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Appel à la retenue pour l’irrigation de la vigne
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Cycle de l'eau
Appel à la retenue pour l’irrigation de la vigne

Lors de la tournée préfectorale des vendanges dans l'Hérault, Jérôme Despey a insisté sur la nécessaire accélération des processus de mise en oeuvre des retenues d'eau hivernales, pour maintenir le potentiel de production du vignoble, en quantité autant qu'en qualité.
Par Olivier Bazalge Le 05 septembre 2022
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Appel à la retenue pour l’irrigation de la vigne
Face à la vigneronne du domaine de Puilacher Laure Margottin, Jérôme Despey a insisté auprès du préfet de l'hérault Hugues Moutouh sur l'accélération des processus d'installation de retenues hivernales d'eau de pluie - crédit photo : O. Bazalge pour Vitisphere
C

e 2 septembre, c’était jour de tournée de vendanges pour le préfet de l’hérault Hugues Moutouh, aux côtés du président de la chambre d’agriculture départementale Jérôme Despey. Et les caves choisies (domaine de Puilacher et coopérative Clochers et Terroirs) au sein de la commune de Puilacher ne devaient rien au hasard. Au regard de l’année sèche et caniculaire qui vient de sévir, c’est en effet le sujet de l’eau et de la nécessité de retenues hivernales que le président de la chambre d’agriculture héraultaise (CA 34) avait choisi de mettre particulièrement en avant.

« Parler d’eau en agriculture, c’est parler d’efforts payés à un juste prix, c’est parler de souveraineté alimentaire. Il y en a marre de ces gens qui argumentent sur des plateaux télé climatisés pendant la sécheresse et qui ne savent pas ce qu’est l’agriculture. Les retenues hivernales ne doivent plus être un problème lorsqu’il s’agit de stocker une partie des milliards de m3 d’eau qualitative qui tombent en hiver. Nous avons 80 000 ha de vignes dans l’hérault, si rien n’est fait nous serons à 40 000 ha en l’espace de quelques années », introduit-il rapidement.

550 ha irrigués

Puilacher est un exemple emblématique des possibilités offertes par l’irrigation depuis les retenues d’eau, puisqu’en décembre 2022, aboutira un projet dont les premières bases ont été jetées en 2009. Le réseau nécessaire à l’irrigation de 550 ha de vignes sera alors finalisé pour être utilisable par les vignerons de 4 communes, dont Puilacher, dès le mois de mars 2023. « Le prélèvement de l’eau se fera dans le fleuve hérault dans le plafond de 900 m3/hectare/an, puis en 2024, deux autres projets de 300 ha et 560 ha de vignes dans des communes voisines aboutiront également », explique Alexandre Boudet, élu de la CA 34 en charge de la commission ressource en eau. Si elle est prélevée dans l’hérault, l’eau provient initialement du lac du Salagou, relarguée dans la lergue, rivière affluente de l’hérault. « La création de cette retenue dans les années 1960 avait été pensée pour une finalité d’irrigation agricole, c’est un juste retour des choses. Lorsque les 3 projets seront finalisés en 2024, cela correspondra à 2,5 millions de m3/an fléchés exclusivement pour l’agriculture dont nous disposerons, et 500 000 m3 pour l’eau potable et le milieu », ajoute Alexandre Boudet.

Les intervenants soulignent que la concrétisation de ce projet sécurise 20 000 hl de potentiel de production de vin. Mais pour Jérôme Despey, « nous n’avons plus 12 ou 13 ans devant nous pour mener à terme ce type de projets, le changement climatique est on ne peut plus concret et il faut lever les verrous administratifs et environnementaux qui empêchent de faire avancer ces retenues essentielles au maintien de la production de nos vins, autant pour le maintien des volumes que pour leur niveau qualitatif ». L’Hérault apparaît pourtant comme un département moteur avec la mise en route, depuis 2018, du plan Hérault Irrigation 2030. « 9 sites sont identifiés pour des retenues dont 3 entrent dans la période de concertation publique. En 2030, nous visons d’arriver à presque 25 000 ha irrigués, sachant que ces retenues ont également un sens face aux incendies récurrents de l’été », appuie Yvon Pellet, vice-président du conseil départemental de l’Hérault délégué à l'économie agricole et à l'aménagement rural.

