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Tout sur les nouvelles règles de la certification HVE
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Remise à plat
Tout sur les nouvelles règles de la certification HVE

Pour répondre aux critiques, la certification Haute Valeur Environnementale s’est offert un grand toilettage qui s’achève par un tour de vis. Tour d’horizon des principaux changements et des impacts redoutés par les exploitations.
Par Bérengère Lafeuille Le 09 janvier 2023
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Tout sur les nouvelles règles de la certification HVE
Auparavant, l’indicateur Biodiversité était validé d’emblée par les exploitations riches en haies et éléments paysagers. Désormais, détenir beaucoup d’infrastructures agroécologiques (IAE) ne suffit plus. - crédit photo : Gutner
A

près une décennie sans évolution notable, le certification HVE vient d’être remise à plat. Validé fin novembre, le nouveau référentiel est entré en vigueur le premier janvier 2023. Il ne conserve que la voie A, dont trois indicateurs sur quatre sont largement amendés.

 

Les haies ne suffisent plus

Auparavant, l’indicateur Biodiversité était validé d’emblée par les exploitations riches en haies et éléments paysagers. Désormais, détenir beaucoup d’infrastructures agroécologiques (IAE) ne suffit plus. Leurs coefficients sont revus à la baisse. Ainsi, la valeur d’une haie est divisée par cinq. Et la note maximale pour le « poids » des IAE passe de dix à sept points. Ce score peut être complété de diverses manières : en accueillant au moins trois ruches, en réalisant un comptage de vers de terre ou une analyse de sol. Les parcelles de moins de 6 ha rapportent aussi des points, de même que la diversité des IAE.

Tous les conseillers viticoles interrogés sont confiants dans la capacité d’une majorité d’exploitants à valider l’indicateur Biodiversité, mais au prix d’un travail administratif fastidieux. « Il faudra passer du temps à mesurer la taille des parcelles, inventorier les fossés, les bosquets… », énumère Marine Pithon, référente HVE pour les chambres d’agriculture d’Occitanie. À la chambre d’agriculture du vignoble champenois, Thomas Mineur anticipe la colère des viticulteurs qui « ont planté des haies, parfois en arrachant quelques rangs de vigne, et découvrent que cela ne vaut plus rien. Cela n’incitera plus à planter de haies malgré leur intérêt environnemental ».

 

D'énormes disparités pour les IFT de référence selon les régions

Côté phytosanitaires, l’usage de produits CMR1 devient strictement rédhibitoire. Les CMR2 restent tolérés, mais leur non-utilisation rapporte des points. Si un produit CMR2 passe CMR1 en cours de campagne, il faudra l’appliquer avant.

Les choses se corsent surtout pour les Indices de Fréquence de Traitement (IFT). Les références sont désormais calculées par bassin viticole, avec d’énormes disparités. Dans le Beaujolais, le Gard et la Bourgogne, les nouveaux IFT semblent cohérents avec les pratiques. Pas dans le Bordelais, où la marche s'élève fortement pour l’IFT herbicide (IFTh). Le plafond au-delà duquel la note est zéro passe de 1,46 à 0,6. « Cela semble peu représentatif, critique Yann Montmartin, à la chambre d’agriculture de Gironde. Sur les 300 exploitations que nous suivons en HVE, dont 20 % qui ne désherbent pas, nous avons calculé un IFTh moyen de 1,05 ! »

La pilule est d’autant plus difficile à avaler que les voisins du Lot-et-Garonne, eux, ont un IFTh plafond de 1,45. « Il sera difficile d’obtenir des points sur les IFT, mais d’autres items peuvent compenser comme le non-usage de CMR2, l’emploi d’outils d’aide à la décision, la détention de surfaces non traitées… », reprend Yann Montmartin.

En Champagne, la note maximale de 5 points ne sera plus attribuée pour un IFTh de 0,88 mais de 0,26. « L’IFT, qui était un indicateur de progrès intéressant, sera délaissé par les viticulteurs, qui chercheront des points ailleurs », prédit Thomas Mineur.

Enfin, l’enherbement n’est désormais valorisé que s’il couvre plus de 50 % de la superficie agricole utilisée (SAU), contre 25 % auparavant. Tant pis pour ceux qui enherbent un rang sur trois.

 

C'est sur la fertilisation que le bât blesse le plus

Mais c’est sur la fertilisation que le bât blesse le plus. Jusque-là, la note de 10 était atteinte pour un bilan apparent inférieur à 60 kg d’azote par hectare. Désormais, aucun point n’est accordé au-delà de 50 kg N/ha et il faut moins de 20 kg N/ha pour obtenir le score maximum, lequel est ramené à 8 contre 10 auparavant. Ainsi, les exploitations au bilan le plus faible ont encore deux points à trouver pour arriver à 10.

