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Pas de panique, mais des solutions viticoles au changement climatique
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Stratégies d'adaptation
Pas de panique, mais des solutions viticoles au changement climatique

Lancé par la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher en 2018 avec l’IFV, l’université de Tours, le Vinopôle Centre Val de Loire, Météo France et CER France, le programme Climenvi a pour but d’aider les chefs d’entreprises viticoles à intégrer le changement climatique dans leurs stratégies. De multiples leviers d’adaptation existent, et les vignerons s’adaptent.
Par Ingrid Proust Le 22 novembre 2022
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Pas de panique, mais des solutions viticoles au changement climatique
Le programme Climenvi a réuni pendant quatre ans des chercheurs, universitaires et techniciens pour aider les vignerons à s’adapter au changement climatique. - crédit photo : Ingrid Proust
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 Face aux projections climatiques, nous n’avons pas attendu pour agir. Le changement du climat nous pose des problèmes, on s’adapte. Avec la fréquence des gels, nous avons acquis une éolienne, elle a été rentabilisée dès la première année, en 2021. Lors des canicules, nous travaillons tôt le matin pour finir à midi, on vendange de nuit, on a mis en place des couverts végétaux et on travaille les sols sous les souches. Cette année, malgré la sécheresse et nos terroirs plutôt secs, nous avons eu de beaux raisins ». Benoît Cadart est vigneron à Meusnes. Son exploitation familiale a été l’un des sites pilotes du programme Climenvi, qui a vu chercheurs et techniciens travailler sur des indicateurs agroclimatiques et des projections sur l’évolution du climat pour aider les chefs d’entreprises viticoles à s’adapter.

Près de Chinon, l’exploitation de Fabien Demois a été également un site pilote Climenvi. « Face aux sécheresses, j’ai supprimé l’effeuillage, et j’applique de l’argile sur mes vignes pour les protéger des coups de soleil. Les feuilles sont bronzées, plus épaisses, et la vigne perd moins d’eau ».  Vigneron dans le Loir-et-Cher et élu à la chambre d’agriculture, Jean-Christophe Mandard a lui aussi abandonné l’effeuillage. « Et face aux gels, j’ai choisi la taille en deux temps, elle m’a permis de sauver une bonne partie de ma récolte en 2021. Mais à l’avenir, selon la disponibilité de l’eau dans les sols, peut-être faudra-t-on réduire la densité de ceps à l’hectare, changer l’orientation des rangs par rapport au soleil ? »

Les vignerons ne paniquent pas

Pour Isabelle La Jeunesse, géographe à l’université de Tours et partie prenante de Climenvi, « les vignerons ont du mal à se projeter comme tout le monde, dans cet environnement qui change, mais ils ne paniquent pas ». S’il est vecteur de risques décuplés, le changement climatique a aussi des effets bénéfiques. « Sans lui, aurait-on la même qualité de vins aujourd’hui ? », remarque Jean-Christophe Mandard.

Pas de problème aujourd’hui en effet pour atteindre des maturités optimales. « A Meusnes, dans les 30 ans à venir, le climat sera celui de Bordeaux entre 1976 et 2005. Dans le Sancerrois, il se rapprochera de celui des Côtes du Rhône », annonce Christophe Beaujouan, conseiller environnement à la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher. Mais après ? « Vos exploitations viticoles descendent vers le sud en terme de climat, et le contexte hydrique sera encore plus tendu. L’agriculture et la viticulture pourront-elles se maintenir partout sur la deuxième moitié du XXIème siècle ? », lâche Frédéric Levrault, expert Agriculture et changement climatique aux Chambres d’agriculture.

Et quid de ces vins du futur ?  « Nos vins de Loire doivent rester frais et élégants, ils ne doivent pas devenir des ersatz des vins des Côtes du Rhône ou d’Espagne », déclare Olivier Brault, vigneron en Anjou et président de la commission technique d’InterLoire.

« Faut-il tester d’autres cépages ? Mais cela impliquerait de changer de voie sur les AOC et sur tout ce que l’on nous a transmis », observe Benoît Cadart.

Face à toutes ces interrogations, les chercheurs et techniciens de Climenvi ont listé des batteries de solutions possibles, à la vigne (diminuer le rapport feuille-fruit, augmenter la hauteur du tronc par exemple), en œnologie (levures  à faible rendement alcoolique, acidifiantes, inertage…), en ressources humaines (annualisation des ouvriers etc.), avec pour chacune l’impact financier et sur les gaz à effet de serre.

Transfert

Co-financé par l’Union européenne et la région Centre Val de Loire, Climenvi  doit à présent passer pleinement en mode « transfert » auprès des vigneronnes et vignerons… Des formations, des interventions dans les lycées viticoles sont prévues, avec l’espoir aussi de lancer une application.

 

 

 

 

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