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Rentabilité des exploitations
Le bio n'est pas la solution miracle face aux difficultés économiques

Mieux valorisé mais plus cher à produire, le vin bio n'est pas la solution miracle aux difficultés économiques. Pourtant il se révèle aussi rentable que le conventionnel.
Par Bérengère Lafeuille Le 25 avril 2022
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 Le bio n'est pas la solution miracle face aux difficultés économiques
Cyril Monier à la tête du domaine Gabriel Monier à Tulette, dans la Drôme est en bio depuis 2010 et emploie 2,5 équivalents temps plein pour 30 ha
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ar peur d’échouer, il a attendu trente ans avant de franchir le pas. Puis un jour, titillé par sa conscience environnementale, Pascal Quenard a entamé la conversion bio de son vignoble à Chignin (Savoie). Dix ans après avoir obtenu le label, le Savoyard n’a qu’un conseil à donner : « Foncez ! C’est plus facile aujourd’hui de passer en bio car il y a des retours d’expérience. Et quel plaisir de travailler dans un environnement sain ! »

Des charges et des temps de travaux qui augmentent

Seul sur 6 ha avec des saisonniers, Pascal Quenard a dû consentir à des efforts. Ses charges et son temps de travail ont augmenté. Il estime fournir 30 % de travail en plus, pour un rendement qui est passé de 60 hl/ha à 40 hl/ha. Vendant tout en bouteille, il a pu répercuter la hausse de ses coûts de production. « En dix ans, mes prix ont augmenté d’environ 60 %, évalue-t-il. Mais la qualité de mes vins s’est aussi améliorée. Le fait de travailler en bio et biodynamie donne des vins plus vivants. » Persuadé que le bio est l’avenir et pourrait même devenir la norme, il résume ainsi sa conversion : « Encore plus d’engagement dans la vigne, mais beaucoup plus de passion et de joie dans le travail. »

Pas mieux, ni moins bien que les conventionnels

Responsable du conseil au Cerfrance Gironde, Antony Cararon confirme que « les vignerons surmontent plus facilement les difficultés du passage en bio si leur motivation n’est pas uniquement économique ». D’autant que ses chiffres laissent entendre qu’ils ne s’en sortent pas mieux – ni moins bien – que les conventionnels. « Avec une soixantaine d’exploitations bio dans notre échantillon, contre plusieurs centaines en conventionnel, il faut être prudent, tempère-t-il. Mais aucun écart de rentabilité ne ressort. Parmi les coopérateurs, les résultats semblent meilleurs en bio, mais l’échantillon est trop réduit pour être affirmatif. Chez ceux qui vendent en bouteille, plus répandus en bio, je ne vois pas d’écart entre bios et conventionnels. »

Rendements plus faibles en bio

« En appellation Bordeaux, il y a un net écart de prix entre le bio et le conventionnel, mais qui ne se traduit pas forcément par un net écart de revenu, reprend Antony Cararon. Le vin bio est plus cher à produire à cause de rendements plus faibles – de l’ordre de 5 hl/ha dans notre échantillon – et de charges de main-d’œuvre et de mécanisation plus élevées. La clé, c’est la stratégie commerciale. En vrac, cela demande peut-être de travailler plus étroitement avec son négociant. En bouteille, de bien positionner ses prix. On ne peut pas faire du low cost en bio. »

En Occitanie, Cerfrance a calculé un surcoût moyen de 15 €/hl pour la production de vin bio en 2020. Cette différence s’explique par la hausse des charges de main-d’œuvre et de matériel, sans que les rendements ne décrochent. Actuellement, la différence de prix entre vin bio et conventionnel, en vrac, couvre ce surcoût, constate Cerfrance. Qui observe aussi que l’écart de coût de production entre bio et conventionnel « a tendance à se contracter » : l’itinéraire technique des producteurs conventionnels converge vers celui des bios.

