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La Place de Bordeaux surfe sur la diversification, sans garantir la revalorisation des prix
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Grands vins internationaux
La Place de Bordeaux surfe sur la diversification, sans garantir la revalorisation des prix

Signe d’une diversification croissante du marché mondial des grands vins, la Place de Bordeaux a considérablement élargi le portefeuille de vins étrangers qu’elle propose. Si elle apporte prestige et rayonnement international aux marques concernées, elle ne doit pas être considérée comme une solution miracle estime un nouveau rapport de la plateforme britannique Liv-ex.
Par Sharon Nagel Le 08 septembre 2022
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La Place de Bordeaux surfe sur la diversification, sans garantir la revalorisation des prix
C’est le grand vin franco-chilien Almaviva, créé par la baronne Philippine de Rothschild et Don Alfonso Larraín Président de Concha y Toro, qui a marqué en 1998 le début de la diversification internationale de l’offre de la Place de Bordeaux - crédit photo : Baron Philippe de Rothschild
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et automne, environ 108 vins issus de 32 vignobles dans 11 pays devraient être commercialisés par la Place de Bordeaux lors de son deuxième événement majeur de l’année après la semaine des Primeurs. Depuis ses débuts, avec la marque franco-chilienne Almaviva en 1998, la campagne d’automne a considérablement élargi sa portée, proposant désormais des vins argentins, australiens, américains, néo-zélandais, autrichiens, chiliens, chinois, italiens, espagnols, sud-africains et uruguayens. Pour ces derniers, l’intérêt est évident : les quelque 300 négociants bordelais de la Place ont une connaissance extrêmement pointue du marché mondial et apportent prestige et reconnaissance aux marques proposées, permettant de faire évoluer leur prix. Mais les négociants en tirent profit aussi : la multiplication des origines leur permet d’accéder à une source de revenu supplémentaire et de réduire leur dépendance vis-à-vis des châteaux bordelais.

La diversification de l’offre proposée par la Place suit la tendance générale du marché et devient ainsi logique. Le marché des grands vins ne dépend plus d’une seule région, comme le souligne Liv-ex, la part de Bordeaux étant en baisse depuis 2010 : sa part sur le marché secondaire est passée de 95,7% à 34,1% cette année. Sur cette période, le nombre de grands vins commercialisés sur le marché secondaire a été multiplié par sept pour dépasser actuellement 9 100 références ; l’année dernière un niveau record a été atteint avec 12 055, dont une portion non négligeable provenait de vignobles en dehors des six régions classiques que sont Bordeaux, Bourgogne, Champagne, le Rhône, l’Italie et les USA. En 2022, 77 régions font partie de la catégorie « reste du monde », contre 60 en 2021. Parmi eux, les régions australiennes (Barossa Valley, Eden Valley, McClaren Vale, Clare Valley) et espagnoles (Ribera del Duero, Priorat, Toro) se placent en tête.

Des gagnants italiens et américains

Il faut toutefois noter que la majorité des lancements d’automne proviennent d’Italie, des USA et de la France elle-même. En effet, l’Italie représente plus d’un tiers des lancements, ce qui en fait le pays le plus représenté, suivi des Etats-Unis dont les débuts sur la Place remontent à 2004 avec Opus One lié, comme Almaviva, à la famille Rothschild. Entre 2019 et 2021, les USA ont émergé comme « une force puissante sur le marché secondaire », sa part passant de 2,3 à 7,6% en trois ans pour trois fois plus de références. Opus One est un bon exemple de ce que la Place peut apporter à des vins fins étrangers. Le millésime 2018, lancé en septembre dernier, a vu son prix sur le marché secondaire augmenter de 8,7%, passant de 2 760 £ (3 225 €) la caisse de 12 bouteilles à 3 000 £ (3 506 €) actuellement. Ornellaia, grand vin de Toscane, a également vu sa valeur progresser, de 6,3% dans le même millésime, tandis que Masseto, élaboré par le même domaine, est devenu le deuxième vin italien le plus commercialisé sur Liv-ex (après Sassicaia) contre le neuvième au milieu des années 2000 lorsqu’il a rejoint la Place, et que le nombre de références était bien plus faible.

Ça passe ou ça casse

Mais tous les domaines étrangers proposés ne connaissent pas le même succès. En comparant les prix de lancement en 2021 avec leur valeur actuelle, on constate que parmi les nouveaux arrivants les plus commercialisés, la plupart d’entre eux ont vu leur prix soit stagner, soit diminuer. Même des valeurs sûres, bien établies, ont pu connaître des revers : c’est le cas d’Almaviva, dont le millésime 2019 a baissé de 4 %, mais aussi de Petrolo dans la région du Chianti (-21,4 %) et de Joseph Phelps aux Etats-Unis (-3 %), racheté par LVMH en juin dernier. Pour Liv-ex, l’alignement des prix avec les attentes du marché reste primordial : « La Place n’est pas un portail vers le succès immédiat. Elle constitue un élément utile dans le développement d’une marque et non pas le feu vert pour augmenter ses prix au-delà de la limite que le marché est prêt à accepterClairement, lancer ses vins sur la Place ne garantit pas une revalorisation immédiate des prix ». Le représentant régional Amériques de Liv-ex, Robbie Stevens, va même plus loin : « Un vin peut être entièrement vendu en l’espace de quelques heures si le lancement est réussi. En revanche, en cas de mauvais positionnement prix, les stocks peuvent trainer dans les caves des négociants ou des marchands pendant des années ».

Dans un contexte inflationniste, le marché des grands vins sera mis à l’épreuve. Si la diversification représente un atout indéniable – permettant aux négociants, marchands et consommateurs de répartir les risques – elle entraîne aussi une concurrence accrue. « Il peut y avoir un niveau de saturation où les avantages d’un lancement sur la Place sont perdus à cause d’un énorme fouillis de mises en marché… En attendant, la campagne à venir, la plus grande jusqu’à présent, mettra en avant de nouvelles marques et de nouveaux millésimes proposés par des références phares. C’est le marché qui décidera de ceux qu’il privilégiera ».

 

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