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Des jeunes formés à la vigne et transformés à vie
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En documentaire
Des jeunes formés à la vigne et transformés à vie

Suivant une promotion de la formation qualifiante des Vignerons du Vivant dans le Médoc, un documentaire témoigne de tout le sens que peut apporter le métier viticole à qui s’y frotte.
Par Alexandre Abellan Le 21 septembre 2022
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Des jeunes formés à la vigne et transformés à vie
Tourné pendant 16 mois, le documentaire est produit par Kestu et France 3 Nouvelle-Aquitaine, avec le soutien du Centre National de la Cinématographie et le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux. - crédit photo : Kestu/France 3 Nouvelle-Aquitaine
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résenté en avant-première ce 20 septembre à la Cité du Vin de Bordeaux, le documentaire Vignerons du Vivant de Julien Touzaint ne laisse personne indifférent : les jeunes médocains (17 à 30 ans) revivant les étapes de cette formation qualifiante (par des cours et la pratique), leurs encadrants se remémorant leurs victoires (comme une réussite d’examen) et leurs défaites (un abandon en cours de formation) et les spectateurs touchés par ces rencontres (du rire pendant les épreuves de tracteur aux émotions lors des confidences sur les parcours cabossés de ces jeunes). De quoi faire émerger cri du cœur dans la salle : quelle déception que la diffusion du film ne soit prévue qu’en deuxième partie soirée sur l’antenne régionale de France 3 !

Décrivant la réalité du travail vigneron, de la taille sous la pluie d’hiver à l’espièglerie ensoleillée des tables de tri des vendanges, le documentaire donne à voir l’envie de 15 jeunes d’essayer ce métier aussi technique que physique.  S’il y a des réussites d’insertion dans la filière vin parmi ces parcours, comme Lolita Tyl, élève de la formation qui a enchaîné sur un BTS viti-œno qu’elle suit actuellement (« ça se passe très bien, je le fais toujours en alternance » témoigne-t-elle à l’issue de la projection), d’autres ont choisi d’autres chemins. Sans que ce soit un échec pointe Caroline Boidron, la responsable des partenariats pour les Apprentis d’Auteuil. Avec 74 jeunes accueillis depuis 2018 sur ce dispositif, 70 % ont obtenu leur diplôme et ont trouvé un emploi stable, dans la filière viticole ou autre : « nous ne cherchons pas à faire un 100 % de jeunes dans la vigne. Notre objectif c’est de faire en sorte que ces jeunes retrouvent une dynamique. »

Plus d’offre que de demande

« La complexité aujourd’hui, c’est de capter les jeunes qui n’ont pas de travail dans le Médoc. C’est très compliqué pour eux et on a dû mal à les capter » rapporte Ludovic Wallet, chef de culture au château Lilian-Ladouys pendant le tournage (ayant rejoint le château Lagrange depuis), qui note que l’« on a besoin de tous les efforts de plein de parties pour arriver à ramener ces jeunes vers nous. Aujourd’hui, on a plus de propriétés qui sont demandeuses d’intégrer ses jeunes que de jeunes qui veulent venir dans cette formation. »

Car dans le vignoble, l’enjeu reste de « raccrocher des jeunes sans emploi à un métier, dont on a besoin. On a énormément de manque de personnel, notamment de vignerons à pied » pointe Hélène Genin, la directrice technique du château Latour (premier grand cru classé en 1855 à Pauillac), qui est l’actuelle cheffe de file des propriétés partenaires de la formation : « je pense qu’il y a beaucoup de nos vignerons qui ne conseilleraient pas à leurs enfants de faire leur métier et je trouve ça bien dommage. C’est vraiment un métier de passion qui a besoin d’être valorisé. Ça passe par la transmission. » Notamment des salariés jouant les tuteurs pointe-t-elle, alors que 2 jeunes de la formation ont rejoint ses équipes.

Être dans l’action

Parsemant le documentaires, les retours positifs des jeunes sur la joie de travailler à l’air libre sont aussi contrebalancés par des déceptions concernant le montant de la paie, la fatigue engendrée par des gestes répétitifs, le rejet des traitements phytosanitaires… Et même le dégoût de trouver insectes et petits rongeurs dans une vendange effectuée à la machine. Des déceptions qui ne laissent pas indifférents leurs formateurs. Parmi les jeunes formés, « il y en a qui ne trouve pas de sens, c’est la vie, mais ça leur permet aussi peut-être de trouver leur propre sens de cheminer dans cette formation » témoigne le consultant en agroécologie Marceau Bourdarias, pour qui « l’échec est souvent lié à un manque de sens », mais « L’idée pour nous c’est quelque part de créer des vocations, que les jeunes puissent incarner un métier ». Car « il faut être dans l’action. Si tu restes dans la contemplation, tu peux y rester longtemps » lance une formatrice à une jeune lors d’un cours de taille.

 

 

 

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