Les Cerfrance de Rhône-Alpes et la Fédération régionale d’agriculture biologique ont aussi étudié le sujet en 2021. « Les résultats ne sont ni meilleurs ni moins bons en bio », observe Benoît Mousserin, du Cerfrance Savoie, en restant prudent au vu de la taille réduite de l’échantillon d’exploitations bio. « Globalement, l’écart de prix absorbe les surcoûts comptables, mais pas forcément ce qui ne se calcule pas, comme le temps de travail du vigneron, la prise de risque… »

Charge de travail alourdie

Toutefois, lorsqu’on fait des efforts, le label bio permet de les valoriser. C’est dans ce but qu’Aurélie Izquierdo a commencé la conversion de son Château La Croix d’Hourquet, 27 ha à Saint-André-du-Bois, dans le Bordelais, en 2021. « Étant déjà en système de management environnemental (SME) et en HVE, j’avais supprimé les produits les plus toxiques, explique-t-elle. Mais ces démarches sont méconnues des consommateurs et peu valorisées. » Elle qui vend 90 % de son vin en vrac voit que « le bordeaux bio se vend 2 000 €/tonneau (222 €/ha) contre 800 € en conventionnel (89 €/hl) ». En attendant de toucher cette plus-value, elle voit s’alourdir sa charge de travail… et sa facture de carburant.

Difficile de trouver des ouvriers qualifiés

Avec vingt ans de recul, François Landais, à la tête du Château La Caderie à Saint-Martin-du-Bois (Gironde), avance des chiffres : « Mon coût de production est de 25 à 30 % plus élevé qu’il serait en conventionnel. Mais mon rendement n’a pas baissé. En produisant les 50 hl/ha autorisés, je peux fixer des prix abordables. » La clé ? « Il faut du matériel, et surtout beaucoup plus de main-d’œuvre qu’en conventionnel. Cependant il est difficile de trouver des ouvriers qualifiés. »

De nouveaux marchés grâce au bio

François Landais emploie cinq salariés à plein temps sur 27 ha et ne compte pas ses heures. « En bio, il faut réagir vite, même le week-end. » Le label vert lui a ouvert des marchés en Europe du Nord et au Japon. Ce n’était pourtant pas son objectif. Converti par conviction, avant la mode du bio, il a eu du mal à vendre son vin. « C’est parce qu’il n’y avait pas d’acheteurs en France que je me suis tourné vers l’export », explique-t-il ne regrettant rien.

Tout comme Cyril Monier, dont le vignoble est bio depuis 2010. Choqué par la pollution des eaux, il a voulu améliorer les choses en montrant l’exemple. Il a placé la barre haut : pas question de dégrader son bilan carbone, ni de substituer aux phytos conventionnels des doses de cuivre astronomiques. « Avec les sols couverts neuf mois sur douze, je fais en moyenne trois passages de travail du sol, comme avant, explique ce vigneron à la tête du domaine Gabriel Monier à Tulette, dans la Drôme. En revanche, je traite plus fréquemment : huit passages par an en moyenne. Je consomme donc 10 l/ha/an de gasoil de plus qu’en conventionnel, mais ce que j’épands n’a rien à voir ! J’utilise 1 kg de cuivre/ha/an en année normale, jusqu’à 2,5 kg/ha en année à mildiou. »

"En bio, il faut raisonner différemment"

Ses rendements ont à peine baissé. « Par contre, avec la même énergie, on travaille 30 % de surface en moins qu’en conventionnel », évalue-t-il en insistant : On doit pouvoir traiter tout son vignoble en moins de 48 heures. » Il emploie 2,5 équivalents temps plein pour 30 ha. En valorisant mieux ses vins en vrac et en bouteille, il s’y retrouve. « Pour ne pas courir à l’échec, il faut raisonner différemment en bio : ne pas s'obstiner à viser les mêmes rendements coûte que coûte et des parcelles sans un brin d'herbe qui dépasse car ce ne sera pas forcément rentable au bout. »

 

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