Soutien public

Le soutien de l’Etat apparaît incontournable et le préfet de l’Hérault Hugues Moutouh se montre favorable à ces initiatives structurelles concernant l’eau « sur lesquelles l’Etat a pu se montrer défaillant dans son accompagnement des 30 dernières années, il faut accélérer le rythme pour ne pas avoir à pleurer dans 20 ans ». Dans l’hérault, la volonté politique des trois députés et deux sénateurs venus assister à cette tournée va unanimement dans le sens des demandes. Le député de la 4ème circonscription Sébastien Rome (LFI-Nupes) insiste néanmoins « sur la nécessité de préserver le cycle de l’eau et garder un contrôle détaillé sur l’utilisation de cette ressource commune et d’installer, à l’image de ce qui a été fait avec le lac du Salagou, des retenues qui s’inscrivent entièrement dans l’écosystème du territoire ».

 

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Tous les commentaires (4)
marc Le 10 septembre 2022 à 08:45:55
Le magazine "Le Vigneron des Côtes-du-Rhône" publie un article très documenté sur le sujet : l'été désemparé. Le responsable technique de la Cave de Tain émet l'avis suivant : "l'irrigation ne résout pas le problème de la sécheresse. C'est le dernier levier qui peut amener un plus pour des vignes stressées. Il faut plutôt avoir réfléchi en amont sur la conduite de la vigne et adapter ses pratiques. Comme diminuer l'enherbement ou essayer un enherbement temporaire ; jouer sur le taux de matière organique ; calculer la réserve utile ; adapter la charge des raisins en éclaircissant très tôt. La clé selon moi est de réussir l'éclaircissage pour éviter la consommation d'eau de la vigne pour rien. Mieux vaut deux grappes qui profitent que cinq qui dessèchent".
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Tti Le 08 septembre 2022 à 11:57:27
Notons pour bien éclairer le débat que 900 m3 / Ha / an = 90 millimètres de précipitation, à mettre en regard d'une pluviométrie annuel moyenne en France de 750 mm. Ce n'est pas anodin, ce n'est pas non plus HENORME...
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Byron Le 05 septembre 2022 à 15:36:25
Le sujet de l'irrigation en viticulture est effarant. C'est à croire que l'on ne manque pas d'eau, et que le vin est une denrée indispensable à la vie humaine. Mais non, nous n'avons pas besoin de produire du vin, par contre, nous avons besoin de préserver la ressource en eau. Utiliser de l'eau pour une culture qui n'est ni vivrière, ni indispensable à la vie humaine, n'a aucun sens dans un monde où la ressource eau est en voie de disparition. D'autant que maintenir les niveaux de production actuel ne fait pas sens compte tenu du déséquilibre entre offre et demande. Dans la même région on veut pouvoir arroser et distiller, cherchez l'erreur...
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marc Le 05 septembre 2022 à 12:14:16
Les possibilités d'irrigation peuvent amener des gains qualitatifs et quantitatifs évidents au point que certains domaines en AOC, pour lesquelles il n'y a plus de cours pour le vrac ou alors très faible, réorientent leurs terroirs plantés en AOC vers les Vins de Pays en doublant les volumes. Certains vont même jusqu'à installer des vignes en taille rase avec tous les apports pour des volumes très importants. L'accès aux possibilités d'irrigation pour des zones remet en cause la notion même de rentabilité des AOC sur ces mêmes secteurs. Sur un marché en décrue (déconsommation, crises, pouvoir d'achat...), tout volume sur un secteur provoque un arrachage à financer également. Il faudra financer les arrachages à Bordeaux et les investissements dans l'irrigation. Cela va certes rendre la région concurrentielle par rapport aux importations espagnoles mais quelles conséquences sur l'économie des AOC ?
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