« Ceux qui ne passent pas sous les 40 kg N/ha auront du mal à aller chercher les points manquants, analyse Anne Sandre, de la chambre d’agriculture du Gard. Or, ce seuil est difficile à atteindre en vins de France et dans certaines IGP où il faut faire du rendement pour s’en sortir. » Certes, il s’agit de la différence entre les entrées et sorties d’azote et non de l’apport total d’azote autorisé. Mais, dans le même temps, les valeurs théoriques d’azote exportées par les baies ont été divisées par cinq, dégradant aussi l’autre côté du bilan.

« La fertilisation sera le souci numéro un en Champagne », prédit Thomas Mineur, estimant qu’avec leurs pratiques actuelles 40 % des exploitants qu’il suit en certification collective sortent des clous. « Le vrai problème, c'est que l’on ramène sur le même plan les apports minéraux et organiques, en raisonnant en azote total et non en azote efficace », ajoute-t-il.

Dans l’ancien référentiel, les apports organiques étaient déjà comptabilisés, mais il était courant de n’intégrer au calcul que la part d’azote assimilable. Le nouveau plan de contrôle pose clairement l’obligation de raisonner en azote total, précisant que « ne doit pas être pris en compte la minéralisation plus ou moins longue des engrais organiques ».

Un nouvel item attribue toutefois jusqu’à 4 points aux exploitants privilégiant les apports organiques. « Néanmoins, pour la majorité des viticulteurs apportant entre 30 et 40 kg N/ha, il manquera encore un point », calcule Thomas Gouroux, conseiller à la chambre d’agriculture de Côte-d’Or. Même s’il y a des moyens d’en récupérer en utilisant des outils d’aide à la décision, en semant des couverts végétaux ou en laissant des surfaces non fertilisées, l’expert dénonce une aberration : « Les amendements organiques et composts sont très stables et libèrent de faibles quantités d’azote sur un temps long. La fertilité des sols est un enjeu contre le dépérissement du vignoble. Ce nouveau référentiel n’encourage pas les choix agronomiques pour le long terme. »

Il faudra encore plus d'accompagnement

« Le travail fait avec les futurs entrants est caduc, et certains viticulteurs certifiés après de gros efforts doivent repartir de zéro, regrette aussi Marine Pithon. La plupart seront dans les clous, mais il faudra encore plus d’accompagnement technique et administratif. » Reste à savoir s’ils y trouveront encore leur compte. Inès Bertrand, technicienne à la coopérative beaujolaise Agamy, voit deux intérêts autres que commerciaux : « La HVE dispense de souscrire à un conseil stratégique phytosanitaire, qui reviendrait plus cher, et permet d’accéder au nouvel écorégime de la Pac. »

 

Plus long, plus cher

Le nouveau plan de contrôle oblige à passer en revue tous les items, même lorsqu’un indicateur est validé. Or, les items sont plus nombreux et les calculs parfois complexes. Et en certification collective, les audits sur place deviennent obligatoires tous les ans pour toutes les exploitations, alors qu’il était possible de se contenter de contrôles documentaires entre deux audits sur site. « Le temps passé étant plus long, les coûts facturés seront plus élevés », préviennent les chambres d’agriculture.

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Tous les commentaires (2)
VignerondeRions Le 11 janvier 2023 à 19:21:39
Les IFT à l'hectare ne veulent rien dire. On ne produit pas des HA mais des HL ou des quintaux. Donc en dehors d'aléas climatique le vrai progrès c'est de voir ce qui est utilisé pour produire un litre. On va vite s'apercevoir que la vérité n'est pas aussi simple que certains veulent nous le faire croire. In finé l'IFT peut être bonne mais si la récolte est nulle, ça ne sert à rien. J'ai quitté l'industrie pour l'agriculture, car j'avais envie de produire de l'utile, pas de produire des indicateurs mortifères. En 30 ans les Ayatollahs qui ont ruiné l'industrie française ont réussi à prendre pieds dans l'agriculture , ne doutons pas qu'ils obtiennent les mêmes résultats.
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Benji Le 10 janvier 2023 à 10:13:32
Le lobby bobo écolo français progresse dans sa décroissance emmenant ainsi les productions françaises et nos savoirs faire au déclin permanent! Le Hve ne convenait pas à leurs objectifs anti productifs ils ont réussi à le décrédibiliser pour essayer de l?achever! Combien de temps l?agriculture et la viticulture française vont subir les contraintes administratives et écologiques dictées par des lobbys improductifs déphasées réalités ,voilà la question! Malheureusement en 2023 toujours aucun vrai journaliste n?enquête sur ces destructeurs de nos productions française sous prétexte idéologique ecolo
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