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"La biodiversité peut sauver la vigne"
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Avis d'experts
"La biodiversité peut sauver la vigne"

Mauvaise nouvelle : le vignoble français est en danger. Bonne nouvelle : il a la capacité intrinsèque de se sauver. Pour les premiers Assises de l’agroécologie en beaujolais, quatre agronomes « spécialistes du vivant » ont exhorté les vignerons à remettre en question leurs pratiques pour miser sur la vie du sol.
Par Bérengère Lafeuille Le 26 juillet 2022
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Rencontres denses et techniques pour les premières assises agréocologiques du Beaujolais. - crédit photo : Bérengère Lafeuille
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’après eux, l’heure est grave. « Le vignoble français est en danger de mort », ont asséné Konrad Schreiber, Alain Canet, Hervé Coves et Marceau Bourdarias, lors des premières Assises de l’agroécologie organisées par Inter Beaujolais, le 20 juillet. Devant un amphithéâtre rempli de vignerons, ils étaient venus parler fertilité des sols, taille, couverts végétaux et agroforesterie. Quatre thématiques si imbriquées que ces quatre « experts du vivant », ayant chacun sa spécialité, n’ont cessé de se renvoyer le micro. Avec pour leitmotiv l’idée que « la biodiversité est le moteur de la productivité ».

Sortir du cadre

Les quatre conférenciers ont exhorté leur auditoire à « sortir du cadre » pour « oser chercher des solutions ailleurs ». Quitte à remettre en question bon nombre d’enseignements reçus – et jeter, au passage, la plupart des labels « à la poubelle », faute d’y décerner une véritable logique agronomique.

« L’agroécologie, c’est relever des défis », lâche Konrad Schreiber. Le fondateur de l’Institut de l’agriculture durable est à l’origine du projet "La Belle Vigne" qui veut prouver l’efficacité d’un sol vivant pour solutionner la quasi-totalité des problématiques agronomiques. Ce projet de « recherche-action », qui vise à diffuser largement des pratiques validées sur le terrain, « va balayer tout le vignoble », assure-t-il. « Seules les plantes peuvent créer la terre fertile dont elles ont besoin », martèle l’agronome. Exit l’ammonitrate qui « tue les plantes », adieu le matériel génétique « sélectionné pour un monde artificiel NPK » : il est temps de miser sur la vie du sol, exhorte-t-il.

Taille physiologique

L’arboriste Marceau Bourdarias appuie : « Ce sont vos plantes qui stimulent la microbiologie du sol. Elles sont autofertiles, mais tout dépend des interventions réalisées sur elles. La taille doit permettre de piloter la surface foliaire exposée par rapport à la charge en raisins, pour garder le potentiel d’autofertilité au fil des ans. Car le raisin va pomper l’énergie au détriment, notamment, de la constitution de réserves dans le bois pour l’année suivante. Selon le cépage et les objectifs visés, il faut entre 1,3 et 2m² de feuillage par kg de raisin. » Il alerte aussi sur les plaies de taille qui conduisent à la déshydratation de la vigne, et invite à davantage de tolérance envers « l’allongement [qui] est dans la nature de la vigne ». D’autant que le développement racinaire est directement relié au système foliaire, affirme le spécialiste de la physiologie de la vigne. Descendu du feuillage aux racines, s’inquiète d’une « obsolescence programmée » des vignes en conditions sèches, liées à la transformation de leur système racinaire. « La vigne a un système racinaire naturellement pivotant, mais le bouturage le transforme en système d’apparence fasciculé, explique Marceau Bourdarias. En grossissant, les racines qui poussent les unes à côté des autres vont se stranguler, contraignant les flux de sève. »

La santé du sol est aussi essentielle que celle des racines, et le thermomètre, c’est le bilan humique. « Pour garder les meilleurs terroirs du monde, on doit recapitaliser nos sols en carbone ! », soutient Alain Canet, agronome et agroforestier. Il résume la fertilité en deux formules : « Sol nu = sol foutu, mais sol couvert = sol prospère ». Son collègue Konrad Schreiber renchérit : « Le travail du sol est le gros problème du réchauffement climatique car il détruit les plantes qui régulent le climat ». Et ce constat à l’échelle planétaire s’applique aussi à l’échelle parcellaire : « c’est la vie biologique du sol qui crée la microporosité permettant de retenir l’eau alors que la macroporosité, elle, fait fuir l’eau. » 

Arbres et vie du sol

Le rôle de la biodiversité du sol s’exprime en chiffres : « Quand on augmente de 30 % la diversité microbienne du sol, on augmente de 40 % la minéralisation de la matière organique, de 30 % la production végétale, de 15 % la capacité de récupération après une sécheresse et de 50 % la stabilité structurale du sol », lâche Hervé Coves.

Pour cela, il faudra mettre des couverts végétaux. « Par exemple, du lierre non grimpant », suggère Konrad Schreiber. « Il faut aussi réintégrer les sarments », insiste Marceau Bourdarias, pour qui l’export des sarments malades ne se justifie que si le système est « vraiment déséquilibré ». Et puis « il faut remettre des arbres dans les vignes, insiste Hervé Coves. Il n’est pas nécessaire qu’ils soient très hauts. La taille ou le rognage seront adaptés chaque année selon la météo et les objectifs. » En plus de la régulation du climat et des effets sur la vie du sol, qui se trouve stimulée par les mycorhizes des arbres, un couvert forestier attire oiseaux et chauve-souris. « Dès 9 arbres par hectares, les chauve-souris recolonisent la vigne », illustre Hervé Coves.

Et de conclure : « ce n’est pas nous qui allons sauver la nature, c’est elle qui va nous sauver si nous la laissons entrer dans nos vignes et nos champs ».

 

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Tous les commentaires (2)
Michel Le 29 juillet 2022 à 23:41:00
Des méthodes de travail qui doivent faire leurs preuves sur du long terme avant que tout le monde s y mette. Quand j était jeune les vignes entourées d arbustes en souffraient (concurence, oiseaux, lapins plus d étourneaux....). Les méthodes d aujourd'hui sont peut-être différentes, à voir !
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bourvil Le 26 juillet 2022 à 13:14:29
Nous voici revenus un demi-siècle en arrière, mais pour la jeune génération de vignerons cet édito est en tout point remarquable, mais cette économie ultra libérale de marché accélérée par cette mondialisation mortifère nous ont amener à se point critique mais non irréversible.
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