l’occasion d’une journée technique dédiée à l’hydrologie régénérative dans les Corbières, la directrice régionale de l’Institut National de l'Origine et de la Qualité (INAO) en Occitanie, Catherine Richer, a tenu à rappeler les dispositifs pour faire évoluer les cahier des charges d‘appellations, en particulier sous la pression de l’évolution du climat. « Il y a énormément de demandes de modifications de cahier des charges à l’échelle nationale », pose-t-elle pour souligner que les syndicats d’appellation sont très actifs sur ce sujet.
En parallèle, elle rappelle « le dispositif d’adaptation temporaire du cahier des charges, une procédure hyper accélérée, ne demandant que quelques semaines pour être obtenues, et malheureusement utilisée autant que nécessaire à chaque fois qu'il y a un sinistre climatique, un aléa qui font que les règles de production du cahier des charges ne vont pas pouvoir être collectivement remplies », ajoute-t-elle. Le sinistre incendie de l'été 2025 est un triste exemple de ce dispositif « qui a entraîné cette adaptation temporaire pour les appellations Corbières, Languedoc ou Fitou ».
Mais c’est la voie des dispositifs d’évaluation de l’innovation (DEI), instaurée par l’Inao depuis 2019, que tient à rappeler Catherine Richer aux nombreux vignerons présents dans l’auditoire. « Cette voie concerne des innovations qui ont déjà fait l’objet d’expérimentations, à conclusions positives, mais avec encore des points d’interrogation, nécessitant des résultats à l’échelle du terrain », rappelle-t-elle, soulignant surtout l’intérêt de ce dispositif de maintenir le statut d’appellation pour les innovations testées, en particulier les cépages. « 10 cépages peuvent être testés simultanément par couleur et par AOC, avec une limitation des quantités à 10 % d’assemblage et 5 % des surfaces », pose Catherine Richer.
A ses côtés, la directrice du syndicat d’appellation Languedoc Stéphanie Delorme pointe néanmoins les limites de ces DEI, pas assez accompagnés financièrement pour que les vignerons se l’accaparent pleinement. Dès 2019, l’AOP Languedoc a ainsi lancé des essais de cépages dans le cadre Vifa (Variétés d’Intérêt à Fin d’Adaptation), « sur des cépages patrimoniaux, marselan, carignan blanc ou gris, terret, ou étrangers, agiorgitiko, assyrtiko, montepulciano », déroule Stéphanie Delorme. « Il y a une première grande difficulté pour démarcher et convaincre les vignerons, même s’il y a toujours des leaders-précurseurs déjà convaincus. Mais ces DEI ne sont pas intégrés au plan de restructuration collectif, donc c’est sur leurs propres deniers que les vignerons s’engagent là -dessus », pointe-t-elle.
Résultat, « seulement 23 conventions signées pour 12 ha sur l'ensemble de l’appellation depuis 2019, ce n'est pas vraiment une réussite. Pourtant, sur ce peu de parcelles pilotes, nous avons déjà des observations probantes après cinq ans, qui ont permis aux vignerons de surgreffer quand les caractéristiques végétatives ne correspondaient pas aux contraintes de la zone géographique choisie ». La directrice de l’AOP Languedoc énonce la même difficulté à trouver des vignerons « sur des projets d’innovation pour l’appellation touchant à la densité, la taille, ou la diversité des cépages avec de nouveaux Vifa, car nous avons un taux de réponse entre 5 et 8 % ». Or ces expérimentations innovantes sont un enjeu de premier plan pour les collectifs vignerons de chaque appellation, Stéphanie Delorme en appelle donc autant à la mobilisation de ceux-ci qu’à un accompagnement financier des DEI pour encourager leur utilisation.




