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Semer les couverts végétaux par drone, c’est pas gagné
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Couverts végétaux
Semer les couverts végétaux par drone, c’est pas gagné

Avec des drones de nouvelles possibilités s'ouvrent pour semer de couverts végétaux. Trois essais récents montrent les atouts, mais aussi les limites de cet outil.
Par Frédérique Ehrhard Le 21 novembre 2022
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 Semer les couverts végétaux par drone, c’est pas gagné
Essai de semis par drone organisé par Coopazur au Puget-Ville dans le Var le 4 octobre 2022 avec le prestataire Henri Jouffroy. copyright Coopazur. - crédit photo : Coopazur
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 L'atout du semis par drone est sa rapidité, qui permet de profiter à plein des fenêtres météo favorables. En une heure, on peut implanter un couvert sur 5 à 6 ha », assure Stéphane Ballas, d'Ovalie Innovation, une filiale des coopératives Maïsadour et Vivadour basée à Haut-Mauco, dans les Landes.

10 kg de semences dispersées en 10 minutes

Avec un partenaire, Ovalie Innovation a mis au point un drone à usage agricole. Guidé par GPS, cet engin embarque un petit épandeur rotatif et 10 kg de semences. Après décollage, il suit un plan de vol programmé sous la surveillance d'un pilote. « A l'automne 2017, nous l'avons testé chez un adhérent du Gers sur une parcelle d'un hectare, avec de bons résultats », note-t-il. Le vigneron a travaillé le sol avant le semis. En dix minutes, le drone a dispersé ses 10 kg de semence. « Nous avons opté pour des trèfles car ses graines ne nécessitent pas d'être enfouies », précise-t-il.

Semé quelques jours avant la pluie, ce couvert a bien levé. « Le feuillage des vignes, encore présent, a limité la quantité de graines tombées dans le rang. Par contre, tous les inter-rangs étaient semés car le drone épand sur une largeur de 12 mètres. Cela ne convient pas aux vignerons de la région, qui enherbent le plus souvent seulement un rang sur deux. Nous avons donc développé l'usage de ce drone sur maïs ».

Une bonne levée

En 2021, le groupe Perret a mené à son tour un essai au château Beauchêne, à Piolenc dans le Vaucluse. Dans une parcelle de mourvèdre, il a semé deux rangs avec un drone et deux autres avec un semoir combiné à une herse rotative. Dans les deux cas, il a semé 60 kg/ha d’un mélange d’avoine, de seigle, de vesce et de trèfle incarnat. « Nous avons adapté une goulotte sur l'épandeur embarqué par le drone afin de localiser les graines dans les inter-rangs », explique Kevin Margaron, qui a suivi cet essai.

Le semis classique a été réalisé le 12 octobre sur un sol griffonné après les vendanges. La herse rotative en combiné a enfoui les graines. Par drone, le couvert a été semé le 22 octobre sur un sol griffonné la veille puis a rapidement levé. « Nous avons été surpris de ce résultat ! Nous n'avions pas rappuyé le semis avec un rouleau. Mais quelques pluies tombées les jours suivants ont assuré une bonne levée des quatre espèces », relève Amandine Martheresse, qui a également suivi cet essai.

Au printemps 2022, le couvert a été détruit. « Il y avait moins de biomasse avec le drone qu'avec le semoir combiné, ce qui a réduit l'apport de matière organique », observe Kevin Margaron. De ce fait, le groupe n'envisage pas de poursuivre les essais en plaine. En coteau, par contre, le drone pourrait avoir un intérêt dans les parcelles escarpées où il est difficile d'utiliser un semoir classique.

Une solution complémentaire

Dernier essai en date, celui réalisé cet automne par Coopazur dans le Var. Cette coopérative cherche à répondre à la forte demande de ses adhérents. « Nous louons deux semoirs aux vignerons qui nous achètent des semences pour leurs couverts. Ce n'est pas suffisant car après les vendanges, la période favorable aux semis ne dure que quelques semaines, et l'arrivée des pluies vient souvent perturber le planning. Le drone pourrait apporter une solution complémentaire », explique Philippe Vaginay, de Coop Azur.

L'essai a été réalisé le 4 octobre chez un vigneron sur deux parcelles de grenache de 0,5 ha chacune. « Nous avons dû reporter le semis d'une semaine car la précédente, il y avait des rafales de vent à 50 ou 60 km/h. Or pour que le drone puisse voler et que les graines soient bien réparties, le vent ne doit pas souffler à plus de 15 ou 20 km/h », précise-t-il. Le coût de la prestation est de 50 €/ha. « Cela revient un peu plus cher qu'avec un semoir classique », assure-t-il.

Patienter avant de tirer des conclusions

Le vigneron a travaillé le sol avant le semis. L’épandeur rotatif embarqué par le drone a dispersé 20 kg/ha de graines, à 85 % du trèfle souterrain, sur le rang et l'inter-rang. « En volant à 4 m de hauteur, il a couvert une bande de 10 m de large », précise Philippe Vaginay. Malgré des pluies tombées le week-end suivant, la levée a été très lente. « Il faut patienter avant de tirer des conclusions. Dans un domaine voisin, ce même mélange de trèfles implanté avec un semoir classique ne s'est vraiment développé que l'année suivante », note-t-il. De son côté, le vigneron (voir encadré) se dit prêt à réessayer l'an prochain ce mode de semis en plein.

 

« Le semis en plein m'intéresse »

Didier Puget, vigneron coopérateur sur 18,5 ha à Puget-Ville (Var) a testé le semis en plein par drone avec Coop Azur. « J'ai saisi l'occasion. Depuis sept ans, je laisse pousser un enherbement naturel dans l'inter-rang. Jusqu'à présent, je désherbais chimiquement le rang. Pour supprimer cette intervention sans avoir à désherber mécaniquement, je veux implanter un couvert de trèfle souterrain sur toute la surface. Sa levée a été très lente, je n'ai observé les premiers trèfles que début novembre, alors que le froid arrivait. Il aurait sans doute fallu semer plus tôt. J'attends de voir ce qui va pousser au printemps, et si c'est nécessaire, je suis prêt à faire un nouveau semis par drone. Si le couvert pousse bien, il restera à trouver un outil adapté pour tondre sous les ceps. Les constructeurs ont bien travaillé sur les interceps de travail du sol, mais pas assez ceux pour gérer l'herbe ! ».

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Tous les commentaires (1)
Benoit Ab-der-Halden Le 21 novembre 2022 à 18:26:55
Au service des agriculteurs en recherche de solutions drones (inspection, semis, pulvérisation, épandage...).
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