOC, Amandine Noriega a basculé la moitié de sa production en vin de France il y a cinq ans. Sans regret : son 100% malbec à 11,5° figure aujourd’hui parmi ses meilleures ventes. «Les clients l’adorent pour son côté facile et peu alcoolisé», appuie-t-elle.

"Des obligations dépassées"

Philippe Carille, propriétaire des 23ha du Château Poupille, à Sainte-Colombe (Gironde), en AOC Castillon Côtes de Bordeaux, veut lui aussi plus de liberté. «Les viticulteurs se sont créé des obligations qui sont dépassées», explique-t-il. Selon lui, il faut «ouvrir les vannes». D’abord sur les cépages, en introduisant des variétés plus résistantes à la sécheresse – il cite le touriga franca – ou aux maladies cryptogamiques. Ensuite sur la densité de plantation : «En Castillon Côtes de Bordeaux, la densité minimale est fixée à 5 000 pieds/ha. Ne serait-il pas judicieux d’être à 4 000 pieds ?», devise ce vigneron qui souhaiterait aussi pouvoir produire des vins avec des sucres résiduels pour plus de rondeur.

Philippe Carille plaide pour une évolution rapide des règles : «Aujourd’hui, il faut plusieurs années pour faire évoluer les cahiers des charges, or on n’a plus le temps.» Dans six mois, il doit replanter 1,5ha. Il prévoit d’y mettre des blancs pour diversifier sa gamme. Il songe à des variétés résistantes, au chenin et au chardonnay. Ce qui est certain, c’est qu’il ne pourra pas les revendiquer dans son appellation. Il pourra assembler les cépages résistants dans une cuvée de bordeaux, et le chenin et le chardonnay dans des vins de France, un pas qu’il est prêt à franchir.

"Il faut que les choses bougent"

«Il faut que les choses bougent, affirme aussi Corinne Depeyre, propriétaire du domaine éponyme de 20ha à Tulette, dans les Côtes du Rhône. Dans l’appellation Côtes du Rhône, nous devons avoir 20% de syrah et de mourvèdre, deux cépages qui ne supportent pas les sécheresses répétées. Quant au grenache, notre cépage principal, il affiche des degrés records. Certes, de nouveaux cépages ont été intégrés au cahier des charges, mais c’est insuffisant pour nous adapter au climat et à la demande des marchés.»

Elle vient de planter 1ha de carignan pour sa résistance à la sécheresse et envisage de planter 3ha de blanc prochainement. «Je ne mettrai ni viognier ni roussanne, autorisés dans le cahier des charges, mais qui sont trop sensibles à nos conditions actuelles. Je pense plutôt au carignan blanc et au piquepoul blanc mais le premier n’est autorisé que comme variété d’intérêt à fin d’adaptation (Vifa) et le second comme cépage accessoire», annonce-t-elle. Cette vigneronne a lancé quatre cuvées de rouges légers pour l’apéritif, en vin de France, hors des règles d’assemblage du Côtes du Rhône. Grâce à ce virage, elle dit avoir décroché de nouveaux clients.

Pas question de tout libéraliser

Pour Jean Lacauste, propriétaire du Mas d’Arcaÿ, 47ha à Saint-Drézéry (34), pas question de tout libéraliser. «J’ai travaillé sur le cahier des charges de la future AOC Saint-Drézéry, raconte-t-il. Certaines ouvertures allaient trop loin : autoriser tous les modes de taille, par exemple, revenait à effacer la frontière avec les vins de France. Nous sommes donc revenus en arrière. En revanche, nous avons adopté des règles d’encépagement assez souples.»

Dans l’appellation Cahors, Juliette Baldès, en cours de reprise du vignoble familial de 80ha à Vire-sur-Lot (41), ne regrette qu’une chose : l’impossibilité de produire des cahors blancs alors que le marché en demande. «Aujourd’hui, nous avons 5ha en blanc que nous revendiquons en IGP du Lot», déclare-t-elle. Pour le reste, les règles de son appellation lui conviennent. «Nous avons peu de contraintes, confie-t-elle. Notre cahier des charges impose au minimum 70% de malbec, le cépage emblématique de notre appellation qui mûrit très bien avec le réchauffement climatique. Tous les types de taille sont autorisés, à l’exception de la taille rase mécanique. Nous pouvons laisser jusqu’à 12 bourgeons par pied, c’est déjà beaucoup ! Et la densité minimale est fixée à 4 000 pieds à l’hectare, ce qui est cohérent.»

Une obligation difficile à comprendre

À Brissac-Loire-Aubance (49), Diane Legagneux, propriétaire des 27ha du domaine Escogriffe, ne trouve rien à redire au cahier des charges de l’AOC Anjou. «Il est peu limitatif», souligne-t-elle. Certes, le gamay de Chaudenay et le côt sont interdits. Mais elle les revendique en IGP Val de Loire et leur originalité séduit les consommateurs.

