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En l’absence de salons dédiés aux vins, la prospection en Chine devient très compliquée
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Chine
En l’absence de salons dédiés aux vins, la prospection en Chine devient très compliquée

Le plus grand salon des vins et spiritueux en Chine n’aurait pas répondu aux attentes des professionnels à la mi-novembre. Après une année d’annulations et de reports de salons, comment les exportateurs peuvent-ils continuer à aborder ce marché ?
Par Sharon Nagel Le 21 novembre 2022
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En l’absence de salons dédiés aux vins, la prospection en Chine devient très compliquée
« Il y a des alternatives aux salons en Chine, mais dans un format collectif c’est très compliqué », estime Adrien Calatayud de Business France - crédit photo : Agence Adocc
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algré le report sine die de ProWine Shanghai, qui devait se tenir du 20 au 22 novembre, les visiteurs ne se sont pas rabattus sur la China Food & Drinks Fair à Chengdu. Réputé être le baromètre de l'industrie agroalimentaire chinoise, le salon accueille chaque année quelque 3 000 exposants sur plus de 100 000 mètres carrés. Cette année, après avoir été reporté plusieurs fois, son visitorat est en berne. « Officiellement, le nombre de visiteurs avoisinait les 200 000 », explique Adrien Calatayud, chef de service pavillons France AGROTECH auprès de Business France. L’agence avait été contrainte d’annuler son événement OFF, organisé en marge du salon, devant l’impossibilité pour les participants français de se rendre sur place et une volonté de ne pas disperser ses efforts. Mais Adrien Calatayud relativise la baisse de fréquentation du salon : « Cela semble un peu prématuré de préjuger de la qualité du salon uniquement sur la base du nombre de visiteurs ».

L’attrait des autres marchés asiatiques

Néanmoins, les annulations et reports à répétition de ce type d’événement en Chine devient un véritable casse-tête pour les exportateurs. « Les salons en Chine restent un axe majeur des courants d’affaires qui se concrétisent, même si on sait que le relationnel est également important et que ce n’est pas uniquement sur un salon qu’on peut faire des affaires, mais en revenant régulièrement dans le pays ». C’est bien là que le bât blesse. L’impossibilité de se rendre sur place rend la prospection extrêmement compliquée. « Si une entreprise n’a pas de représentant local, ce sera en effet très difficile de maintenir un courant de relations avec les contacts chinois », reconnaît le chef de service pavillons France. Certaines entreprises ont donc choisi de s’orienter vers d’autres marchés asiatiques, comme le Japon, la Corée du Sud, Hong Kong ou Singapour. La "délocalisation" de certains grands salons comme Vinexpo témoigne de cette désaffection des opérateurs pour le marché chinois. Cependant, Adrien Calatayud met en garde contre un départ trop hâtif de la Chine : « Il faut maintenir une présence sur les salons, sinon on risque de perdre sa place au profit d’autres pays, sachant qu’il y a une file d’attente pour y participer ».

Pour mes clients, le plus important c’est de survivre

Du côté des entreprises, les stratégies diffèrent mais le constat est le même : « Le problème majeur, c’est l’économie globale qui dérape, pénalisée par la politique anti-Covid », rappelle Xinyi Jing, responsable export Asie auprès de l’union de coopératives Couleurs d’Aquitaine en Dordogne. « Il n’y pas de plan de relance et au bout de trois ans, le moral chez les importateurs est au plus bas ». Citant des informations selon lesquelles les deux tiers des importateurs chinois arrêteraient leur activité, Xinyi Jing poursuit : « On vit dans le flou. Ce n’est plus comme il y a cinq ans ». Après une tournée de deux mois en Chine cet automne, pour pallier l’absence de salons, la responsable export note que « pour mes clients, le plus important c’est de survivre. Ils n’ont plus de projets, il n’y a pas de lancements de marque prévus ». De là à se retirer du marché il n’y a qu’un pas, que Couleurs d’Aquitaine ne franchit pas : « Nous tenons au marché chinois. Nous ne voulons pas abandonner parce que cela devient difficile ».

Contraintes conjoncturelles liées aux changements structurels

De son côté, Clément Piquet, co-fondateur, vice-président et directeur des opérations de la société Dragon Shark, va même jusqu’à évoquer un changement de paradigme en Chine : « De manière générale, la Chine adopte actuellement une attitude de plus en plus repliée sur elle-même, aux antipodes de la politique adoptée ces dernières années où nous assistions à une ouverture au monde et à de nombreux progrès pour la population découlant sur une augmentation globale de la qualité de vie ». Sur le plan économique, une évolution se fait aussi sentir : « Il y a un revirement conséquent des acteurs en terme de priorité d’investissement, les activités de loisirs et d’épanouissement à outrance sont mises de côté au profit de l’épargne. Les Chinois continuent de consommer du vin mais la difficulté actuellement est liée aux conditions de circulation des marchandises avec des règles de transport très strictes, des prix qui sont très élevés et des contrôles sanitaires cumulés et trop fréquents ».

Résultat : « Les étrangers délaissent le marché et le pays, malgré eux » et les salons, « y compris les plus populaires comme celui de Chengdu, sont délaissés ». En cause également, estime l’opérateur français, « la tendance est au e-commerce en Chine » et l’absence des régions viticoles étrangères sur place rend les événements moins attrayants.

Le début d’une amélioration ?

Mais pour Business France, les prémices d’une amélioration de la situation commencent à apparaître. « Dans toute l’équipe, en France et en Chine, on est assez confiant que dès lors que les contraintes de déplacement seront allégées les salons reprendront de plus belle, voire même mieux qu’avant », estime Adrien Calatayud. Sa collègue, Sandrine Krummenacher, responsable du pôle pavillons France grand export, précise : « A priori il y a quelques petits signaux plutôt positifs d’une volonté de la part de toute la structure politique de sortir de ces confinements. Hong Kong par exemple a de nouveau ouvert aux voyageurs, il n’y a pas de tests au départ, seulement à l’arrivée ».

Business France a ainsi a maintenu pour 2023 sa programmation quasiment à l’identique sur la Chine. « C’est un marché à part entière. Quand il va se rouvrir, si nous n’y sommes pas, ce sera au détriment des entreprises françaises. En tant qu’agence publique on se doit de maintenir notre présence, quitte à l’annuler ou à le reporter si les contraintes sanitaires ne permettent pas de maintenir cette présence », affirme Adrien Calatayud. Et Sandrine Krummenacher de conclure : « Ce sont des marchés très résilients. On a pas mal d’entreprises qui continuent de miser sur le marché chinois sur lequel nous avons été très bons ces derniers temps, grâce au départ des Australiens. Cela nous a beaucoup profité et pour l’avenir, le marché reste très positif pour nous ».

 

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