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Produire du vin est un dur labeur au service de la grâce de l’éphémère pour Isabelle Carré
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Interview
Produire du vin est un dur labeur au service de la grâce de l’éphémère pour Isabelle Carré

Amatrice de vins aux goûts très sûrs, Isabelle Carré partage ses coups de cœur et sa vision esthétique du vignoble à l’occasion de la sortie en salle de La Dégustation. Dans ce film, l’actrice reprend le rôle qu’elle a joué 300 fois dans la pièce de théâtre éponyme : une comédie-romantique entre deux solitudes, un caviste et une sage-femme, réunis par la tenue d’une dégustation.
Par Alexandre Abellan Le 20 août 2022
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Produire du vin est un dur labeur au service de la grâce de l’éphémère pour Isabelle Carré
Réalisé par l’auteur de la pièce, Ivan Calbérac, le film réunit les acteurs de la pièce : Isabelle Carré et Bernard Campan. - crédit photo : Bertrand Vacarisas Mandarin & Compagnie
Q
uelle est votre relation au vin : vous considérez-vous comme une experte ou une novice ?

Isabelle Carré : Je ne suis pas une experte, j’ai eu deux expériences marquantes, liées au théâtre et au cinéma. J’avais fait la route des vins de Bordeaux quand j’avais une vingtaine d’années, grâce à une tournée de l’École des femmes de Molière (mis en scène par Jean-Luc Boutté en 1992). Jacques Weber a invité la troupe chez Bocuse et je me souviens très bien que le sommelier était tellement ému par la bouteille qu’il nous servait qu’elle est tombée par terre. Il en avait les larmes aux yeux. Il a ouvert une autre bouteille, dont j’ai oublié le nom, mais c’était mon premier contact avec les grands vins. J’ai découvert les vins de Bordeaux, avec un gros coup de cœur pour Saint-Julien, notamment le château Léoville Las Cases.

Ma deuxième découverte a eu lieu au moment du tournage dans le Minervois du film 21 nuits avec Pattie des frères Arnaud et Jean-Marie Larrieu (sorti en 2020). Ce sont des vins que j’apprécie beaucoup, avec des approches en biodynamie et nature. Depuis, mon vin fétiche est celui de Jean-Baptiste Senat, la Nine, qui est mon vin de tous les jours.

 

Dans le film la Dégustation, on tourne en dérision le mantra que "le vin n’est pas un alcool" (excuse du personnage de Bernard Campan, caviste cachant ainsi sa consommation excessive). Avec votre expérience vous démontrez que le vin est plus que de l’alcool, il comporte un supplément culturel.

Le vin que l’on boit n’est pas seulement un breuvage que l’on a dans le verre, c’est aussi une lutte, avec beaucoup d’énergie et de savoir-faire. Lorsque l’on tournait avec Ivan Calbérac une scène de visite de caves, le vignoble qui nous accueillait sortait du gel. J’ai découvert tout ce qu’il a fallu pour sauver la production, ou ce qui a pu être sauvé. Allumer des bougies, chauffer le sol avec de l’eau chaude, mettre des moyens importants pour ceux qui le peuvent… C’est impressionnant. Il y a une inquiétude forte avec le changement climatique qui va nécessiter de plus en plus de moyens. J’ai beaucoup appris, le vin tient du bien culturel.

 

Hortense, le personnage que vous incarnez a une révélation esthétique grâce au vin de messe : une dégustation vous a-t-elle déjà causé un tel effet ?

Dans le film Se souvenir des belles choses (2001), où Bernard Campan était déjà un caviste, j’avais trouvé très beaux les mots de la dégustation à l’aveugle. La langue derrière le vin est très belle : les larmes, la robe, les nuances de couleur… C’est une langue très poétique. Je me disais que pour un scénariste ce serait un vrai bonheur d’utiliser ces beaux mots.

 

Entre la pièce de théâtre et son adaptation en film, il semble que le ton soit moins comique.

C’est une comédie romantique dramatique. Alors que dans la pièce les répliques font mouche les unes après les autres, Ivan Calbérac (l’auteur-réalisateur) n’avait pas envie de calquer la pièce, mais de nourrir de ce que l’on racontait sur scène. Son souci était de rendre les choses plus crédibles, il y a au théâtre une convention où l’on peut tout se permettre. Au cinéma, on est plus proche des choses, avec la chance de plus montrer l’intériorité, comme l’évolution dans la solitude des personnages. Il y a moins de descriptions qu’au théâtre.

 

En termes de crédibilité, ne trouvez-vous pas qu’il y ait beaucoup de bouteilles du château Haut-Brion qui soient ouvertes dans cette cave de Troyes ?

Au cinéma, nous n’avons pas la possibilité de montrer beaucoup de bouteilles. Quand on montre une marque dans un film, il faut une autorisation. En réalité, il y avait peu de bouteilles dans cette cave ! [NDLA : sont cités/montré à l’écran des vins de Gérard Bertrand, du château Malartic Lagravière, du château Margaux…]

 

On parle souvent des accords mets et vins, mais il y a aussi des accords vins et musiques dans le film.

La musique est très importante dans le film, elle l’était déjà dans la pièce. On a commencé le tournage par la dernière scène, très émouvante où l’on écoute le morceau Petite Fleur de Sidney Bechet. L’émotion était incroyable, tous les soirs on ouvrait la pièce sur cette musique. Après avoir été tellement empêchée de jouer, j’étais très émue. Il y a eu les confinements qui ont interrompu la reprise de la pièce (qui a gagné le Molière de la meilleure comédie en 2019). Malgré les adaptations pour continuer (comme jouer plusieurs fois dans le week-end pour éviter le couvre-feu : on devait trouver des solutions comme les vignerons. Et à chaque fois, le public était présent. Cette histoire est une comédie qui ne divise pas, qui ne tape pas sur certains. Son humour n’est pas sarcastique. Ivan Calbérac a réussi le tour de force de faire rire aux éclats en rassemblant.

 

Vous évoquez des parallèles entre votre métier et celui des gens du vin : dans les deux cas, le résultat est éphémère, la représentation d’une histoire ou la dégustation d’un vin.

C’est très volatile. Aller en salle voir un film ou aller au théâtre permet de créer des souvenirs plus forts et durables que de visionner tout seul chez soi sur une plateforme. Pour le vin, c’est pareil : il s’agit de partager, tout ce qui va se passer autour va créer du souvenir. Ce n’est pas juste boire, c’est une histoire, avec tout qui s’est passé pour que le vin soit dans le verre. C’est pareil pour le cinéma et le théâtre : il y a beaucoup de travail pour un résultat très volatile, qui se disperse, mais qui reste dans les mémoires.

 

Gagnez des places pour aller voir le film en participant à ce concours (ouvert jusqu'au 25 août). Photo : Bertrand Vacarisas Mandarin & Compagnie.

 

 

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