En revanche, elle a plus de mal à comprendre l’obligation de peser ses raisins au domaine pour son crémant de Loire avant de les presser. «Pour l’instant, nous les pesons dans une coopérative voisine, ce qui est toléré. Une balance coûte cher pour seulement quinze jours d’utilisation dans l’année. C’est une règle qui mériterait d’être révisée car elle n’a pas de lien direct avec le terroir.»

 

L’Inao et la Cnaoc planchent sur le sujet

Lors du Grand Direct de la Cnaoc, le 25novembre dernier, l’Inao et la Cnaoc ont proposé de réformer les cahiers des charges des AOC pour répondre aux nombreuses demandes du terrain. Objectif, recentrer l’AOC sur ses points essentiels, basculer les éléments secondaires dans un document annexe, alléger les contrôles et réviser la doctrine Inao. Plusieurs ODG sont déjà engagés dans cette démarche, et un groupe de travail va être mis en place pour proposer une méthode applicable à l’ensemble des AOC viticoles françaises.

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Tous les commentaires (6)
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pg Le 16 janvier 2026 à 18:38:36
Dit autrement , avant de reprocher à l' Etat toutes ses tracasseries administratives , il serait bon de nettoyer devant notre porte. Les vignerons français sont les champions du monde des règles à respecter . Administrateur d'une petite appellation j' ai pu constater que les règles sont faites pour contraindre "les autres" à faire de meilleurs vins. Le résultat n' est pas à la hauteur des contraintes. Et on fini par se retrouver avec un boulet au pied. 7000 pieds plutôt que 5000 à l' ha n'impliquent pas que le vin soit bon. Tailler à 2 yeux francs par pouce sur un cordon plutôt que 4 , n' implique pas que le vin soit bon. Par contre , sonder en aval , pour repérer les vins non conformes, a un vrai impact . A condition que copinages et lâchetés ne soient pas au RDV . Pourquoi interdire les vignes à 3 m en IGP ? Pourquoi ne pas plafonner leur rendement plutôt que de les interdire ? Mais en fait, pourquoi en plafonner le rendement ? A chacun d' assumer sa qualité ? Jamais mes clients me demandent mon rendement . Il veulent juste que ce soit bon. Et ça l' est . Avec des vignes de 3 m qui ont entre 25 et 35 ans. A leur top qualité et rendement . Au top cout de production. Mais , quand il faudra arracher , dans des 10enes d' années : interdit les 3 m ! Retour à plus de ceps , plus de main d'œuvre introuvable, plus de charges... Continuons donc à laver plus blanc que blanc. Ne changeons rien . Et , pendant ce temps , le monde bouge.
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Edouard Le 15 janvier 2026 à 18:23:27
Et que dire de certaines AOC de Bourgogne qui s'interdisent l'utilisation de désherbants chimiques, à l'encontre du bilan carbone !
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Arnaud Immélé Le 15 janvier 2026 à 09:28:09
Reformer les règles AOP oui, notamment pour autoriser plus de cepages resistants aux maladies et sécheresse, mais il faut garder la lisibilité de l appellation, et ne pas partir dans tous les sens : une appellation n'existe que par une vision commune du vin final, et non par le cahier des charges. Les producteurs d'une appellation doivent se réunir pour définir exactement le vin typique de l appellation : alcool, sucre, Acidité, typologie aromatique, tanicite et structure. En résumé : il y a actuellement trop de règles de production désuète et pas assez de précision sur le vin final a obtenir. En d autres termes, on pense qu'en respectant un cahier des charges, on obtient automatiquement un vin typique de l appellation, ce n'est pas le cas, il faut une vision précise du vin final a obtenir, et laisser un peu plus de liberté pour les moyens d arriver à ce résultat défini pour l l'appellation.
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MG Le 15 janvier 2026 à 09:27:53
Mme Amandine à raison, une simple recherche sur les vieux JO portant sur l'AOC Bordeaux, la chaptalisation était prévu : la maturité devait pas dépasser les 11. Bien que ne faisant pas du vin rouge, j'ai le même échos de la part des clients : il y a trop de rouge qui sont trop fort en alcool de proposé à la vente.
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HV Le 15 janvier 2026 à 08:37:20
Il faut certes assouplir bon nombre de cahier des charges AOC notamment au niveau des cépages et certaines obligation. agricoles désuètes à cause du changement climatique. Mais les IGP permettent pour la plupart déjà cette souplesse réglementaire demandée. Le plus important est d'inverser rapidement la pyramide des volumes, les vins de France et IGP devraient représenter plus de volumes en rayons sur les entrées et moyen de gamme et il faut réduire drastiquement la disponibilité en volume des AOC pour récréer de la valeur en cohérence avec les restrictions des CDC.
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Albert Le 14 janvier 2026 à 21:34:22
Si effectivement "il faut ouvrir les vannes", la réponse est toute simple : vigneronnes, vignerons, exprimez votre talent à travers des cuvées VDF ! ..
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