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7 000 € d’amende pour les injures sexistes visant la caviste Sandrine Goeyvaerts
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En direct de Paris
7 000 € d’amende pour les injures sexistes visant la caviste Sandrine Goeyvaerts

Le blogueur Vincent Pousson est condamné par le tribunal parisien pour une publication Facebook jugée insultante. Un verdict que Sandrine Goeyvaerts souhaite partager avec les femmes du vin, y voyant un symbole de la reconnaissance de la parole des victimes de violences sexistes et sexuelles.
Par Alexandre Abellan Le 25 janvier 2023
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7 000 € d’amende pour les injures sexistes visant la caviste Sandrine Goeyvaerts
« Je ne suis pas la seule à subir [le sexisme] dans le monde du vin, qui est la sphère professionnelle que j’occupe » alerte Sandrine Goeyvaerts : « tout ce que je réclame, c’est de pouvoir prendre la parole sans insultes et en étant respectée comme femme du vin ». - crédit photo : Alexandre Abellan (tribunal judiciaire de Paris)
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arquant et poursuivant la caviste et journaliste Sandrine Goeyvaerts, la publication sur Facebook du blogueur Vincent Pousson la traitant de « mégère belge me donne publiquement des leçons d’élégance, d’amour des femmes, de jeunisme [et] la poissarde n’a rien trouvé de mieux que d’instruire un graisseux procès stalino-mélenchoniste pour sexisme » est qualifiée d’injure publique à caractère sexiste par la dix-septième Chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris dans son jugement paru ce 25 janvier. Vincent Pousson est condamné à une amende de 1 000 euros avec sursis par la chambre de la presse, qui ajoute 4 000 € de dommages et intérêts pour Sandrine Goeyvaerts et 2 000 € pour ses frais de procédures. Sur Twitter, Sandrine Goeyvaerts vient de partager le verdict : « je crois que vous n’imaginez pas une seconde l’état dans lequel je me trouve en ce moment. […] Je me sens comprise, et confortée dans ma démarche judiciaire et mes convictions : j’ai eu raison de ne pas lâcher, de ne pas céder à l’intimidation et d’oser porter plainte. »

« Ça légitime l’action. C’est bien que le milieu du vin se rende compte que l’on ne peut plus tout dire et tout faire » valide son avocat, Éric Morain, dont il s’agissait de la dernière plaidoirie devant la chambre de la presse. Sur son fil Twitter, Sandrine Goeyvaerts précise qu’« il ne s’agit pas juste de condamner pour une infraction à la loi, mais aussi de reconnaitre ce que cette infraction à la loi a eu comme conséquences sur une personne, une victime désormais reconnue, moi en l’occurrence. » Et d’ajouter : « pour tous les autres petits messieurs du vin qui insultent, harcèlent ou humilient sur internet, pour toutes les femmes qui subissent en retour, modifient leur façon de s’exprimer, prennent moins de place jusqu’à s’effacer et quitter les réseaux sociaux. À tous les autres, du vin ou non, j'espère envoyer un message fort et clair : on est là avec nos convictions et on compte bien continuer à y rester. »

Défendant Vincent Pousson (qui n’a pas donné suite aux sollicitations de Vitisphere à date), maître Hélène Simon-Grassa plaide pour une autre vision de son client. Lors de l’audience, le jeudi 24 novembre dernier, elle disait que « Vincent Pousson s’insurge contre toute forme d’extrémisme » et se trouve « stigmatisé en vieux mâle blanc sexiste ». La plainte portant sur les mots de « mégère » et de « poissarde », l’avocate toulousaine en revient à l’étymologie de mégère (divinité antique poursuivant les criminels) et de poissarde (liée à la vulgarité du peuple) pour disqualifier la qualification de sexisme (et parler de caractère).

