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La diversité génétique du chenin décortiquée… et préservée
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Cépage emblématique
La diversité génétique du chenin décortiquée… et préservée

L’Inrae de Montpellier a présenté ses travaux sur l’analyse génétique des clones du chenin blanc à l’occasion du deuxième congrès international consacré à ce cépage. Une diversité ampélographique conservée en Loire.
Par Patrick Touchais Le 22 novembre 2022
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La diversité génétique du chenin décortiquée… et préservée
Patrice This (Inrae Montpellier) et Virginie Grondain (photo, IFV Val de Loire) ont fait le voyage jusqu’en Afrique du Sud pour montrer notamment les liens entre chenins français et sud-africains. - crédit photo : Patrick Touchais
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our qualifier le champ des possibles et la variété de la production du chenin blanc, l’adjectif “complexe” est souvent utilisé. Mais le cépage est tout autant complexe quand on plonge dans les entrailles du végétal. Au cœur de l’ADN. C’est ce travail que mène l’équipe de Patrice This (UMR AGAP Institut, Inrae Montpellier) en collaboration avec l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), Agro Montpellier et l’université de Stellenbosch (Afrique du Sud). Et c’est sur les terres de cette dernière que le chercheur a présenté ses travaux, lors du deuxième congrès international du chenin qui s’est tenu début novembre.

« Il s’agit d’analyser la diversité des clones de chenin via le génome, ce qui permettra de faciliter la sélection clonale », a indiqué le chercheur en précisant que d’autres études sont en cours sur le merlot, le pinot… Le deuxième objectif est de développer une méthodologie d’identification clonale avec l’IFV. « Aujourd’hui, on sait identifier un cépage, pas le clone », précise Patrice This. Il s’agit donc d’explorer le génome pour identifier les différences entre les clones, afin de développer une méthodologie d’identification moléculaire et de savoir si les clones de chenin français présentent les mêmes caractéristiques que ceux d’Afrique du Sud.

Le travail d’extraction de l’ADN – siège de l’information génétique - s’opère à partir des feuilles. L’ADN est ensuite séquencé, afin d’obtenir un génome de référence de qualité. Ensuite, cette référence servira de point de comparaison des séquences des 26 clones analysés. À noter que le génome de référence du clone 220 de chenin est achevé.

Mutations génétiques

Un autre travail est d’analyser les mutations génétiques qui sont apparues naturellement au cours des cycles de bouturage/greffage chez les clones. Il peut s’agir soit de modifications simples d’une base de la séquence qui a muté, soit de modifications plus importantes, comme l’inversion, la suppression ou l’insertion de certaines parties de la séquence. L’étude porte aussi sur l’identification des éléments mobiles présents dans le génome. « Un long travail à poursuivre », a conclu le chercheur.

Cette diversité du cépage chenin représente un patrimoine vieux d’une histoire de plusieurs siècles. Rabelais l’évoquait déjà au XVIème siècle. Un bien préservé dans un conservatoire dédié à Montreuil-Bellay en Maine-et-Loire, piloté par l’IFV Val de Loire. « On dénombre aujourd’hui 230 accessions de l’ancien conservatoire Inrae et de 12 accessions du conservatoire d’Aveyron », a indiqué Virginie Grondain en charge de cette parcelle qui évolue en permanence.

450 individus plantés dans le conservatoire

« Nous avons prospecté en Val de Loire sur des vieilles parcelles, ce qui nous a permis d’identifier 199 individus indemnes des viroses principales de la vigne. Puis, nous sommes venus en Afrique du Sud en 2019 pour faire des prélèvements. Nous avons sélectionné près de 100 souches, mais pour ramener les prélèvements, il fallait s’assurer qu’ils soient indemnes de virose. Finalement, après analyse, 20 ont été ramenés en France et après trois années de quarantaine, 13 sont désormais sorties de quarantaine, les 7 autres seront libérées en 2023 si aucune maladie de quarantaine n’est détectée ce qui portera à plus de 450 le nombre d’individus plantés dans le conservatoire. Le greffage a été effectué cette année et les plants seront prochainement en terre », a rapporté la technicienne de l’IFV lors de ce même congrès.

Et le travail continue : deux phénotypes ont été isolés en Isère et un autre sur l’île d’Oléron. Cette parcelle ressource est ouverte aux vignerons qui souhaitent se fournir en sélection massale dite de “biodiversité”. Le projet désormais est de copier à l’identique ce conservatoire à quelques kilomètres à l’est, à Vouvray, pour parer un éventuel problème sur celui de Montreuil-Bellay (incendie…). Et protéger ainsi ce patrimoine.

 

 

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