Les propos de Vincent Pousson datent de fin 2020, alors que de virulents échanges animaient les réseaux sociaux du mondovino à propos de la caricature du numéro 21 du trimestriel En Magnum (représentant une agente commerciale qui aguichait un caviste : « à la commande d’une palette j’enlève le haut, et à la commande d’un container… »). Relançant dans la filière vin le sujet des Violences Sexistes et Sexuelles (VSS), cette affaire a inspiré à Sandrine Goeyvaerts un article "Cyberharcèlement, insultes: le monde du vin n'est pas épargné" publié sur le site de la Radio Télévision Belge de la communauté Française (RTBF), où la chroniqueuse cite le billet "Vins à forte poitrine" du blog de Vincent Pousson. Sandrine Goeyvaerts écrit que « certains hommes se permettent encore d’écrire de tels articles, reflétant leur vision de la femme : il ne peut exister que deux types de femmes, vendeuse d’amours tarifées ou canons décérébrées. "Des putes blondes, il y en a des centaines dans le Mondovino", écrit en toute décontraction ce même blogueur. » En réponse, Vincent Pousson poste le 19 décembre sur son compte Facebook* une photo de Sandrine Goeyvaerts en maillot de bain en déclarant pour dénoncer « ces pauvres gens qui ne tolèrent aucune autre ‘pensée’ que la leur, ne représentent qu’une micro-secte, pour autant leur pouvoir de nuisance est réel ».

Ayant lancé en 2012 son blog, la Pinardothèque (désormais inactif), et créé l’association Women Do Wine en 2017** (« je suis une militante féministe »), Sandrine Goeyvaerts explique lors de l’audience être « habituée » à recevoir de nombreux commentaires offensants dès qu’elle prend « position pour les femmes ». Mais depuis la fin 2020, « on me cantonne à cette affaire. J’aimerai pouvoir parler de mon métier avant de parler de ses insultes » témoigne avec émotion la caviste belge. Dans ce dossier, la sommelière explique avoir porté plainte car les messages reçus n’étaient pas postés par une « meute de trolls anonymes », mais par des personnalités de la filière vin : « j’essaie de faire évoluer le monde du vin, qui est à l’image de la plupart de la société », ajoutant « ce n’est pas l’effet d’une personne, mais un système installé. Il y a intérêt à mieux le faire connaître pour lutter contre. »

 

* : Encore en ligne, ce post déclare « j’apprends incidemment qu’une mégère belge me donne publiquement des leçons d’élégance, d’amour des femmes, de jeunisme, éventuellement de vin (mais il me semble que ce dernier sujet la passionne moins depuis qu’elle repompe des dossiers de Presse pour causer roteuses dans ‘Elle’). Entre une blague tendance coussin-péteur, des abondants ‘selfies Woman Secret’ au bord de la piscine gonflable (ci-dessous) ou ‘fashionista’ dans la souillarde et la récurrente injonction à “brûler des mecs”, la poissarde n’a rien trouvé de mieux que d’instruire un graisseux procès stalino-mélenchoniste pour sexisme. Élément à charge dans mon (mauvais) dossier, la chronique qui justement interrogeait certaines pratiques douteuses du Mondovino vis-à-vis de la Femme. Eh oui, les blaireaux, ça ne lit que les titres… "Ne réponds pas" m’ont conseillé des dizaines d’amies, d’amis. "On n’a pas le droit" de répondre à leurs insultes, sinon ils hurlent à la victimisation. Du point de vue de la com’, ils avaient sûrement raison. Ces pauvres gens qui ne tolèrent aucune autre ‘pensée’ que la leur, ne représentent qu’une micro-secte, pour autant leur pouvoir de nuisance est réel. Mais jusqu’à quand va-t-on se taire face à ces extrémistes, à ces fascistes rouges, ces ‘jiléjône’ pinardiers ? Face à cette descente aux enfers de l’humanité ? Faut-il attendre qu’il soit trop tard ? Cette mise au point étant effectuée, retournons vite à nos chères bouteilles, elles valent mille fois mieux que ces encombrants épiphénomènes. »

 

 

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